La politique de Madhya Pradesh favorise la violence

Le gouvernement du Madhya Pradesh doit demander l’ouverture d’une enquête sur la déclaration de la ministre des Ressources en eau, Uma Bharti, qui affirme avoir ordonné que des auteurs présumés de viols soient torturés à l’époque où elle était Premier ministre de l’État, a déclaré mardi 14 février Amnesty International Inde.

« Uma Bharti semble croire qu’elle se trouve au-dessus des lois, et que ses déclarations prouvent sa détermination dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Cependant, ses déclarations sont à la fois malvenues et dangereuses, » a déclaré Aakar Patel, directeur d’Amnesty International Inde.

« La torture est toujours un crime et ne peut jamais être justifiée. Il est du devoir des autorités du Madhya Pradesh d’enquêter sur les déclarations d’Uma Bharti. Si elles trouvent suffisamment de preuves recevables prouvant que les événements qu’elle a décrits ont eu lieu, elles doivent engager des poursuites contre elle et contre tout autre responsable impliqué. »

Le 10 février, lors d’un rassemblement électoral à Agra, en Uttar Pradesh, Uma Bharti a critiqué le gouvernement de cet État en lien avec une affaire dans laquelle trois violeurs présumés avaient récemment été libérés sous caution. Elle a déclaré : « Ceux qui ont commis de tels crimes devraient être pendus la tête en bas devant leurs victimes et battus jusqu’à leur en arracher la peau. Il faudrait frotter du sel et du piment sur leurs blessures, afin qu’ils souffrent, et que leurs souffrances soient vues par leurs victimes, ces mères et ces filles. Il faudrait qu’ils souffrent, et qu’ils implorent pour avoir la vie sauve… »

« C’est ce que j’ai mis en œuvre lorsque j’étais Premier ministre (de décembre 2003 à août 2004), quand une femme était victime de viol. Je l’ai rendu possible. Quand un policier me disait que c’était une violation des droits humains, je rétorquais que les démons n’ont pas de droits humains. Et j’ai demandé à ce que ces femmes soient autorisées à voir à travers une fenêtre ce qu’il se passait. J’ai dit à la police de pendre les hommes la tête en bas et de les battre si fort que leurs hurlements pourraient être entendus par les femmes, afin qu’elles puissent tourner la page. »

Uma Bharti a par la suite déclaré dans une lettre au journal Indian Express : « Je ne révélerai pas les noms des policiers qui ont agi sous mes ordres. Je suis prête à en subir les conséquences et si l’occasion se présente à nouveau, je referai la même chose… Je ne ressens aucune compassion pour ceux qui harcèlent et qui violent les filles et les femmes, car je ne les considère pas comme des êtres humains. Ils n’ont donc pas de droits humains… C’est une problématique si vaste et si importante que je souhaite mettre en pause les discussions sur ce sujet jusqu’au 11 mars (date de l’annonce des résultats des élections au niveau des États).  »

Les actes de torture et les autres mauvais traitements infligés à des personnes détenues par la police sont monnaie courante en Inde, mais ne sont que rarement punis.

Si la torture n’est pas clairement reconnue en tant que crime dans la législation indienne, la Cour suprême a statué que la torture et les autres mauvais traitements bafouent les droits à la vie et à la liberté personnelle reconnus par la Constitution.

L’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements est une règle du droit international coutumier, contraignante pour tous les pays. La torture est également une violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Inde est partie. De même, l’Inde a signé la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et s’est engagée à plusieurs reprises à la ratifier. Le pays a donc l’obligation de mener sans délai une enquête exhaustive et impartiale lorsqu’il y a des raisons de croire que des actes de torture ou d’autres mauvais traitements pourraient avoir été infligés.

« L’impunité dans les affaires de viols ou d’autres violences faites aux femmes est un grave problème en Inde, et les responsables méritent d’être punis. Mais cela doit être fait dans le respect de l’état de droit, » a déclaré Aakar Patel. « Les membres de la classe politique ne peuvent pas décider que certaines personnes n’ont pas de droits humains. »

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