L’intervention d’urgence en Haïti doit inclure une protection contre la violence sexuelle

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI - 24 mars 2010

(Port-au-Prince) Des milliers de femmes vivant dans des camps provisoires en Haïti risquent d’être victimes de violences sexuelles et ne sont pas suffisamment protégées par les autorités, a déclaré Amnesty International mercredi 24 mars à l’issue d’une visite de trois semaines dans le pays.

La violence sexuelle est très répandue dans les centaines de camps qui sont spontanément apparus dans la capitale et dans d’autres zones touchées par le séisme qui a frappé Haïti en janvier.

Amnesty International a déclaré que l’absence de mesures de prévention et de réaction adaptées face au risque de violence sexuelle contribue à la crise humanitaire, et a exhorté les autorités haïtiennes à prendre immédiatement des mesures dignes de ce nom afin de juguler cette violence et de protéger les femmes vivant dans ces camps.

« La violence sexuelle est très présente dans les camps où vivent certaines des personnes les plus vulnérables du pays, a déclaré depuis Port-au-Prince Chiara Liguori, spécialiste des Caraïbes à Amnesty International. C’était déjà un motif de préoccupation considérable en Haïti avant le tremblement de terre, mais les conditions dans lesquelles vivent les personnes déplacées exposent les femmes, les jeunes filles et les fillettes à des risques encore plus importants. »

L’insécurité, la surpopulation et le manque d’installations sanitaires mettent ces femmes en danger parce qu’elles sont à la merci des agresseurs et ne bénéficient d’aucune protection. Compte tenu du manque de moyens des forces de police et du système judiciaire à la suite du séisme, il est peu probable que les auteurs de violences soient punis.

«  Les autorités haïtiennes doivent en priorité augmenter la présence policière dans les camps, en particulier la nuit, a ajouté Chiara Liguori. Il faut notamment renforcer la capacité de la police à protéger les femmes, les jeunes filles et les fillettes de la violence sexuelle, et à traiter de façon adéquate les cas portés à sa connaissance. »

Un sentiment général d’insécurité est palpable aussi bien à l’intérieur qu’aux alentours des camps, surtout la nuit. Les femmes et les filles vivant dans des abris de fortune se sentent vulnérables et ont peur des agressions.

La plupart des victimes de violences sexuelles qui ont parlé à Amnesty International étaient mineures. Une fillette âgée de huit ans a été violée une nuit alors qu’elle était seule sous sa tente. Sa mère avait quitté le camp pour aller travailler et n’avait personne pour garder sa fille en son absence. Une adolescente de 15 ans a été violée alors qu’elle était sortie pour uriner hors du camp, celui-ci n’ayant pas de latrines.

L’absence de mécanismes de protection adaptés pour les femmes et les filles dissuade celles-ci de faire état de ces violences. Une organisation locale de protection des femmes a signalé qu’il y avait eu au moins 19 cas de viol dans ce qui ne constitue qu’une petite section du camp du Champ-de-Mars, l’un des plus grands de Port-au-Prince. Aucune des femmes et des filles concernées n’a porté plainte auprès de la police, par peur de leurs agresseurs ; elles ont préféré quitter le camp.

«  Il n’y a pas en Haïti de centre d’accueil où les victimes de la violence sexuelle puissent bénéficier d’une protection et de services adaptés. La mise en place de lieux d’accueil pour les femmes, jeunes filles et fillettes victimes de violences doit être l’un des objectifs du travail humanitaire d’urgence, et les ONG internationales, dont la présence en Haïti est massive, ne peuvent rendre cela possible qu’avec la coopération des autorités haïtiennes », a conclu Chiara Liguori.

Complément d’information :

La délégation d’Amnesty International s’est rendue - à plusieurs reprises dans certains cas - dans huit camps de personnes déplacées à Port-au-Prince et dans les villes de Jacmel et de Lascahobas.

Les délégués de l’organisation ont rencontrés des représentants des autorités, dont René García Préval, le président de la République, et Jean-Max Bellerive, le Premier ministre. Ils se sont entretenus avec le responsable de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et avec plusieurs agences de l’ONU présentes en Haïti, des organisations locales et internationales de défense des droits humains, et les ambassadeurs du Brésil, du Canada et de la France.

Si vous souhaitez vous procurer un exemplaire complet de la synthèse d’Amnesty International recensant ses principaux motifs de préoccupation en rapport avec les femmes et les enfants en Haïti, veuillez contacter notre service de presse.

FAITS ET CHIFFRES

Le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a, d’après les chiffres officiels, fait plus de 210 000 morts et environ 300 000 blessés. Plus de 600 000 personnes ont fui Port-au-Prince pour gagner d’autres régions du pays épargnées par le séisme, situation qui grève les ressources limitées de plusieurs communes.

D’après les estimations les plus récentes du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, il existe dans la seule capitale 460 camps, qui regroupent 1 170 000 personnes. Le camp le plus grand de Port-au-Prince accueille semble-t-il quelque 50 000 personnes.

La grande majorité des personnes déplacées vivant dans ces camps sont des mineurs : 720 000 ont été touchés par le séisme et 300 000 ont dû se réfugier dans d’autres quartiers ou communes que les leurs.

Au moins 20 postes de police, à Port-au-Prince et ailleurs, ont été gravement endommagés ou se sont effondrés durant le tremblement de terre. Cela compromet la capacité de la police à assurer la sécurité et à faire appliquer la loi.

Les infrastructures de la justice à Port-au-Prince et aux alentours sont détruites ou très abîmées. Par conséquent, les retards dans le traitement des cas s’accumulent. Les dossiers de cas récents comme passés ont été perdus ou ont brûlé après le sinistre.

Par ailleurs, peu après celui-ci tous les prisonniers du Pénitencier national se sont échappés. Les murs d’enceinte de la prison ont résisté aux secousses mais la porte principale a été laissée ouverte, ce qui a permis la fuite de plus de 4 200 prisonniers.

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