L’Indonésie doit mettre fin à l’impunité pour les violences policières

En Indonésie, la police frappe, tire et tue même des gens sans craindre de poursuites, ce qui ne laisse guère aux victimes l’espoir d’obtenir justice, révèle Amnesty International dans une nouvelle synthèse.

Intitulé Excessive Force : Impunity for police violence in Indonesia, ce document dévoile que, malgré 10 ans de supposées réformes, les policiers continuent d’infliger des coups ou de faire usage de leurs armes à feu, face à des militants pacifiques lors de manifestations, mais aussi dans le cadre de litiges fonciers ou d’interpellations.

Les enquêtes portant sur les violations des droits humains imputables aux policiers sont rares, les sanctions minimes et l’Indonésie ne dispose d’aucun organisme national indépendant chargé de traiter efficacement les plaintes des citoyens.

La police indonésienne recourt à une force excessive et va même jusqu’à tuer des gens, sans craindre aucune sanction, tandis que les victimes perdent tout espoir d’obtenir justice, a indiqué Josef Benedict, chargé de campagne sur l’Indonésie à Amnesty International.

« Ceux qui sont touchés par les violences policières ont besoin d’un organe indépendant capable d’enquêter dûment sur toutes les allégations d’atteintes aux droits humains et, tout aussi crucial, doté d’un mandat qui lui permette de soumettre ses conclusions en vue d’engager des poursuites. »

La Commission nationale des droits humains (Komnas HAM) comme la Commission de la police nationale (Kompolnas) sont habilitées à traiter les plaintes relatives à des fautes commises par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions. Toutefois, il n’entre pas dans leurs attributions de renvoyer les affaires relatives à des infractions pénales impliquant des violations des droits humains devant les services du ministère public.

La police indonésienne recourt fréquemment à une force excessive, y compris en faisant usage d’armes à feu, pour réprimer les manifestations pacifiques.

Le 24 décembre 2011, une centaine de manifestants pacifiques bloquaient une route à Bima, dans la province de Nusa Tenggara occidental, pour protester contre l’octroi d’un permis d’exploration minière. Quelque 600 policiers, dont des membres de la brigade de police mobile, avaient été déployés pour les disperser. Trois personnes ont été tuées et des dizaines blessées.

Selon certaines informations, le chef de la police du district de Bima a ordonné aux policiers de recourir à la force pour réprimer cette manifestation.

Dans le cadre d’une procédure disciplinaire interne, cinq policiers auraient été condamnés à trois jours de détention pour avoir frappé et roué de coups de pied des manifestants qui n’opposaient pourtant aucune résistance.

Cependant, à la connaissance d’Amnesty International, l’usage d’armes à feu lors de ce rassemblement à Bima n’a fait l’objet d’aucune enquête, pas plus que les mauvais traitements infligés aux manifestants.

Le 19 octobre 2011, trois personnes ont été tuées et plus de 90 blessées lorsque la police et l’armée ont encerclé un rassemblement pacifique qui se tenait à Abepura, dans la province de Papouasie. Il s’agissait du troisième
Congrès du peuple papou.

L’enquête menée par Komnas HAM a conclu que les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur les participants à ce rassemblement. Si des procédures disciplinaires internes ont été engagées, il semble qu’aucune enquête n’ait été ouverte sur l’utilisation d’armes à feu et les mauvais traitements signalés lors de cet événement.

En juin 2011, dans la province de Sumatra-Nord, dans le cadre d’un litige foncier, des membres de la brigade de police mobile qui tentaient d’expulser de force des villageois dans le district de Langkat auraient tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles et en caoutchouc sur les villageois qui défendaient leur maison, faisant au moins neuf blessés.
À la connaissance d’Amnesty International, ces violences n’ont donné lieu à aucune investigation.

Les victimes de violences policières ne devraient pas avoir à attendre que justice leur soit rendue. L’Indonésie doit veiller à ce que toutes les informations faisant état d’homicides illégaux et de passages à tabac imputables aux policiers fassent l’objet d’enquêtes menées dans les meilleurs délais par un organisme indépendant dont les conclusions seront rendues publiques, a expliqué Josef Benedict.

« Les procédures disciplinaires internes sont destinées à traiter de délits mineurs, pas d’atteintes aux droits humains.

« Les personnes soupçonnées d’être responsables d’un recours inutile et excessif à la force et aux armes à feu, y compris celles exerçant une responsabilité hiérarchique, doivent être poursuivies dans le cadre d’une procédure respectant les normes internationales et les victimes doivent se voir accorder des réparations. »

Enfin, Amnesty International a demandé à l’Indonésie de revoir les tactiques policières mises en œuvre lors des opérations d’arrestation et de maintien de l’ordre public, afin de veiller à ce qu’elles soient conformes aux normes internationales.

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