Communiqué de presse

L’Ukraine doit ouvrir une nouvelle enquête sur la mort en garde à vue d’un étudiant

Les autorités ukrainiennes doivent ouvrir une nouvelle enquête sur la mort en garde à vue d’un étudiant, a déclaré Amnesty International en apprenant que les deux policiers soupçonnés d’être responsables de sa mort sont repartis libres, au terme d’une audience qui s’est tenue à Kiev le 5 janvier.

Les deux policiers n’ont été jugés que pour négligences mineures s’agissant de la mort d’Ihor Indilo, 19 ans. L’un d’entre eux, Sergueï Prihodko, a été condamné à une peine de cinq ans d’emprisonnement avec sursis, tandis que le second, Sergueï Kovalenko, a été gracié par le tribunal.

Ihor Indilo est mort en mai 2010 après avoir été arrêté et interrogé par les deux policiers à Kiev ; il a eu le crâne fracturé et a souffert d’une hémorragie interne. Sa famille soupçonne Sergueï Prihodko de lui avoir porté le coup fatal.

« Inculper les deux policiers de négligences mineures alors que des éléments probants laissent à penser que leur comportement a entraîné la mort d’Ihor Indilo témoigne d’un mépris choquant pour la vie humaine, a déclaré John Dalhuisen, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

« Les autorités ukrainiennes doivent diligenter une enquête approfondie et prononcer des inculpations contre les deux hommes qui permettraient au tribunal d’examiner s’ils ont, par leurs actions ou leur inaction, contribué à la mort d’Ihor Indilo.

« Si tel est le cas, ils doivent être justement condamnés. »

Les étudiants sont descendus dans les rues après avoir eu connaissance du jugement rendu jeudi 5 janvier, pour protester contre les violences policières et la réticence persistante des autorités ukrainiennes à y faire face.

En octobre, le président Viktor Ianoukovitch a demandé au procureur général de réexaminer personnellement cette affaire, en raison de la large couverture médiatique qu’elle a suscitée.

Le procureur général a publiquement critiqué la manière dont le bureau du procureur de Kiev avait géré ce dossier, mais n’est pas intervenu pour faire en sorte que les policiers soient jugés pour les chefs d’inculpation correspondant à la situation.

« Cette affaire constitue un test décisif pour la capacité du système de justice ukrainien à traiter sérieusement des allégations de violences policières. Le fait qu’il s’en montre incapable souligne la nécessité d’opérer une véritable remise à plat du système », a indiqué John Dalhuisen.

Ihor Indilo a été arrêté le 16 mai 2010 à la suite d’un différend avec un agent de sécurité de la résidence où il vivait, à propos d’une carte d’identité manquante. Il était sorti faire la fête à la veille de son 20e anniversaire.

La police a affirmé qu’il était saoul et agressif au moment de son arrestation, bien que l’agent de sécurité ait depuis lors déclaré qu’il n’était ni l’un ni l’autre.

Sergueï Prihodko, policier qui n’était pas en service à ce moment-là, a appréhendé Ihor Indilo vers 20 h 15 et a conduit le jeune homme – ainsi qu’un de ses amis – au poste de police de Chevtchenkivski, où il a été interrogé par ce policier et par un de ses collègues, Sergueï Kovalenko, en présence de son ami.

Quelques minutes plus tard, une ambulance a été appelée dans la salle d’interrogatoire parce qu’Ihor Indilo avait perdu connaissance, mais il n’a pas été examiné de manière rigoureuse.

Un enregistrement de vidéosurveillance montre, à 21 h 49, Sergueï Prihodko traîner Ihor Indilo dans une cellule et le laisser par terre, une fois les ambulanciers partis.

Ces séquences donnent à voir la détérioration de l’état physique de l’étudiant au fil de la nuit ; il titube et tombe dans la cellule, puis cesse de bouger vers 3 heures du matin.

La police l’a laissé sans surveillance dans sa cellule jusqu’à ce que l’on découvre son corps à 4 h 51. Les policiers disent avoir pris son pouls et vérifié qu’il respirait, et qu’il était encore en vie, mais l’enregistrement de vidéosurveillance montre un policier découvrant son corps, le traînant puis le retournant.

Le lendemain matin, il a été annoncé aux parents d’Ihor Indilo qu’il était mort étouffé, mais ceux-ci ont remarqué de nombreux hématomes lorsqu’ils ont vu sa dépouille. Par ailleurs, lors de l’autopsie, du sang a été retrouvé dans son estomac, conséquence possible d’un coup à l’abdomen.

La police a alors affirmé qu’Ihor Indilo était mort après être tombé d’un banc de 50 cm de haut dans sa cellule parce qu’il était saoul. Or, il ne semble pas en état d’ébriété sur l’enregistrement de vidéosurveillance montrant son arrivée au poste de police.

Sergueï Prihodko a été inculpé d’« abus de pouvoir ayant entraîné des souffrances ou attenté à la dignité d’un être », pour avoir traîné Ihor Indilo sur le sol.

Sergueï Kovalenko a été inculpé de «  manquement au devoir sans conséquences graves », pour avoir laissé Sergueï Prihodko se livrer à ces agissements.

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