Sri Lanka, attaques contre des personnes réfugiées et en quête d’asile

Aucune enquête n’a été menée par la police et les responsables n’ont pas eu à rendre de comptes pour les menaces et les violences subies par les personnes réfugiées et en quête d’asile qui ont été violemment chassées de chez elles il y a six mois, au Sri Lanka, indiquent Amnesty International et Minority Rights Group International dans un nouveau rapport rendu public le 1er novembre.

Au cours des jours qui ont suivi le massacre du dimanche de Pâques, lors duquel plus de 250 personnes ont été tuées dans trois églises et trois hôtels au Sri Lanka, des foules armées se sont livrées à des représailles contre des réfugiés et demandeurs d’asile venus du Pakistan, d’Afghanistan et d’Iran. Des groupes ont même attaqué des personnes qui s’étaient réfugiées dans des centres communautaires et dans un poste de police, notamment en jetant des pierres dans un cas.

Dans ce rapport, intitulé Unsafe at home, unsafe abroad : State obligations towards refugees and asylum-seekers in Sri Lanka, Amnesty International et Minority Rights Group International affirment que les autorités n’ont pas apporté aux réfugiés et demandeurs d’asile la protection dont ils avaient besoin ni des conditions de vie adéquates, et qu’elles n’ont pas enquêté sur ces attaques ni déféré à la justice dans le cadre de procès équitables les responsables présumés de ces agissements criminels.

« Les réfugiés et demandeurs d’asile qui ont été attaqués au Sri Lanka ont subi un double traumatisme : ils ont tout d’abord été contraints de quitter leur propre pays et ensuite, dans le pays où ils étaient venus trouver la sécurité et un abri, ils ont de nouveau dû s’enfuir de chez eux. Ces personnes se trouvent dans une situation très difficile, craignant toujours pour leur sécurité et n’ayant aucune certitude quant à leur avenir, a déclaré Dinushika Dissanayake, directrice de la recherche sur l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Aucune enquête n’a encore été menée sur les attaques perpétrées contre des réfugiés et demandeurs d’asile, et les responsables de ces agissements n’ont pas eu à rendre de comptes. Les autorités sri-lankaises doivent respecter leurs obligations internationales en matière de protection des droits humains, et la communauté internationale doit faire le nécessaire pour accélérer la réinstallation des personnes qui peuvent y prétendre, afin qu’il soit mis fin à cette dure épreuve et afin qu’elles puissent enfin vivre en sécurité », a déclaré Joshua Castellino, directeur de Minority Rights Group International.

Craindre pour sa vie

Deux jours après les attentats du dimanche de Pâques, un groupe de « quatre ou cinq hommes » est arrivé au domicile de Farhan (ce n’est pas son vrai nom), venu du Cachemire administré par le Pakistan. «  Ils nous ont dit de partir, a-t-il expliqué aux chercheurs. Ils nous ont frappés. Notre propriétaire les a stoppés. Il leur a dit de nous laisser nous en aller. Ils nous hurlaient dessus en cingalais, nous ordonnant de quitter le pays. » Farhan et ses amis se sont réfugiés dans un poste de police à proximité.

Naila (ce n’est pas son vrai nom),réfugiée pakistanaise ahmadie, avait trouvé refuge dans un centre communautaire, après avoir été chassée de chez elle avec sa famille. Là, ont indiqué des témoins, des passants ont été interpellés et encouragés à participer à une attaque contre ce centre communautaire. La foule a commencé à jeter des pierres contre le centre communautaire, et des pierres ont atterri tout près de là où se tenaient Naila et ses proches. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons vécu pendant ces deux ou trois heures, a-t-elle expliqué aux chercheurs. C’est uniquement grâce à Dieu que nous avons été sauvés, ce jour-là. »

Les réfugiés et demandeurs d’asile ont dit qu’ils ont continué à subir une discrimination après ces attaques. « Nous ne pouvons pas vivre ici. Qu’on soit conducteur de cyclopousse ou médecin, on n’est pas traités comme des êtres humains. Ils nous disent de partir », a déclaré James (ce n’est pas son vrai nom), demandeur d’asile pakistanais chrétien.

Un réfugié afghan qui est militant a décrit l’épreuve qu’ils traversent, expliquant qu’ils ne se sentent plus en sécurité au Sri Lanka, où les personnes mêmes qui ont fui la violence des groupes armés en tant que victimes se voient reprocher des agissements commis par ces groupes. « Maintenant, les gens au Sri Lanka pensent que les réfugiés représentent une menace, ils ne les considèrent plus comme des [hôtes], a-t-il expliqué. Ces gens nous traitent ainsi, car ils ne savent pas ce que c’est d’être des réfugiés. »

L’État manque à ses obligations

Les autorités sri-lankaises n’ont pas protégé les réfugiés, ni réagi face aux foules qui les menaçaient, ni enquêté sur les attaques pour amener les responsables à rendre des comptes. 

Elles ont aussi manqué à leur obligation de fournir un abri convenable aux réfugiés et demandeurs d’asile. Ces personnes qui ont été chassées de leur logement se sont retrouvées entassées dans le garage d’un poste de police et dans des centres communautaires, où il n’y avait pas de lits, ni de nourriture, ni de soins de santé, ni de sanitaires. Au poste de police de Negombo, quelque 160 personnes ont passé presque 30 jours dans des conditions inacceptables.

Les réfugiés et demandeurs d’asile ont été emmenés dans un camp situé dans le nord du Sri Lanka, et un grand nombre d’entre eux sont ensuite retournés chez eux. 

« Les autorités sri-lankaises doivent faire clairement savoir que les violences visant des minorités ethniques et religieuses, en particulier des réfugiés et demandeurs d’asile, ne seront pas tolérées et que tous les individus soupçonnés d’être pénalement responsables de telles attaques seront jugés dans le cadre de procès équitables, a déclaré Dinushika Dissanayake.

« Le Sri Lanka risque de ternir sa réputation de pays accueillant les personnes qui fuient les persécutions commises dans d’autres pays. Les autorités doivent prendre d’urgence les mesures nécessaires pour garantir la sécurité, la dignité et les droits humains de tous les réfugiés et demandeurs d’asile, et veiller à ce qu’ils bénéficient en toute sécurité de conditions de vie décentes », a déclaré Joshua Castellino.

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