Israël/TPO. Des civils palestiniens tués par les colons

L’armée israélienne doit prendre des mesures afin de protéger les civils palestiniens contre les attaques des colons israéliens en Cisjordanie occupée et enquêter dûment sur toutes les attaques, notamment sur l’homicide d’un adolescent palestinien tué par un civil israélien à Hébron le 17 octobre, a déclaré Amnesty International le 30 octobre 2015.

Depuis le 1er octobre, on observe une forte hausse du nombre de Palestiniens qui ciblent des civils, des policiers et des soldats israéliens, dans le cadre d’attaques à l’arme blanche – tentatives, attaques présumées ou attaques réelles. Huit civils israéliens ont été tués par des Palestiniens dans des attaques à l’arme blanche ou à l’arme à feu. Sur la même période, les forces israéliennes ont tué plus de 35 Palestiniens en Cisjordanie occupée et en Israël, dont au moins 14 à Hébron, soit à la suite d’une agression à l’arme blanche ou parce que, selon les autorités israéliennes, une attaque de ce type allait se produire.

Amnesty International a découvert des éléments qui prouvent que dans certains cas, les homicides de Palestiniens par les forces israéliennes à Hébron étaient des exécutions extrajudiciaires. Quatre autres Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes à Hébron depuis le 27 octobre au matin. Cependant, les habitants palestiniens d’Hébron ont déclaré se sentir tout aussi menacés par les civils israéliens, dont beaucoup sont armés, qui habitent les colonies illégales dans la ville et alentour.

« En l’espace de moins d’un mois, les attaques de colons israéliens contre des Palestiniens à Hébron, dont la fréquence était déjà inacceptable, se sont intensifiées, a déclaré Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Les forces israéliennes sont tenues de protéger les civils palestiniens qui vivent sous l’occupation contre les attaques des colons, de prévenir les violences des colons, et d’amener les responsables à rendre des comptes, notamment à Hébron. Le fait qu’elles ne soient pas intervenues lors de certaines attaques les rend, dans les faits, complices. »

Homicide de Fadel al Qawasmeh

Dans la matinée du 17 octobre, Fadel al Qawasmeh, habitant d’Hébron âgé de 18 ans, se rendait à pied à son travail lorsqu’il a été abattu par un civil israélien. L’armée israélienne affirme qu’il avait un couteau et avait l’intention de poignarder le civil israélien en question, mais n’a produit aucune preuve étayant ces allégations, alors que la rue Shuhada, où a eu lieu l’incident, est surveillée par de nombreuses caméras vidéos gérées par les forces israéliennes.

Selon des témoins, Fadel al Qawasmeh, Palestinien tué par un civil israélien dans la Vieille ville d’Hébron en octobre, ne menaçait la vie de personne. Son cas illustre les dangers auxquels sont confrontés les civils palestiniens qui vivent et travaillent dans le secteur.

Peu avant qu’il ne soit abattu, Fadel al Qawasmeh avait franchi le Checkpoint 56, rue Shuhada, qui marque la séparation entre la zone d’Hébron sous contrôle palestinien et la Vieille ville, où sont installées les colonies israéliennes illégales. Les chercheurs d’Amnesty International présents à ce poste de contrôle la veille et le lendemain des faits ont vu les soldats israéliens ordonner aux passants de vider leurs poches et de passer les détecteurs de métaux à plusieurs reprises. Les hommes jeunes étaient particulièrement fouillés, et il est peu probable que Fadel al Qawasmeh ait pu passer un couteau clandestinement.

Un habitant d’une maison de la rue Shuhada, située à quelques mètres de l’endroit où ont eu lieu les tirs, a raconté qu’il descendait son escalier lorsqu’il a vu un jeune homme se faire stopper par des soldats israéliens et refouler vers le checkpoint. Il a alors vu un civil israélien vêtu de blanc, qui se tenait debout à côté des soldats, suivre le jeune homme qui remontait la rue et lui tirer dessus au moins trois fois, dans la tête et dans le dos. Il a déclaré à Amnesty International que Fadel al Qawasmeh n’avait rien dans les mains, et que les balles avaient été tirées alors qu’il était de dos.

Interrogée séparément, l’habitante d’une autre maison de la rue Shuhada qui regardait depuis son balcon a déclaré avoir vu un civil israélien correspondant à la même description tenir une arme à feu quelques instants avant les tirs, et l’avoir entendu insulter le jeune Palestinien. Elle n’a rien vu ni entendu qui pourrait indiquer que celui-ci menaçait quelqu’un.

Les forces israéliennes sont arrivées sur les lieux en quelques secondes, mais elles n’ont pas tenté de prodiguer des soins à Fadel al Qawasmeh, ni d’arrêter le colon porteur de l’arme à feu.

« J’ai vu des soldats israéliens se tenir près du jeune, qui gisait à terre, en sang. Ils prenaient des photos et n’ont pas tenté de soigner ses blessures. Ils sont restés là une trentaine de minutes, puis ils l’ont couvert, et nous avons compris à ce moment-là qu’il était mort », a-t-elle déclaré à Amnesty International.

Amnesty International demande aux autorités israéliennes de mener une enquête efficace et indépendante sur les circonstances entourant l’homicide de Fadel al Qawasmeh et de traduire en justice le responsable présumé. L’enquête doit également établir si les soldats se sont abstenus de prodiguer des soins au jeune homme.

Un porte-parole de la police israélienne a déclaré à Amnesty International qu’une enquête avait été ouverte. Étant classée dans la catégorie des atteintes à la sûreté, elle est donc traitée par l’Agence israélienne de sécurité (AIS).

Une politique de harcèlement

Depuis longtemps, les colons attaquent et harcèlent les Palestiniens à Hébron et dans le reste de la Cisjordanie occupée en toute impunité, voire avec l’aide ou l’assentiment des forces israéliennes. Plus tard dans la matinée du 17 octobre, des membres des forces de sécurité israéliennes, masqués et habillés en civil, ont fait irruption dans la maison de la rue Shuhada, ont menacé les habitants qui avaient été témoins de la scène, et ont supprimé les photos et les vidéos prises sur leurs téléphones. Les forces israéliennes et les colons ont attaqué et harcelé les habitants de cette maison à plusieurs reprises depuis.

« Nous avons renoncé à nous plaindre auprès de la police [israélienne], a déclaré un habitant de la rue Shuhada à Amnesty International.

« Pour porter plainte, il faut fermer le magasin, aller au poste plusieurs fois et perdre plusieurs jours de travail. Rien ne se passe. La police nous traite vraiment mal lorsque nous venons déposer plainte. J’ai perdu tout espoir. »

Des restrictions renforcées

Au lieu de prendre des mesures visant à protéger les Palestiniens contre les attaques de colons, l’armée israélienne a annoncé hier de nouvelles restrictions du droit de circuler des Palestiniens dans la Vieille ville d’Hébron : fermeture des boutiques tenues par des Palestiniens dans le secteur, et interdiction aux Palestiniens âgés entre 15 et 25 ans de franchir les nombreux postes de contrôle militaires de la zone.

Depuis l’homicide de Fadel al Qawasmeh, d’autres graves faits de violence ont été commis par des colons. Dans la nuit du 17 au 18 octobre, un Palestinien de 13 ans a été blessé à la poitrine par un cocktail Molotov lancé par des habitants de la colonie illégale de Kiryat Arba, en périphérie d’Hébron. Son cousin qui cherchait à lui venir en aide a été touché par une grosse pierre. Des membres de la famille élargie de Daana, qui vivent près de la colonie et ont été témoins de l’attaque, ont déclaré que les forces israéliennes étaient présentes et ne sont pas intervenues. Une ambulance a été appelée, mais n’a pas pu atteindre la maison en raison de l’attaque.

« Si nous condamnons toutes les attaques délibérées contre des civils, y compris contre les civils israéliens en Cisjordanie occupée, les auteurs palestiniens de tels actes ne jouissent pas de l’impunité. En revanche, les colons israéliens peuvent blesser et même tuer des civils palestiniens semble-t-il sans en subir les conséquences, et les forces israéliennes continuent de recourir à la force meurtrière contre des Palestiniens suspects, même lorsque leur vie n’est pas en danger, a déclaré Philip Luther.

« Depuis trop longtemps, les mécanismes d’investigation israéliens servent à protéger l’armée et la police israéliennes, ainsi que les civils israéliens, responsables de l’homicide illégal de civils palestiniens. La communauté internationale doit faire pression en vue d’en finir avec l’impunité, de rappeler l’importance du droit à la vie des Palestiniens et de faire savoir qu’aucune attaque contre des civils ne sera tolérée. »

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