Kenya. Amnesty International appelle le gouvernement kenyan, les candidats aux élections et les partis politiques à respecter et protéger les droits humains

Déclaration publique

AFR 32/011/2007

Amnesty International appelle les autorités kenyanes, tous les candidats aux élections et les partis politiques à prendre des mesures pour empêcher les violences en marge des élections et faire en sorte que soient effectivement assurés le respect et la protection des droits humains avant et pendant les élections générales prévues le 27 décembre. L’organisation appelle les autorités kenyanes à veiller à ce que les atteintes aux droits humains qui se produiraient dans le cadre de violences perpétrées en marge des élections fassent l’objet d’enquêtes et que leurs auteurs soient traduits en justice.

Les trois dernières élections multipartites en 1992, 1997 et 2002 ont été marquées par des violences à caractère politique et des atteintes aux droits humains perpétrées par des milices soutenues par des groupes politiques et/ou ethniques, ainsi que des violations des droits humains, notamment un recours excessif à la force par des responsables de l’application des lois. Amnesty International s’inquiète des informations qui lui sont parvenues concernant des atteintes aux droits humains qui se seraient déjà produites avant les élections de décembre. Quelques exemples :

Selon certaines informations, au moins 25 personnes auraient été tuées depuis octobre 2007, des centaines de maisons auraient été incendiées et plus de 16 000 personnes déplacées dans la région de Kuresoi, dans le district de Molo, dans la province de la Vallée du Rift à la suite d’attaques par des bandes armées inconnues dont on pense qu’elles ont des liens avec certains hommes politiques. La région avait été témoin de violences semblables avant les élections générales de 1992 et 1997. Bien que la police ait déclaré que des enquêtes étaient en cours, portant notamment sur l’implication supposée de plusieurs hommes politiques dans les violences, rien n’indique à ce jour que des poursuites vont être engagées.

Durant toute l’année, des centaines de personnes sont mortes, blessées par armes à feu, armes blanches ou brûlées lors d’attaques et plus de 100 000 personnes ont été déplacées dans le district du Mont Elgon, près de la frontière avec l’Ouganda, en raison d’affrontements claniques. Ces affrontements, ayant pour origine principale la répartition des terres, ont impliqué des groupes armés, notamment un groupe qui se fait appeler la Sabaot Land Defence Force et qui aurait des liens avec des hommes politiques. Les affrontements se sont poursuivis dans la période pré-électorale en dépit du déploiement de forces supplémentaires de sécurité et de la récente imposition d’un couvre-feu dans la région par le gouvernement.

Depuis octobre 2007, les violences politiques auraient été la cause directe d’un certain nombre de morts et de blessés graves lors de rassemblements organisés dans le cadre de la campagne électorale ; des policiers auraient ouvert le feu dans plusieurs rassemblements dans différentes régions du pays. Selon les informations dont nous disposons, Wilson Shivera, vingt ans et Reuben Shikoli, trente-deux ans, seraient décédés après avoir été blessés par les tirs de policiers qui servaient de gardes du corps à des hommes politiques ; les policiers auraient tiré à balles réelles dans la foule après que des violences eurent éclaté lors de deux rassemblements politiques séparés dans l’ouest du Kenya, en octobre et en décembre. Bien que la police affirme que des enquêtes sont en cours dans les deux cas, rien n’indique que des poursuites ont été engagées.

Le 7 septembre 2007, Flora Igoki Tera, candidate à la députation dans le district de Meru, au centre du Kenya, a été agressée par trois hommes armés, qui l’ont frappée et forcée à avaler des excréments humains en la tirant par les cheveux. Ils l’ont sommée de ne plus se mêler de politique. Aucune information concernant d’éventuelles poursuites contre les auteurs de cette agression n’a été enregistrée.

Amnesty International appelle le gouvernement à ouvrir immédiatement des enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies sur toutes les allégations d’atteintes aux droits humains dans le cadre de violences perpétrées en marge des élections du 27 décembre, avant, pendant et après le scrutin. Lorsque des atteintes aux droits humains se sont produites, les auteurs présumés de ces actes, hommes politiques et responsables de l’application des lois compris, doivent répondre des violences commises.

Amnesty International appelle tous les candidats et dirigeants de partis politiques à appeler dès à présent leurs partisans à respecter les droits humains, de façon à ce que tous les Kenyans puissent prendre part au scrutin librement et sans crainte. L’organisation recommande à tous les candidats à la présidence et aux dirigeants des partis politiques de :

  s’engager à respecter et protéger les droits humains et le Code de conduite électorale du Kenya ;
  affirmer publiquement que les actes de violence politique par les candidats et membres du parti ne seront pas tolérés et que des mesures disciplinaires seront prises contre tout membre du parti ou candidat responsable d’atteinte aux droits humains ;
  interdire le recrutement de vigiles ou de bandes armées pour intimider des adversaires politiques et les partisans de ceux-ci et/ou de provoquer des violences politiques aboutissant à des atteintes aux droits humains ;
  demander que des enquêtes effectives soient menées par les autorités concernées sur les atteintes aux droits humains commises dans le cadre des violences perpétrées en marge des élections. Lorsque des atteintes aux droits humains se sont produites, exhorter les autorités à traduire les auteurs présumés de ces actes en justice dans les meilleurs délais ;
  coopérer pleinement avec les autorités enquêtant sur les atteintes aux droits humains dans le cadre des violences perpétrées en marge des élections.

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