Communiqué de presse

Kenya. Les Somaliens, boucs-émissaires de la répression anti-terroriste

La communauté somalienne du Kenya est prise pour cible dans le cadre d’une opération de lutte contre le terrorisme au cours de laquelle des milliers de personnes ont été arrêtées arbitrairement, harcelées, rackettées, maltraitées, déplacées de force et expulsées, a déclaré Amnesty International le 27 mai 2014.

L’organisation dénonce dans une nouvelle synthèse une préoccupante série de graves violations des droits humains perpétrées contre la communauté somalienne du Kenya depuis le lancement, au début du mois d’avril 2014, d’une opération des forces de sécurité baptisée Usalama Watch.

« De toute évidence l’opération Usalama Watch sert de prétexte pour réprimer l’ensemble de la communauté somalienne du Kenya, a déclaré Michelle Kagari, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est. Les Somaliens sont devenus des boucs-émissaires. Des milliers d’entre eux ont été arrêtés, maltraités ou déplacés de force, et des centaines ont été expulsés illégalement vers un pays déchiré par la guerre.

« Le Kenya fait certes face à de réels problèmes de sécurité au plan national, mais s’en prendre globalement à une communauté déjà vulnérable et marginalisée constitue une consternante violation de la législation nationale et du droit international. Nous demandons au gouvernement kényan de mettre un terme immédiatement aux violations des droits humains perpétrées contre les Somaliens, en particulier les réfugiés, de garantir leur protection et de mettre en place des voies de recours pour les victimes. »

Les autorités kényanes ont lancé des opérations massives contre les Somaliens à la suite de deux attentats qui ont fait de nombreux morts et blessés en mars. Du fait de l’opacité qui entoure ces opérations, menées parfois en marge des procédures légales, on ignore exactement combien de personnes ont été arrêtées et combien sont toujours détenues. Selon certaines informations, cependant, le ministre de l’Intérieur et de la Coordination du gouvernement national, Joseph Ole Lenku, a déclaré que plus de 4 000 personnes avaient été arrêtées durant la seule première semaine de l’opération.

À la connaissance d’Amnesty International, aucun Somalien arrêté au cours de ces interventions n’a été inculpé d’une quelconque infraction liée à des faits de terrorisme.

Un grand nombre de personnes arrêtées ont été détenues pendant plusieurs jours dans des cellules surpeuplées ou dans un stade de football, dans des conditions sanitaires inappropriées, sans qu’on leur donne de quoi manger et sans pouvoir s’entretenir avec un avocat. Selon un témoignage parvenu à Amnesty International, un bébé serait mort dans une maison après être resté sans soins durant trois jours car sa mère se trouvait en détention. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et les autres organisations n’ont eu accès aux personnes détenues que de manière extrêmement limitée.

Amnesty International a recueilli des informations sur de nombreux cas de passage à tabac, intimidation, racket et harcèlement sexuel commis par les forces de sécurité lors de leurs interventions. L’organisation a été alertée sur le cas d’une femme tombée en état de choc alors que les agents de sécurité essayaient de pénétrer par la force dans son appartement, et qui est morte après avoir été admise à l’hôpital. Amnesty International a également connaissance de deux cas de mort de jeunes enfants à la suite de l’intervention.

Plus de 1 000 Somaliens ont été déplacés de force dans des camps de réfugiés surpeuplés et dangereux situés dans le nord du Kenya. Parmi eux figurent des enfants séparés de leurs parents et des femmes séparées du nourrisson qu’elles allaitaient.

En dépit de l’insécurité grandissante dans leur pays, 359 Somaliens, dont au moins trois réfugiés enregistrés, ont été expulsés du Kenya. Un grand nombre d’entre eux étaient en possession d’un titre de séjour, ou ont déclaré que leurs documents attestant de leur qualité de réfugié ou d’étranger autorisé à séjourner avaient été confisqués ou détruits après leur arrestation. L’expulsion de réfugiés ou de demandeurs d’asile vers un pays comme la Somalie, où leur vie ou leur liberté peut être menacée, est une violation du principe de non-refoulement, l’un des principes fondamentaux de la protection des réfugiés.

« En soumettant la communauté somalienne à des expulsions illégales et à des traitements cruels, inhumains et dégradants sous couvert de l’opération antiterroriste Usalama Watch, le Kenya bafoue les dispositions de sa propre Constitution et celles du droit international, a déclaré Michelle Kagari.

« Le mot usalama veut dire “sécurité” en swahili. Ces actions répressives contre la population somalienne du Kenya ne vont pas rendre le pays plus sûr. Nous demandons aux autorités du Kenya de se conformer aux obligations qui sont les leurs au regard du droit international et de leur propre Constitution, de respecter les droits humains et de restaurer l’usalama pour tous les Somaliens qui vivent au Kenya. »

Vous pouvez télécharger le rapport ici.

La synthèse apporte des informations récentes qui viennent compléter le rapport No Place like Home : Returns and Relocations of Somalia’s Displaced , publié en février 2014 par Amnesty.

Complément d’information

L’opération Usalama Watch a été lancée peu après les attentats perpétrés en mars à Mombasa et à Eastleigh, un quartier de Nairobi dont la population est majoritairement somalienne. Le 4 avril, les forces de sécurité ont bouclé Eastleigh et raflé des milliers de personnes. L’opération visait en premier lieu la communauté somalienne, y compris les réfugiés et les demandeurs d’asile. Bien que des ressortissants kényans, des réfugiés d’autres nationalités, des étrangers sans papiers et des employés d’ONG aient également été interpellés, les Somaliens ont été les cibles principales.

La publication de cette synthèse intervient le jour même où la plainte collective déposée par neuf membres de l’Association des habitants d’Eastleigh au nom de 500 autres personnes doit être examinée par un tribunal.

La majorité des personnes expulsées sont des Somaliens. Amnesty International dispose d’informations mentionnant 28 expulsions d’Éthiopiens, et d’éléments faisant état du renvoi de six demandeurs d’asile ougandais vers leur pays d’origine.

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