Journée internationale des disparus : les disparitions forcées perdurent dans le monde

À travers le monde, des gouvernements recourent régulièrement aux disparitions forcées afin d’asseoir leur propre pouvoir et de museler l’opposition, a déclaré Amnesty International, à l’approche de la Journée internationale des disparus, célébrée le 30 août.

« Amnesty International fait campagne sur des centaines de cas de disparitions forcées dans toutes les régions du globe. À l’occasion de cette Journée internationale des disparus, nos millions de sympathisants dans le monde feront pression sur les gouvernements qui recourent aux disparitions forcées pour qu’ils mettent fin à cette pratique cruelle », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Cette année, l’organisation met en lumière des cas de disparitions dans les différentes régions du globe :

Moyen-Orient et Afrique du Nord – Syrie et Égypte

Le gouvernement syrien est à l’origine de la disparition forcée de dizaines de milliers de personnes depuis le début de la crise en 2011. L’avocat défenseur des droits humains Khalil Matouq a été arrêté par les forces de sécurité en octobre 2012 à Damas et on est toujours sans nouvelles de lui près de quatre ans plus tard. De même, on ignore depuis octobre 2015 où se trouve Bassel Khartabil, ingénieur informatique et défenseur de la liberté d’expression, arrêté en mars 2012 puis transféré à la prison de Damas.

En Égypte, le ministère de l’Intérieur recourt aux disparitions forcées dans le cadre d’une politique visant à balayer la dissidence pacifique. Depuis début 2015, des centaines d’Égyptiens, dont des mineurs, ont « disparu » aux mains de l’État. Le bureau du procureur égyptien se rend complice de ces violations et s’abstient dans de nombreux cas de traduire les responsables présumés en justice. En janvier 2016, Aser Mohamed, 14 ans, a été victime d’une disparition forcée pendant 34 jours et torturé. En mai 2015, Islam Khalil a été enlevé à son domicile et son sort a été tenu secret pendant 122 jours. Tous deux vont être jugés sur la base d’« aveux » obtenus sous la torture. S’ils sont déclarés coupables, Khalil risque la peine de mort, et Aser jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.

Amériques – Mexique

Selon un rapport publié en janvier 2016 par Amnesty International sous le titre ‘Treated with Indolence’, the State’s Response to Disappearances in Mexico, plus de 27 000 personnes ont « disparu » au Mexique. Ce rapport se penche sur différents cas, notamment la disparition de 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa en septembre 2014 et la crise des disparitions à Ciudad Cuauhtémoc, dans l’État de Chihuahua, entre 2009 et 2014.

Le rapport recommande notamment d’inscrire la disparition forcée en tant qu’infraction distincte dans la Loi générale sur les disparitions et de reconnaître l’obligation de l’État de lancer des recherches lorsque des personnes sont signalées disparues.

Asie – Pakistan et Laos

Cela fait plus d’un an que Zeenat Shahzadi, 24 ans, est devenue la première femme journaliste à « disparaître » au Pakistan. On est sans nouvelles d’elle depuis le 19 août 2015. Selon sa famille, elle a été arrêtée par des responsables de la sécurité peu avant sa disparition. Son affaire, en instance devant la Commission d’enquête sur les disparitions forcées mise sur pied par le gouvernement, est au point mort.

Lorsque Barack Obama se rendra au Laos le mois prochain, dans le cadre de la première visite d’un président américain dans le pays, il devra demander : « Où est Sombath ? » Le militant Sombath Somphone a été arrêté par la police en décembre 2012, et on ignore où il se trouve depuis. Trois ans plus tard, Amnesty International avait demandé au gouvernement du Laos de mettre en place une commission indépendante afin de dévoiler la vérité, affirmant que la police n’avait pas dûment enquêté sur cette disparition. Les autorités n’ont pas non plus fourni d’informations suffisantes sur l’avancée de l’enquête à la famille de Sombath.

Europe – Turquie

Les récentes opérations de sécurité menées dans le sud-est de la Turquie ne respectent pas le cadre de la loi ni les protections légales. Le responsable politique kurde Hurşit Külter, fervent partisan de l’autodétermination des Kurdes de Turquie, a disparu il y a près de trois mois, le 27 mai, et on ignore où il se trouve depuis. Les autorités et forces de sécurité locales nient l’avoir placé en détention, alors que Külter a contacté son père peu avant sa disparition, pour lui dire que la police se trouvait à son domicile. Amnesty International est consternée par le fait que les autorités n’ont pas ouvert dans les plus brefs délais une enquête efficace et indépendante sur cette disparition forcée présumée.

Afrique – Cameroun, Kenya et Zimbabwe

Au Cameroun, les opérations des forces de sécurité visant à lutter contre Boko Haram se traduisent par des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires. Dans l’extrême-nord du pays, on ignore toujours où se trouvent au moins 130 hommes et adolescents arrêtés le 27 décembre 2014. Ils faisaient partie d’un groupe de plus de 200 hommes et adolescents arrêtés ce jour-là par les forces de sécurité lors d’un raid visant des combattants présumés de Boko Haram. Le 30 août, Amnesty International lance la campagne Protégez nos droits, pour demander aux autorités du Cameroun de clarifier le sort des personnes disparues.

Au Kenya, les disparitions forcées sont devenues monnaie courante. Malgré des preuves accablantes, les autorités continuent de nier l’ampleur du problème. Au mois d’août, la Haute cour a conclu que l’avocat défenseur des droits humains Willie Kimani, son client Josphat Mwendwa et leur chauffeur de taxi Joseph Muiruri, dont les cadavres ont été repêchés dans une rivière au mois de juillet, avaient été victimes d’une disparition forcée, avant d’être exécutés par la police. Amnesty International demande la création d’une commission judiciaire chargée d’enquêter sur les cas de disparitions forcées et la mise sur pied d’un mécanisme global d’obligation de rendre des comptes qui respecte les normes internationales relatives aux droits humains.

La disparition forcée des détracteurs du gouvernement est devenue une pratique courante au Zimbabwe. Plus d’un an après avoir écrit au président zimbabwéen Robert Mugabe au sujet du militant disparu Itai Dzamara, détracteur déclaré du président, Amnesty International demande une nouvelle fois au gouvernement zimbabwéen de mettre sur pied une commission chargée d’enquêter sur cette affaire. Itai Dzamara n’a pas été revu depuis le 9 mars 2015. Le gouvernement n’a toujours pas répondu.

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