La libération de Liu Xia montre qu’il est possible de faire pression sur le pays

Même Pékin a reconnu que la veuve du prix Nobel de la paix n’avait commis aucun crime.

Le 10 juillet, les autorités chinoises ont enfin mis un terme au maintien en résidence surveillée de facto de Liu Xia, peintre, poétesse et veuve de feu Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, et l’ont autorisée à partir pour Berlin.

Il est intéressant de se pencher sur ce qui différencie le cas de Liu Xia de ceux des nombreux dissidents et militants toujours détenus dans les prisons chinoises ou visés par une interdiction de sortir du pays. La double approche de la diplomatie privée et publique a porté ses fruits dans le cas de Liu et pourrait donner des résultats pour d’autres, quand bien même la situation peut sembler bien sombre.

La première chose à savoir est que Liu, à la différence de son époux, jugé pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État » en 2009, n’a jamais été accusée d’aucune infraction par le gouvernement chinois. À cet égard, elle se distingue de l’écrivain dissident Qin Yongmin, condamné à 13 ans de prison pour « subversion du pouvoir de l’État » le lendemain du jour où Liu s’est envolée pour l’Allemagne, ou de l’universitaire ouïghour Ilham Tohti, condamné à la détention à perpétuité pour « séparatisme » en 2014. Aussi contestables que puissent être les charges portées contre ces deux personnes et d’autres, leurs procès avaient tout au moins un semblant de vernis de procédure judiciaire.

Autre élément notable, Liu n’a jamais comparu devant un tribunal et n’a jamais eu l’occasion de contester légalement son traitement. La raison pour laquelle elle a été placée en résidence surveillée illégale pendant huit ans ? Son soutien indéfectible à son époux Liu Xiaobo.

De ce fait, les autorités n’ont pas pu accuser ceux qui réclamaient sa libération d’ingérence dans une procédure judiciaire chinoise, ni affirmer qu’il s’agissait d’une criminelle ayant mis en danger la sécurité nationale, une accusation si souvent portée contre les militants pacifiques.

La raison pour laquelle elle a été placée en résidence surveillée illégale pendant huit ans ? Son soutien indéfectible à son époux Liu Xiaobo.

Tout au long des huit années de détention illégale imposée à Liu Xia, les autorités chinoises n’ont cessé de répéter qu’elle était libre de faire ce qu’elle souhaitait et jouissait des mêmes droits et libertés que tout autre citoyen chinois « dans le respect de la loi ». Des déclarations comme celles-ci n’ont fait que sensibiliser davantage ceux qui, en Chine comme à l’étranger, ne pouvaient que constater l’injustice dont elle était victime.

Le timing de la libération de Liu n’est pas anodin, quelques jours seulement avant le premier anniversaire de la mort de Liu Xiaobo, au moment où les demandes en faveur de sa libération n’allaient pas manquer de monter en puissance. Sa libération a également coïncidé avec une série de discussions diplomatiques notables : le Premier ministre chinois Li Keqiang se trouvait en Allemagne, le dialogue relatif aux droits humains entre la Chine et l’Union européenne a eu lieu en début de semaine et le sommet UE-Chine démarre le 16 juillet.

En coulisses, les diplomates étrangers et autres responsables ont fait pression pour que le cas de Liu Xia figure à l’ordre du jour de ces discussions, contribuant sans nul doute à renforcer les pressions pour garantir sa libération.

D’aucuns pourraient alors saluer une victoire de la « diplomatie douce ». Pourtant, les conditions de cette réussite ont été créées par une pression publique, soutenue et bruyante, y compris à travers les campagnes d’Amnesty International et d’autres organisations non gouvernementales.

Sans cette pression, exercée pendant des années, il est difficile d’imaginer que la requête de Liu Xia pour quitter la Chine serait restée si longtemps sur l’agenda diplomatique. Cette double approche, marquée par des années de pression diplomatique et publique, fut cruciale pour obtenir sa libération.

Gardons-nous de sous-estimer le rôle de l’Allemagne dans les négociations. La Chine est tout aussi aiguisée qu’un autre État en matière de tractations diplomatiques. La pression diplomatique fut d’autant plus puissante qu’elle fut menée par l’Allemagne, un partenaire économique stratégique qui aborde régulièrement des questions liées aux droits humains vis-à-vis de la Chine.

La Chine excelle dans ces négociations diplomatiques tenaces et n’a pas fait de concessions immédiates. Dans un article publié en mai, l’ami de Liu, le célèbre écrivain dissident chinois Liao Yiwu, exilé en Allemagne, suggérait que la Chine avait pu retarder la libération de Liu afin d’en tirer un bénéfice maximal – lui faisant sans cesse miroiter la liberté.

Elle a tout d’abord été informée qu’elle pourrait partir après le 19e Congrès du Parti communiste en octobre dernier, mais cette promesse n’a pas été tenue. Puis, les agents lui ont dit d’attendre la fin des sessions annuelles de l’Assemblée nationale populaire et de la Conférence consultative politique du peuple chinois, en mars. Une nouvelle fois, les autorités ont manqué à leur engagement.

Ces fausses promesses à répétition ont plongé Liu dans le désespoir, ce qu’a révélé une conversation téléphonique poignante qu’elle a eue avec son ami Liao Yiwu en avril – et dont l’enregistrement a été rendu public en mai. Les diplomates et les journalistes qui suivent son cas n’étaient pas les seuls à être touchés et attristés par sa détresse. Des citoyens ordinaires ont eux aussi été choqués, demandant pourquoi le gouvernement chinois se montrait aussi cruel.

Dans un remarquable élan de solidarité, des écrivains comme Paul Auster (auteur de La Trilogie new-yorkaise), Alice Sebold (auteure de La Nostalgie de l’ange) et J.M. Coetzee (prix Nobel de littérature) se sont joints à l’appel en faveur de la libération de leur collègue artiste – maintenant l’attention de l’opinion publique sur le calvaire enduré par Liu jusqu’à la veille de sa libération.

Si Liu Xia est désormais libre, des zones d’ombre subsistent. Son jeune frère, Liu Hui, condamné à 11 ans de prison en 2013 pour des accusations douteuses de fraude et libéré sous caution plus tard la même année, reste en Chine. Un point sur lequel Pékin a catégoriquement refusé de négocier. Certains craignent qu’il ne serve de moyen de pression pour empêcher Liu Xia de s’exprimer.

La libération de Liu est sans doute due à sa situation très spécifique, mais nous devons nous réjouir de cette nouvelle, précisément parce qu’elles se font bien rares ces temps-ci. Elle doit nous donner du courage, parce qu’elle montre que la Chine n’est pas insensible à la pression publique et diplomatique. C’est une lueur d’espoir, qui nous permet d’entrevoir la liberté pour d’autres militants pacifiques injustement incarcérés en Chine.

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