L’Égypte doit protéger les manifestants pacifiques à l’occasion de l’anniversaire du « 25 janvier »

Les dirigeants militaires égyptiens doivent protéger les manifestants et faire respecter le droit à la liberté d’association pacifique, a déclaré Amnesty International mardi 24 janvier, en amont des actions prévues à travers le pays afin de commémorer le premier anniversaire du début du soulèvement ayant mis fin au régime du président Hosni Moubarak.

Le ministre égyptien de l’Intérieur a indiqué lors d’une conférence de presse, lundi 23 janvier, que les forces de sécurité ne seraient pas présentes aux abords de la place Tahrir et d’autres lieux où des manifestations sont prévues pour la commémoration de la « Révolution du 25 janvier », mercredi 25. Certains médias ont ajouté que les forces de sécurité étaient prêtes à tirer à balles réelles sur la foule si des institutions publiques étaient attaquées.

« Au lieu d’abandonner les sites devant accueillir des manifestations, les forces de sécurité devraient agir de manière responsable en veillant à ce que tout un chacun puisse exercer son droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique », a estimé Hassiba Hadj-Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Il s’agit d’un environnement polarisé, dans lequel les manifestants ont été qualifiés de fauteurs de troubles par certains des médias d’État et par les autorités. Or, des contre-manifestations sont programmées ce jour-là ; la position des autorités risque donc de s’apparenter à un manquement à leurs obligations. »

Le ministre de l’Intérieur a signalé qu’il était possible que des personnes se faisant passer pour des policiers et des soldats en uniforme participent aux manifestations dans le but d’essayer de provoquer des heurts entre manifestants et forces de sécurité.

Le ministre n’a pas précisé ce que les autorités prévoient de faire afin de protéger les manifestants ou d’empêcher que des affrontements n’aient lieu.

« Annoncer qu’il existe pour les manifestants un risque posé par des imposteurs déguisés en policiers et en soldats, puis s’abstenir de prendre des mesures face à cette menace est inacceptable. Un tel comportement ne rétablira pas la confiance des Égyptiens dans le ministère de l’Intérieur, discrédité depuis longtemps, et jette le doute sur le nouveau code d’éthique de la police », a ajouté Hassiba Hadj-Sahraoui.

Un an après leur arrivée au pouvoir, les autorités égyptiennes n’ont toujours pas rendues publiques les consignes transmises aux forces de sécurité sur le recours à la force, malgré les nombreuses demandes formulées en ce sens par Amnesty International et d’autres organisations.

« Au lieu d’ordonner aux forces de sécurité de cesser d’employer une force excessive, elles ont loué leur comportement et continué à accuser les manifestants et des " éléments cachés " de conspirer contre la stabilité de l’Égypte », a poursuivi Hassiba Hadj-Sahraoui.

« Étant donné que les manifestants rendront également hommage aux personnes tuées et blessées dans le cadre des actions de protestation en Égypte, les scènes de violence de l’an dernier ne doivent pas se répéter. Les manifestants doivent être autorisés à exercer leur droit de manifester pacifiquement, sans avoir à craindre d’être agressés. »

Depuis la « Révolution du 25 janvier », les forces de sécurité – à savoir des soldats, des membres de la police militaire et des Forces centrales de sécurité – ont régulièrement été déployées pour réprimer des manifestations.

Elles ont utilisé du gaz lacrymogène, des matraques, des balles en caoutchouc et des munitions réelles, notamment des cartouches de fusil, pour disperser de force des manifestants, et ont à plusieurs occasions foncé à bord de véhicules blindés sur des foules compactes pour les disperser et blesser les manifestants.

Il est peu probable que l’annonce, faite mardi 24 janvier, de la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 30 ans mercredi change quoi que ce soit à la situation sur le terrain. En effet, la législation d’exception continuera à être appliquée dans les cas d’« actes de violence », une infraction à la définition vague, régulièrement invoquée pour condamner les actions des manifestants.

Bien que le Conseil suprême des forces armées se soit à plusieurs reprises engagé à protéger les manifestants, au moins 90 personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées, lors de manifestations durant lesquelles les forces de sécurité ont recouru à une force excessive.

À la mi-décembre, les forces de sécurité ont tenté avec brutalité de disperser un sit-in se déroulant à côté de l’immeuble où se réunit le gouvernement, tuant 17 personnes, dont beaucoup par balle.

En novembre, les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène et tiré des plombs de fusil et des balles réelles lors d’affrontements ayant duré cinq jours près du ministère de l’Intérieur, au Caire. Ceux-ci sont survenus après que l’armée et les Forces centrales de sécurité eurent chassé manifestants et familles des victimes de la « Révolution du 25 janvier » de la place Tahrir. Plus de 50 personnes sont mortes et plus de 3 000 ont été blessées.

En octobre, les forces de sécurité ont attaqué des manifestants menant une action de protestation contre la discrimination religieuse autour du siège de la télévision d’État, le bâtiment Maspero, au Caire. Vingt-huit personnes ont alors perdu la vie – un grand nombre d’entre elles ont été écrasées par des véhicules blindés lancés à toute allure dans la foule.

Lors des opérations de répression visant les actions de protestation, des manifestantes ont été isolées puis brutalisées, et beaucoup ont affirmé avoir été molestées et menacées d’agression sexuelle lorsqu’elles se trouvaient en détention.

Des séquences montrant des membres des forces de sécurité frapper sauvagement et déshabiller des femmes, diffusées sur Internet à la suite de manifestations en décembre, ont suscité une vague d’indignation au niveau international et de nouvelles manifestations de groupes de défense des femmes en Égypte.

En mars dernier, Amnesty International a fait état des « tests de virginité » imposés par les forces armées à plusieurs manifestantes. En décembre, un tribunal administratif du Caire a déclaré ces pratiques illégales et ajouté qu’elles devaient cesser immédiatement.

Les Égyptiens ordinaires ont payé un lourd tribut à ces violences. L’un d’entre eux, Ahmed Harara, a perdu un œil après avoir été blessé lors du soulèvement de janvier, et l’autre œil en novembre après que les forces de sécurité eurent tiré des coups de fusil lors d’un sit-in.

Les enquêtes diligentées par l’armée sur ces violences sont dans les faits des manœuvres visant à étouffer la vérité au sujet des agissements des forces de sécurité. Jusqu’à présent, seuls trois officiers ont été poursuivis pour homicide involontaire et traduits en justice en relation avec l’homicide de 14 manifestants à Maspero, en octobre.

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