Communiqué de presse

L’interdiction visant YouTube en Égypte est un revers pour la liberté d’expression

L’interdiction temporaire frappant YouTube en Égypte en raison d’une vidéo considérée comme insultante à l’égard de l’islam est un recul sur le terrain de la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International.

Un tribunal du Caire a ordonné un blocage du site de partage de vidéos pour 30 jours à la suite de la diffusion de la vidéo controversée intitulée Innocence of Muslims, qui a déclenché des manifestations à travers le monde musulman en septembre.

La décision rendue samedi 9 février affirme que « bénéficier de la liberté d’opinion ne [doit] pas revenir à attaquer les convictions d’autrui ».

« Cette décision est une attaque manifeste contre la liberté d’expression, et a des ramifications profondes dans ce pays où les militants utilisent beaucoup YouTube afin de dénoncer des violations des droits humains dans le pays », a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Critiquer les religions et les convictions personnelles est une part essentielle de la liberté d’expression – que les opinions exprimées soient insultantes et intolérantes ou non. »

Le tribunal administratif du Caire a déclaré qu’il doit y avoir un équilibre entre la liberté d’expression, «  les intérêts et aspirations de la société, et la protection des valeurs et traditions de celle-ci ».

Il a ajouté que la liberté d’opinion ne devait pas « heurter la sensibilité, ni susciter le ressentiment des fidèles d’autres religions, en particulier les religions du livre  », et que les médias doivent s’abstenir de « calomnier » les figures religieuses.

Les raisons invoquées par le tribunal pour bloquer YouTube vont à l’encontre du droit international relatif aux droits humains, qui protège la liberté d’expression, y compris l’expression d’idées qui sont choquantes.

« Critiquer les religions et autres convictions et idées est une composante essentielle du droit à la liberté d’expression », a poursuivi Hassiba Hadj Sahraoui.

« Ces critiques, insultes ou moqueries n’interfèrent pas avec la liberté de culte des croyants, même s’ils les trouvent choquantes. »

Le tribunal a également ordonné l’interdiction d’autres sites Internet ayant diffusé le film incriminé.

Une organisation non gouvernementale de défense des droits humains s’étant opposée à cette décision de justice, l’Association pour la liberté d’opinion et d’expression, prévoit de former un recours.

« Compte tenu des difficultés techniques et financières inhérentes à l’application de cette décision, il sera probablement impossible de la mettre en pratique », a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui.

« Elle accroît cependant les craintes relatives à l’imposition de restrictions à la liberté d’expression pour diffamation des religions. »

Cette décision survient alors que le nombre de personnes poursuivies pour blasphème augmente en Égypte.

Le mois dernier, un tribunal du Caire a confirmé la condamnation à trois ans de prison prononcée contre Alber Saber pour « diffamation à l’égard de la religion » après qu’il ait rendues publiques des vidéos considérées comme choquantes, notamment Innocence of Muslims.

La Constitution égyptienne protège la liberté d’expression mais fixe des limites à celle-ci, notamment concernant les insultes et la diffamation à l’égard de la religion et des personnes.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l’Égypte est partie, protège l’expression des idées, y compris lorsque celles-ci sont considérées comme choquantes ou insultantes.

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