La Syrie doit relâcher tous les prisonniers d’opinion dans le cadre de l’amnistie

Amnesty International engage le président syrien à respecter pleinement une « amnistie générale » en libérant immédiatement tous les prisonniers d’opinion, y compris ceux qui ont été incarcérés en raison de leur participation à des manifestations pacifiques.

Cet appel est lancé alors que certaines informations indiquent que plusieurs centaines de prisonniers, dont quelque neuf prisonniers d’opinion, ont déjà été remis en liberté. Des militants syriens en faveur des droits humains ont cependant déclaré à Amnesty International que ces libérations semblent être décidées de manière aléatoire, plusieurs centaines d’autres personnes étant maintenues en détention, dont beaucoup au secret.

« L’amnistie annoncée, même si elle s’avère substantielle, ne va pas assez loin », a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Si le président el Assad souhaite que l’annonce qu’il a faite ait une quelconque crédibilité, l’ensemble des prisonniers d’opinion languissant dans des geôles syriennes depuis des années doivent être relâchés, et il doit prendre des mesures concrètes afin d’empêcher les forces de sécurité de commettre des violations flagrantes des droits humains. »

Le président Bachar el Assad a annoncé mardi 31 mai qu’il décrétait une amnistie générale concernant les personnes emprisonnées pour des infractions commises avant ce jour-là, y compris les membres des Frères musulmans, organisation interdite, et d’autres prisonniers ayant des « affiliations politiques ».

La plupart des personnes libérées après cette annonce avaient été appréhendées pour leur participation aux manifestations populaires en cours, et incarcérées dans des centres de détention administrés par les forces de sécurité syriennes.

Amnesty International a par ailleurs appris la libération de neuf prisonniers d’opinion qui se trouvaient déjà en détention avant le début des manifestations actuelles.

L’annonce relative à l’amnistie a été faite en amont d’un débat important au sein du Conseil de sécurité des Nations unies sur l’aggravation de la crise en Syrie.

« Le Conseil de sécurité des Nations unies ne doit pas se laisser aveugler par les libérations ordonnées dans le cadre de l’amnistie et relâcher la pression sur les dirigeants syriens, dont les promesses en faveur d’un meilleur respect des libertés se sont avérées bien creuses », a ajouté Malcolm Smart.

« Le Conseil de sécurité doit saisir dès que possible le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie et faire clairement savoir au président el Assad et à son entourage qu’ils devront rendre des comptes à l’échelon international pour les crimes commis par leurs forces contre le peuple syrien. Les victimes de ces crimes n’en attendent pas moins. »

Depuis le début des manifestations de rues appelant à la réforme, à la mi-mars, les forces de sécurité ont mené une campagne de violence contre les manifestants, tuant au moins 750 personnes.

Des milliers de personnes ont été arrêtées, et beaucoup sont détenues au secret et torturées. Au moins 12 décès survenus en détention seraient le résultat direct de la torture ; parmi les victimes figurent deux frères, Sodat et Majd al Kurdy, originaires de la ville de Tel Kelakh, dans l’ouest du pays. D’après des témoins, lorsque leurs dépouilles ont été remises à leur famille à la fin du mois de mai, des entailles faites au couteau étaient visibles sur les deux corps au niveau du torse et des jambes, et le pénis de Majd avait été sectionné.

Le gouvernement se dit attaqué par des « gangs terroristes armés » afin de justifier les opérations de répression, dans le cadre desquelles des tanks de l’armée ont pilonné des zones résidentielles de Deraa et d’autres villes. La diffusion d’informations indépendantes sur les manifestations et la réaction brutale des forces de sécurité a été bloquée, et les médias internationaux ne sont plus autorisés à se rendre dans le pays.

Pour en savoir plus :

Les exigences de changement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (page spéciale)

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