communiqué de presse

La déclaration commune historique Colombie-FARC ne garantit pas le droit des victimes à la justice

La déclaration historique publiée conjointement par le gouvernement colombien et le principal groupe de guérilla du pays, les FARC, ne contribuera pas à une paix durable si les responsables présumés d’atteintes aux droits humains, notamment de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, ne sont pas traduits en justice, a déclaré Amnesty International.
La déclaration de principe en 10 points relative aux droits des victimes ne contient aucun engagement à traduire en justice les personnes qui ont déplacé, torturé, tué, enlevé, fait « disparaître » ou violé des millions de Colombiens au cours des cinq dernières décennies.

« Le fait que le gouvernement et les FARC se soient engagés à placer les droits des victimes au centre des pourparlers de paix représente un grand pas en avant. Néanmoins, il faut faire attention aux détails. Tout accord qui ne garantit pas que les personnes soupçonnées de responsabilité pénale pour des atteintes aux droits humains soient traduites devant les tribunaux est incomplet et fragile  », a déclaré Marcelo Pollack, chercheur d’Amnesty International chargé de la Colombie.

« Le gouvernement doit veiller à ce que les responsables présumés de crimes de droit international ne restent pas impunis. Les victimes ont le droit de voir la justice rendue dans des tribunaux de droit commun. Cela sera difficile, mais c’est le seul moyen d’obtenir une paix durable et réelle en Colombie.  »

Le 7 juin, le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont publié une déclaration commune de principe comprenant un plan en 10 points qui pose les bases de la prochaine phase de négociation, axée sur le droit des victimes d’obtenir vérité, justice et réparation.

Dans cette déclaration, les deux parties ont, chose essentielle, reconnu leur responsabilité dans les atteintes aux droits humains commises, la place centrale des droits des victimes dans les pourparlers de paix et le caractère non négociable de ces droits. Elles ont également convenu d’intégrer les victimes dans ces discussions et annoncé la création d’une « commission visant à établir la vérité » sur le conflit et ses victimes.
Cependant, aucun engagement en vue de garantir la justice ne figure dans ce texte.

Le gouvernement et les FARC mènent officiellement des négociations de paix depuis octobre 2012. Ces pourparlers doivent redémarrer après le second tour des élections présidentielles, le 15 juin 2014.
« Le niveau extrêmement élevé d’impunité est l’une des raisons pour lesquelles le conflit a perduré aussi longtemps. Les responsables savent qu’ils peuvent échapper purement et simplement à la justice », a déclaré Marcelo Pollack.

« Pour prouver qu’elles désirent sincèrement garantir les droits des victimes, les deux parties doivent s’engager de manière vérifiable à mettre immédiatement un terme aux atteintes aux droits humains. Les autorités doivent traduire en justice les personnes soupçonnées de responsabilité pénale dans des atteintes aux droits humains. »

Le conflit est marqué par des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire généralisées et systématiques, parmi lesquelles des homicides illégaux, des disparitions forcées, des actes de torture, des déplacements forcés, des enlèvements et des violences sexuelles. Ces agissements ont été perpétrés tant par les forces de sécurité, agissant seules ou avec la complicité des paramilitaires, que par les groupes de guérilla.

Les populations indigènes et les communautés afro-colombiennes et paysannes, de même que les défenseurs des droits humains, les responsables de communautés et les syndicalistes, sont particulièrement exposés au risque de subir des atteintes aux droits humains. Quelque 70 défenseurs des droits humains ont été tués au cours de la seule année 2012.
En avril, Amnesty International a écrit aux candidats à l’élection présidentielle pour exposer les principales préoccupations de l’organisation en matière de droits humains et les appeler à placer le respect de ces droits et la lutte contre l’impunité au cœur de leur campagne et au centre des négociations de paix.

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