COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Journée des droits de l’homme : le Cambodge doit respecter le droit à la liberté de réunion pacifique

Les autorités cambodgiennes doivent respecter, protéger et mettre en œuvre le droit à la liberté de réunion pacifique, a déclaré Amnesty International samedi 7 décembre 2013, alors que des milliers de personnes sont attendues lors de manifestations, réunions publiques et autres rassemblements organisés à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre.

Dans le monde entier, la Journée des droits de l’homme est l’occasion de se réunir pour célébrer les progrès réalisés en matière de droits humains et réfléchir aux problèmes qui demeurent. Les rassemblements pacifiques prévus par différents groupes au Cambodge s’inscrivent dans le cadre de cet événement mondial, et sont une manifestation positive du dynamisme et de la confiance de plus en plus affirmés de la société cambodgienne.

Depuis le 1er décembre 2013, des moines bouddhistes sont à la tête de « marches de la paix » provenant de cinq provinces cambodgiennes et rassemblant des réseaux de jeunes, des défenseurs des droits humains, des victimes d’expulsions forcées, des membres de groupes de la société civile formels et informels, ainsi que de simples citoyens. Sur le chemin, ils échangent sur les enseignements bouddhistes et les droits humains.

Ces marcheurs sont attendus le 10 décembre dans la capitale, Phnom Penh, où ils doivent se rassembler devant l’Assemblée nationale. Ils veulent interpeller les députés du parti au pouvoir – le Parti du peuple cambodgien (PPC) – et du parti d’opposition – le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC) – à propos de leurs préoccupations relatives aux droits humains.

Le 10 décembre également, une coalition d’ONG de défense des droits humains prévoit un rassemblement et d’autres manifestations dans la capitale.

Enfin, toujours le même jour, le PSNC aurait l’intention d’organiser des rassemblements et des manifestations de masse à Phnom Penh et sur le site emblématique du temple d’Angkor, dans la province de Siem Reap, dans le nord du pays. Le PSNC réclame une enquête sur les irrégularités qui auraient eu lieu lors des élections législatives controversées du 28 juillet 2013, voire un nouveau scrutin.

Amnesty International s’inquiète de l’apparition de barrages routiers en fils barbelés prêts à être utilisés dans certains quartiers de la capitale, et appelle les autorités cambodgiennes à faciliter la participation aux manifestations pacifiques à l’occasion de la Journée des droits de l’homme plutôt que de l’empêcher. L’utilisation de nombreux barrages pendant les manifestations non violentes organisées par le PSNC entre le 7 et le 17 septembre 2013 avait restreint de manière injustifiée la liberté de circulation à Phnom Penh, provoquant des tensions et des heurts violents entre la population et les forces de sécurité.

Une tendance inquiétante

À au moins quatre reprises ces derniers mois, les forces de sécurité ont recouru à la force de manière injustifiée ou excessive – utilisant notamment des balles réelles – contre des manifestants ou des participants à d’autres rassemblements, ainsi que contre des passants. Deux personnes ont été tuées par balle et des dizaines d’autres blessées.

Tout récemment, le 12 novembre 2013, des centaines d’ouvriers du textile ont voulu défiler jusqu’au domicile du Premier ministre pour obtenir la résolution d’un conflit du travail, mais la police antiémeute, avec l’appui de camions de pompiers équipés de lances à haute pression, a bloqué les marcheurs près d’une pagode bouddhiste du quartier de Stung Meanchey, à Phnom Penh. Les manifestants ont riposté en jetant des pierres. Les policiers ont battu en retraite, mais quelques-uns d’entre eux sont restés bloqués. Les forces de sécurité ont alors pris d’assaut la pagode et se sont livrées à des actes de violence aveugles.

Selon des témoins, des coups de feu ont été tirés à bout portant, comme le confirment plusieurs blessures par balle. Une vendeuse de riz âgée de 49 ans, Eng Sokhom, a été tuée d’une balle dans la poitrine. Un étudiant de 26 ans, Hoeurn Chann, a été touché au côté ; la balle a endommagé sa colonne vertébrale et il est maintenant paraplégique. Huit autres personnes ont été blessées par balle.

Les obligations internationales

Le droit à la liberté de réunion pacifique – c’est-à-dire le droit de se rassembler pour exprimer ses opinions – est protégé par la Constitution cambodgienne et par l’article 21 du Pacte international relatif au droits civils et politiques (PIDCP), auquel le Cambodge est partie. Comme l’a déclaré le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Cambodge, « le rôle de l’État dans les manifestations pacifiques est d’en favoriser le bon déroulement, et non de les empêcher ».

En outre, le Cambodge doit respecter le droit à la vie et à l’intégrité physique, également protégé par la Constitution et le PIDCP.

Lorsqu’un rassemblement devient violent, les forces de l’ordre ne doivent recourir à la force que si c’est strictement nécessaire et dans la mesure exigée par l’accomplissement de leurs fonctions. Elles ne peuvent utiliser des armes à feu qu’en l’absence de toute autre solution moins dangereuse et seulement dans la mesure nécessaire pour se défendre ou défendre autrui contre une menace imminente de mort ou de blessure grave. L’usage intentionnel d’armes à feu à des fins létales ne peut se justifier que lorsqu’il est absolument impossible de faire autrement pour protéger des vies.

Par ailleurs, en vertu du droit international, le Cambodge a l’obligation d’offrir un « recours effectif » à toute personne dont les droits ont été violés. Or, à la connaissance d’Amnesty International, dans aucun de ces épisodes récents une enquête n’a été ouverte sur le recours à la force, et aucun membre des forces de sécurité n’a eu à rendre des comptes.

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