Israël doit lever l’interdiction de voyager infligée à un défenseur des droits humains Shawan Jabarin ne peut pas recevoir une récompense ni participer à des réunions sur les droits humains

Les autorités israéliennes présentes en Cisjordanie doivent lever l’interdiction de voyager imposée depuis 2006 à Shawan Jabarin, directeur de l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al Haq, qui réside sur ce territoire, ont déclaré Amnesty International, Human Rights Watch et B’Tselem mardi 29 novembre. Selon ces trois organisations, Israël a violé le droit de cet homme aux garanties d’une procédure régulière en lui infligeant cette interdiction et n’a fourni aucun élément qui justifierait le maintien d’une telle mesure.

Cette interdiction empêche Shawan Jabarin de quitter la Cisjordanie pour recevoir un prestigieux prix des droits humains attribué par l’organisation danoise PL Foundation, de participer à un forum de l’Union européenne sur les droits humains et d’assister à une réunion du comité consultatif de Human Rights Watch à New York. Il a tenté de sortir du territoire lundi 28 novembre, mais il a indiqué aux trois organisations que les autorités israéliennes l’ont refoulé au point de passage du pont d’Allenby, à la frontière avec la Jordanie, en invoquant son interdiction de voyager.

« L’interdiction empêchant Shawan Jabarin de se rendre à l’étranger pour recevoir une récompense illustre bien les restrictions arbitraires imposées aux défenseurs des droits humains et aux militants de la société civile palestiniens, a souligné Philip Luther, directeur par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Elle doit être levée et les autorités israéliennes doivent cesser d’utiliser des raisons de sécurité non précisées pour entraver l’action des militants palestiniens des droits humains. »

Israël, qui contrôle toutes les frontières de la Cisjordanie avec son territoire ainsi qu’avec la Jordanie, interdit à Shawan Jabarin de quitter la Cisjordanie depuis qu’il est devenu directeur d’Al Haq, une organisation de défense des droits humains de premier plan dans ce territoire, en 2006. Il avait pourtant été autorisé à se rendre à l’étranger à huit reprises au cours des sept années précédentes.

L’armée israélienne a affirmé devant un tribunal que Shawan Jabarin était un militant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), qu’Israël considère comme une organisation terroriste, et que son déplacement à l’étranger, même pour une période limitée, menacerait la sécurité du pays.

Cependant, les autorités israéliennes ne l’ont inculpé d’aucune infraction et ne lui ont pas donné l’occasion de faire face aux allégations portées contre lui. La Haute Cour de justice d’Israël a confirmé l’interdiction de voyager pour raisons de sécurité, en s’appuyant sur des informations secrètes que Shawan Jabarin et son avocat n’ont pas été autorisés à voir ni à contester.

« Il est difficile de croire toute affirmation selon laquelle le déplacement de Shawan Jabarin au Danemark pour recevoir un prix des droits humains porterait atteinte à la sécurité d’Israël, d’autant plus que les éventuels éléments de preuve sont tenus secrets, a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch. Alors que des organisations de la société civile reconnaissent le travail courageux de Shawan Jabarin, Israël le punit en lui interdisant de voyager. »

Sous la direction de Shawan Jabarin, Al Haq a souvent critiqué les violations des droits humains commises par Israël et l’Autorité palestinienne. L’an dernier, par exemple, Shawan Jabarin a interpelé des responsables palestiniens au sujet d’allégations de torture lors d’une émission d’Al Jazeera.

La PL Foundation a attribué son Prix pour la liberté 2011 conjointement à Al Haq et à l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem. Elle a été créée en 1984 par Poul Lauritzen, un homme d’affaires danois qui a été membre de la résistance dans son pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les précédents lauréats de ce prix annuel figurent un dramaturge turc, des membres du syndicat polonais Solidarité et le militant des droits humains Moncef Marzouki, actuellement président par intérim de la Tunisie.

« Je regrette profondément, à cet important événement organisé en reconnaissance du combat pour les droits humains, d’être sans Shawan à mes côtés, a indiqué Jessica Montell, directrice exécutive de B’Tselem. L’absence de Shawan constitue un exemple des graves violations du droit de circuler librement que subissent des centaines de milliers de Palestiniens.  »

En 2009, Al Haq et B’Tselem ont également été récompensés conjointement par la Médaille Geuzen, un prix annuel des droits humains décerné par une organisation néerlandaise qui a résisté à l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Israël avait alors empêché Shawan Jabarin de se rendre aux Pays-Bas pour recevoir cette récompense.

La cérémonie de remise du prix de la PL Foundation se tiendra à Copenhague le 29 novembre. Nina Atallah, responsable du service de suivi et de documentation d’Al Haq, essaiera de s’y rendre.

Human Rights Watch organisera le 6 décembre à New York une réunion du comité consultatif de sa division Moyen-Orient et Afrique du Nord, dont Shawan Jabarin est membre, pour discuter du travail de l’organisation dans cette région. Ce comité consultatif est composé de militants indépendants des droits humains, de juristes, de journalistes et d’autres personnes originaires de toute la région.

Le 8 décembre, le Forum UE-ONG sur les droits humains réunira les États membres de l’Union européenne, des institutions et des organisations non gouvernementales à Bruxelles. Selon l’invitation que Shawan Jabarin a reçue, ce forum, organisé par la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure, abordera la mise en œuvre des recommandations de l’UE en matière de droit international humanitaire et sa stratégie en matière de droits humains.

L’article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que la Cour internationale de justice et d’autres organes juridiques ont déterminé comme s’appliquant aux territoires palestiniens occupés, dispose que « toute personne est libre de quitter n’importe quel pays, y compris le sien  ».