Communiqué de presse

L’Australie doit soutenir le savoir-faire autochtone pour mettre fin à la crise de l’incarcération des mineurs

Des collectivités autochtones adoptent des démarches nouvelles et innovantes afin de garder les mineurs hors de prison - mais leur succès dépendra du soutien du gouvernement australien afin de renverser la tendance de l’incarcération des jeunes aborigènes en Australie, a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, à l’occasion du lancement d’un rapport sur ce pays au Club national de la presse mardi 2 juin 2015.

Salil Shetty est en Australie pour demander au gouvernement de soutenir des programmes de réinvestissement judiciaire menés par des autochtones, en réaction à la surreprésentation en détention des mineurs aborigènes et issus des populations des îles du détroit de Torrès, qui sont 24 fois plus susceptibles que les mineurs non-autochtones d’être incarcérés.

Le taux d’emprisonnement des mineurs autochtones en Australie, dont certains n’ont pas plus de 10 ans, est l’un des plus élevés au monde.

Cette surreprésentation est par ailleurs en hausse, les mineurs autochtones représentant moins de 6 % des 10-17 ans du pays et plus de la moitié (58 %) des jeunes en détention.

« L’histoire des enfants autochtones arrachés à leur famille et leur communauté en Australie est longue et tragique. L’échec des politiques gouvernementales débouchera sur une nouvelle génération perdue, à moins que l’Australie n’ait la clairvoyance de soutenir et financer la capacité des peuples autochtones à trouver des solutions. »

« Je suis impressionné par le travail novateur que des communautés autochtones accomplissent à travers l’Australie afin d’éduquer la nouvelle génération, mais le gouvernement australien doit rattraper son retard et financer les programmes dont il est avéré qu’ils permettent de garder les mineurs autochtones hors des prisons, et de rendre les collectivités plus sûres - tous les Australiens y trouveront leur compte », a déclaré Salil Shetty.

Salil Shetty a qualifié la démarche punitive du pays de « sidérante » et d’« une honte pour l’Australie ».

« Dans les autres pays où je me suis rendu récemment, comme le Maroc, les Pays-Bas et le Mexique, les mineurs de moins de 12 ans ne sont pas tenus pour pénalement responsables. Pourtant, aux termes du droit australien ils peuvent l’être dès l’âge de 10 ans, ce qui n’est pas conforme aux normes internationales. »

Le document rendu public mardi 2 juin, intitulé A brighter tomorrow : Keeping Indigenous kids in the community and out of detention in Australia, souligne que le taux de détention des mineurs aborigènes et issus des populations des îles du détroit de Torrès est à son niveau le plus élevé depuis la création de la Commission royale d’enquête sur les morts d’Aborigènes en détention, il y a près de 20 ans.

Ce document contient une liste de 16 mesures qu’Amnesty International recommande au gouvernement australien d’adopter afin d’honorer les obligations qui sont les siennes en vertu du droit international relatif aux droits humains, comme le fait de mettre un terme à l’application de peines obligatoires aux mineurs, qui contribue à l’augmentation de nombre de détenus sans réduire la délinquance juvénile.

« L’Australie doit ramener la sécurité dans certaines collectivités - mais il a été démontré qu’enfermer des mineurs n’est pas la solution », a déclaré Salil Shetty.

Salil Shetty a pu observer à quel point certaines nouvelles approches sont prometteuses lorsqu’il s’est rendu dans la ville de Bourke, en Nouvelle-Galles du Sud, où des responsables communautaires ont lancé l’initiative Maranguka, conçue et gérée par des Aborigènes.

Ils ont noué un partenariat avec l’association à but non lucratif Just Reinvest NSW afin de mettre en place la première tentative de réinvestissement judiciaire en Australie, dans le but de réduire le taux d’incarcération des jeunes et de faire de Bourke un lieu de vie plus sûr.

Le réinvestissement judiciaire fonctionne en redirigeant vers les communautés les ressources allouées aux prisons. Cette démarche accroît la sécurité au sein des collectivités en se préoccupant des facteurs à l’origine de la délinquance, en identifiant des soupapes de sécurité, en élaborant des solutions de remplacement en partenariat avec les communautés et les instances locales, et en améliorant ainsi les résultats pour les familles et les mineurs appartenant à un milieu modeste.

Au Texas, entre 2007 et 2012, ce type d’initiative a contribué à ce que 2 800 mineurs de moins soient envoyés derrière les barreaux, permettant à l’État de fermer huit établissements carcéraux pour mineurs.

Parallèlement, le taux de criminalité y est descendu à son niveau le plus bas depuis 1974.

Le projet Maranguka-Just Reinvest NSW est l’un des premiers au monde à inaugurer une démarche pilotée par des autochtones en matière de réinvestissement judiciaire.

Leur modèle a fait participer la police de Nouvelle-Galles du Sud, le Bureau australien des statistiques, le Bureau des statistiques sur la criminalité de Nouvelle-Galles du Sud, des organes gouvernementaux tels que le bureau du Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud et son gouvernement, ainsi que les services de la santé, du logement, de l’éducation, de l’emploi, des affaires familiales et communautaires, des affaires aborigènes, et des organisations caritatives et associatives.

Amnesty International demande aux gouvernements des États australiens de s’engager en faveur d’un financement à long terme afin de garantir le succès du projet Maranguka pour le réinvestissement judiciaire, et de nombreux autres programmes mis en place par des collectivités à travers le pays.

Comme les États-Unis l’ont découvert, il est beaucoup moins onéreux d’investir dans les collectivités que dans des prisons.

En Australie, le maintien d’un mineur en détention coûte 440 000 dollars par an, ce qui signifie que le coût d’une seule année d’incarcération pourrait plutôt servir à financer le diplôme de 1er cycle d’un jeune autochtone en école de médecine.

L’Australie a été condamnée par les Nations unies pour avoir bafoué ses obligations internationales en relation avec l’incarcération de jeunes autochtones, notamment en s’abstenant de ne placer des mineurs en détention qu’en dernier recours.

« L’Australie doit saisir cette chance cruciale de sauver une génération en gardant hors de prison des mineurs aborigènes et issus des populations des îles du détroit de Torrès, tout en faisant des collectivités concernés des endroits où la vie est plus sûre », a déclaré Salil Shetty.

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