La question des droits humains doit être au cœur de tout dialogue entre le gouvernement zimbabwéen et le Mouvement pour le changement démocratique.

Déclaration publique

Déclaration conjointe d’Amnesty International, du Zimbabwe Human Rights NGO Forum (Forum des ONG de défense des droits humains du Zimbabwe) et de Zimbabwe Lawyers for Human Rights (Avocats du Zimbabwe pour les droits humains)

AFR 46/021/2007

Trois mois après le Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui s’est tenu le 29 mars 2007 à Dar es Salaam, en République-Unie de Tanzanie, nous sommes plus d’une centaine d’organisations de défense des droits humains et d’organisations de la société civile du monde entier à nous unir pour demander instamment aux dirigeants de la SADC d’exhorter le gouvernement zimbabwéen à mettre un terme aux violations des droits humains dans son pays. Nous appelons en particulier le président sud-africain Thabo Mbeki, en sa qualité de médiateur nommé par la SADC, à veiller à ce que la question des droits humains occupe une place prioritaire dans tout accord susceptible d’être conclu entre le gouvernement du Zimbabwe et le Movement for Democratic Change (MDC, Mouvement pour le changement démocratique), principal parti politique d’opposition.

La situation au Zimbabwe est marquée par de nombreuses attaques contre des membres de l’opposition politique et des organisations de la société civile, dans un contexte de grave crise économique et dans un environnement de plus en plus répressif : les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion sont régulièrement bafoués par le gouvernement et les cas de violence organisée et de torture perpétrés au nom de l’État se multiplient.

Après les actes de torture et les mauvais traitements infligés à plusieurs dirigeants et membres du MDC et d’autres organisations de la société civile par la police nationale zimbabwéenne le 11 mars 2007, le président Mbeki a été chargé de faciliter le dialogue entre le gouvernement zimbabwéen et le MDC. Des militants du MDC et des défenseurs des droits humains avaient été arrêtés alors qu’ils tentaient d’assister à une réunion de prière organisée pour protester contre l’interdiction de tout rassemblement ou manifestation pendant trois mois imposée par la police dans certains quartiers d’Harare en vertu de l’article 27 de la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité.

Nous sommes préoccupées par la multiplication des arrestations et des mises en détention arbitraires, de la torture et de la violence organisée au Zimbabwe depuis le sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe.

Ainsi, au moins 30 détenus politiques arrêtés le 28 mars 2007, parmi lesquels le député du MDC Paul Madzore et le responsable des élections au sein du MDC, Dennis Murira, ont passé plus de deux mois en détention dans l’attente de leur procès ; les poursuites ont depuis été abandonnées contre 18 de ces militants.

Les avocats de ces détenus politiques, Alec Muchadehama et Andrew Makoni, ont aussi été arrêtés le 4 mai 2007 devant la Haute Cour, où ils venaient de déposer des documents judiciaires pour l’un de leurs clients, Amos Musekiwa. Ils ont été libérés sous caution le 7 mai.

Le lendemain, à Harare, la police a frappé des avocats qui s’étaient rassemblés devant la Haute Cour pour protester contre l’arrestation illégale d’Alec Muchadehama et d’Andrew Makoni. Les policiers ont fait monter de force certains d’entre eux, dont Beatrice Mtetwa, présidente de l’Ordre des avocats du Zimbabwe, dans un camion. Ils les ont ensuite emmenés dans un endroit isolé, où ils les auraient frappés avant de les libérer.

Le gouvernement zimbabwéen prétend que les arrestations arbitraires, la détention, la torture et les mauvais traitements sont des réponses justifiées aux attaques menées contre la police par des sympathisants présumés de l’opposition. Nous invitons le gouvernement zimbabwéen à ouvrir immédiatement des enquêtes impartiales sur ces attaques, comme pour tout acte criminel présumé, en respectant les droits des responsables présumés, notamment leur droit à un procès équitable. Néanmoins, les violences des manifestants ne sauraient en aucun cas justifier l’usage abusif de la force par la police, ni le recours à la torture ou aux mauvais traitements.

Nous nous inquiétons également de ce que les quelque 700 000 personnes qui ont perdu leur logement ou leurs moyens de subsistance, voire les deux, dans le cadre du programme gouvernemental d’expulsions massives désigné sous le nom de code Opération Murambatsvina (Rétablir l’ordre) n’aient toujours pas reçu de dédommagement approprié de la part du gouvernement. La plupart des victimes de cette opération ont toujours besoin d’une aide humanitaire de toute urgence. Dans son initiative de médiation, la SADC ne doit pas oublier les victimes de ces violations des droits humains.

Ces préoccupations relatives aux droits humains ont été bien identifiées, notamment par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples dans le rapport de sa mission d’établissement des faits au Zimbabwe en 2002. Cependant, le gouvernement zimbabwéen n’a pas mis en œuvre les principales recommandations de ce rapport, ni celles de la résolution adoptée par la Commission africaine lors de sa 38e session ordinaire, en novembre 2005.

La situation des droits humains au Zimbabwe nécessite une action immédiate des dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Le président Mbeki et les autres dirigeants de la SADC doivent faire clairement savoir au gouvernement zimbabwéen qu’ils ne resteront pas silencieux à propos des violations des droits humains commises dans ce pays. Ils doivent veiller à ce que celui-ci prenne immédiatement des mesures pour respecter et protéger les droits fondamentaux de l’ensemble de sa population, notamment en cessant d’utiliser la force de manière abusive et de recourir à la torture et aux mauvais traitements. Pour résoudre la crise au Zimbabwe, il est essentiel de faire le nécessaire pour que les auteurs de violations des droits humains aient à répondre de leurs actes et pour que les victimes puissent faire appel à la justice. Le déni des besoins des victimes ne permettra pas de trouver de solution durable à la crise.

Dans leurs efforts de médiation, le président Mbeki et les autres États membres de la SADC ne doivent pas se contenter de trouver une solution politique à court terme entre le gouvernement zimbabwéen et le MDC, mais chercher une solution durable à la crise relative aux droits humains au Zimbabwe. Pour y parvenir, ils doivent consulter largement les organisations de la société civile au Zimbabwe et veiller à ce que toutes les parties concernées puissent participer au processus.

Nous exhortons le président Mbeki et les autres membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe, dans le cadre de leur opération de médiation, à veiller à ce que :
• toutes les parties participant au processus de médiation s’entendent sur un calendrier et des repères clairs, tels que le respect et la protection des droits humains de tous, la fin de la violence organisée et la mise en œuvre des obligations du Zimbabwe aux termes des instruments relatifs aux droits humains de l’Union africaine et des Nations Unies ;
• le gouvernement du Zimbabwe mette immédiatement un terme à sa campagne d’intimidation et de harcèlement des militants des droits humains, des dirigeants de la société civile, des membres des partis politiques d’opposition et de tous ceux qui critiquent sa politique ;
• le gouvernement du Zimbabwe respecte pleinement les droits à la liberté d’association, de réunion pacifique et d’expression, et abroge ou amende ses lois nationales pour les mettre en conformité avec les normes régionales et internationales relatives aux droits humains, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le Zimbabwe a ratifiés ;
• le gouvernement zimbabwéen prenne des mesures immédiates pour mettre un terme à la torture, aux autres mauvais traitements et aux graves violations des droits humains commises par la police et les autres forces de sécurité ; les autorités zimbabwéennes appropriées doivent enquêter sur toutes les violations des droits humains et faire en sorte que leurs auteurs aient à rendre des comptes ;
• toutes les personnes qui se sont actuellement sans domicile en raison des expulsions massives puissent bénéficier d’une aide humanitaire, et notamment recevoir un hébergement d’urgence, de la nourriture, de l’eau et des soins médicaux. Les victimes d’expulsions forcées doivent aussi recevoir des réparations satisfaisantes.

Cet appel est soutenu par les organisations suivantes :

Land Access Movement of South Africa, Afrique du Sud -
Lawyers for Human Rights South Africa, Afrique du Sud -
Media Institute of Southern Africa South Africa, Afrique du Sud -
Solidarity Peace Trust, Afrique du Sud -
South African NGO Coalition (SANGOCO), Afrique du Sud -
Southern Africa Litigation Centre (SALC), Afrique du Sud -
Treatment Action Campaign , Afrique du Sud -
Zimbabwe Exiles Forum, Afrique du Sud -
Kunst für Menschenrechte, Allemagne -
Southern Africa Documentation and Cooperation Centre (SADOCC), Autriche -
Botswana Community-Based Organisations Network (BOCOBONET), Botswana -
Botswana Congress Party (BCP), Botswana -
Botswana Council of Churches (BCC), Botswana -
Botswana Council of Non-Governmental Organisations (BOCONGO), Botswana -
Botswana Network on Ethics, Law and HIV/AIDS (BONELA), Botswana -
Botswana Secondary Teachers Union (BOSETU), Botswana -
Botswana Unified Local Government Service Association (BULGASA), Botswana -
Cooperation for Research, Development and Education (CORDE), Botswana -
DITSHWANELO - The Botswana Centre for Human Rights, Botswana -
Kagisano Society Women’s Shelter, Botswana -
Kgolagano Theological College, Botswana -
Media Institute of Southern Africa (MISA) Botswana Chapter, Botswana -
Transparency International Botswana, Botswana -
Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), Côte d’Ivoire -
Egyptian Initiative for Personal Rights, Égypte -
Human Rights Watch, États-Unis -
Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT), France -
African Centre for Democracy and Human Rights Studies, Gambie -
Commonwealth Human Rights Initiative, Inde -
CIVICUS - World Alliance for Citizen Participation International,
Chemichemi ya Ukweli Kenya -
Citizens for Constitutional Change (4Cs), Kenya -
Coalition on Violence Against Women (COVAW-K), Kenya -
Constitutional Reform Education Consortium (CRECO), Kenya -
Fida Kenya, Kenya -
Habiba International Women and Youth Affairs, Kenya -
Independent Medical Legal Unit (IMLU), Kenya -
Kenya Land Alliance, Kenya -
Center for Democratic Empowerment (CEDE), Libéria -
Institute for Policy Interaction, Malawi -
Associação Moçambicana para o Desenvolvimento e Democracia, Mozambique -
 !Nara Training Centre, Namibie -
Namibia Development Trust, Namibie -
Namibia NGO Forum, Namibie -
Nyae Nyae Development Foundation of Namibia, Namibie -
The Legal Assistance Centre , Namibie -
The Rainbow Project, Namibie -
Zimbabwe Watch, Pays-Bas -
Fahamu - Networks for Social Justice, Royaume-Uni -
International Bar Association’s Human Rights Institute, Royaume-Uni -
Redress, Royaume-Uni -
Review of African Political Economy, Royaume-Uni -
Action for Community Task, Sierra Leone -
Affected Mining Landowners Association - Kono, Sierra Leone -
Black Hall Road Youth Organisation, Sierra Leone -
Centre for Human Rights – Tongolici, Sierra Leone -
Civil Society Alternative Process of Sierra Leone, Sierra Leone -
Community Advocacy and Development Movement, Sierra Leone -
Defence for Children International, Sierra Leone -
Mining and Allied Union Sierra Leone -
Movement of Concerned Kono Youths, Sierra Leone -
National Advocacy Coalition on Extractives, Sierra Leone -
National Forum for Human Rights, Sierra Leone -
Network for Community Development and Human Rights, Sierra Leone -
Network Movement for Youth and Children, Sierra Leone -
Peace and Conflict Society FBC, Sierra Leone -
Rural Development and Productive Workers Union, Sierra Leone -
Society for Democratic Initiatives - Sierra Leone Sierra Leone -
Sudan Organisation Against Torture (SOAT), Soudan -
Association togolaise pour la défense et la promotion des droits de l’homme (ATDPDH), Togo -
Commission épiscopale nationale Justice et Paix, Togo -
Réseau de construction de la paix en Afrique de l’Ouest (WANEP) - Togo, Togo -
Catholic Commission for Justice, Development and Peace (CCJDP), Zambie -
Civil Society MDG Campaign - Zambia , Zambie -
Legal Resources Foundation - Zambia , Zambie -
Media Institute of Southern Africa - Zambia, Zambie -
Southern Africa Legal Assistance Network (SALAN), Zambie -
Bulawayo Agenda, Zimbabwe -
Catholic Commission for Justice and Peace, Zimbabwe -
Combined Harare Residents Association (CHRA), Zimbabwe -
Crisis in Zimbabwe Coalition, Zimbabwe -
Gays and Lesbians of Zimbabwe, Zimbabwe -
Justice for Agriculture Membership Association (JAGMA), Zimbabwe -
Justice for Agriculture Trust (JAG), Zimbabwe -
Legal Resources Foundation, Zimbabwe -
Media Institute of Southern Africa, Zimbabwe -
Media Monitoring Project of Zimbabwe, Zimbabwe -
National Association of Non-Governmental Organisations, Zimbabwe -
National Constitutional Assembly, Zimbabwe -
Nonviolent Action and Strategies for Social Change (NOVASC ), Zimbabwe -
Radio Dialogue, Zimbabwe -
Southern Africa Human Rights Trust, Zimbabwe -
Transparency International Zimbabwe, Zimbabwe -
Women of Zimbabwe Arise (WOZA) and Men of Zimbabwe Arise (MOZA), Zimbabwe -
Zimbabwe Association for Crime Prevention and the Rehabilitation of the Offender, Zimbabwe -
Zimbabwe Association of Doctors for Human Rights, Zimbabwe -
Zimbabwe Civic Education Trust, Zimbabwe -
Zimbabwe Human Rights Association, Zimbabwe -
Zimbabwe Peace Project, Zimbabwe -
Zimbabwe Women Lawyers Association, Zimbabwe -

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