Communiqué de presse

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Londres n’a pas accepté de rencontrer des victimes et des groupes de la société civile comme Amnesty le demande

Amnesty International est profondément déçue que le LOCOG ait choisi de ne pas donner suite à notre requête en faveur de l’organisation d’une rencontre avec des victimes et des groupes de la société civile au sujet de la catastrophe ayant eu lieu à Bhopal en 1984 et de la responsabilité de l’entreprise Dow Chemical (ci-après, Dow) dans celle-ci. En 1984, une fuite de gaz toxique s’étant échappée d’une usine de pesticides de l’entreprise Union Carbide située à Bhopal, en Inde, a tué entre 7 000 et 10 000 personnes sur le coup et 15 000 autres au cours des 20 années suivantes.

Le site de Bhopal est à ce jour encore contaminé, ce qui continue à avoir des conséquences négatives sur les droits à la santé, à l’eau, au logement et à un niveau de vie suffisant de plus de 100 000 personnes.

Depuis 2011, Dow Chemical Company est l’unique propriétaire d’Union Carbide, entreprise dont le siège se trouve aux États-Unis, actionnaire principal d’Union Carbide India, à qui appartenait l’usine de Bhopal au moment du sinistre.

Dow ne s’est jamais préoccupée de l’impact de la catastrophe de Bhopal sur les droits humains, et refuse invariablement d’assumer la responsabilité du passif d’Union Carbide à Bhopal.

Le 13 janvier, Amnesty International a écrit à Lord Coe, président du LOCOG, après que Dow ait été choisie pour fournir une vaste bannière en tissu qui ceindra le stade olympique de Londres. Cette lettre faisait suite à un échange de correspondance initié en octobre 2011, lorsque nous avons fait part de notre inquiétude et posé des questions au sujet de la décision du LOCOG de charger Dow de fabriquer cette bannière. En réponse aux préoccupations exprimées, la LOCOG a justifié sa décision de s’adresser à Dow et affirmé que cette entreprise n’était pas responsable de la catastrophe de Bhopal ni de ses répercussions sur le plan des droits humains.

Amnesty International conteste fermement la position du LOCOG. Nous déplorons que le processus décisionnel en vigueur au sein du LOCOG l’ait conduit à envisager un contrat avec Dow sans consulter les victimes de Bhopal, ni les groupes de la société civile connaissant le dossier, en particulier étant donné la publicité négative qu’un tel accord pouvait générer.

Par ailleurs, nous regrettons profondément que le LOCOG refuse de reconnaître que le processus d’attribution du marché et de diligence requise entrepris en amont de l’accord conclu avec Dow ait pu être caractérisé par des lacunes et des faiblesses, qui ont permis qu’un accord soit conclu.

En juillet 2010, Dow s’est en outre vu accorder le statut de partenaire olympique officiel par le Comité international olympique (CIO). En décembre 2011, l’Association olympique indienne a demandé au CIO de mettre fin à son partenariat avec Dow. Le CIO a récemment annoncé qu’il ne le ferait pas, donnant sa réponse le 16 février.

Dimanche 26 janvier 2012, Meredith Alexander, qui siégeait à la Commission for a Sustainable London 2012 [commission pour des JO de 2012 durables à Londres], a démissionné à cause de l’accord conclu par le LOCOG avec Dow.

La situation est d’autant plus regrettable que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies vient d’organiser une discussion d’experts à Genève sur la « Promotion de la connaissance, de la compréhension et de l’application de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’intermédiaire du sport et de l’idéal olympique ». Le Conseil des droits de l’homme a décidé de convoquer à sa 19e session une réunion-débat de haut niveau dans le but de réfléchir aux moyens d’utiliser le sport et les grandes manifestations sportives pour promouvoir la connaissance et la compréhension de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’application des principes qu’elle consacre. http://www2.ohchr.org/french/bodies/hrcouncil/19session/

Amnesty International exhorte le LOCOG à :

1) admettre que son code d’éthique laisse à désirer et que si les lacunes dont il souffre n’avaient pas existé, la question de faire appel ou non à Dow pour la confection de la bannière n’aurait pas eu la même issue ;

2) revenir sur ses déclarations publiques affirmant que Dow n’est pas responsable des événements de 1984 à Bhopal et de la contamination qui s’en est suivie ;

3) présenter des excuses aux rescapés de Bhopal pour le préjudice que de telles déclarations ont causé ; et

4) revoir ses orientations éthiques, dans l’optique d’adopter des critères plus rigoureux pour l’examen des questions relatives au bilan des entreprises en matière de droits humains.

Amnesty International a demandé au LOCOG d’évaluer objectivement la responsabilité de Dow dans le cadre de la catastrophe de Bhopal et de la contamination persistante qui s’en est suivie, plutôt que de reprendre à son compte la position exprimée par Dow, selon laquelle l’entreprise n’est fautive en rien.

Amnesty International espère pouvoir faire passer ce message lors du débat sur le sport et les droits humains organisé par les Nations unies.

Nous demanderons aux experts en présence de réfléchir à la question suivante :

Le Comité international olympique (CIO) et le Comité national olympique ne devraient-ils pas s’efforcer de prendre toutes les précautions nécessaires, en faisant preuve d’équité, de transparence, d’objectivité et de rigueur, afin de s’assurer que les entreprises qu’ils choisissent comme partenaires respectent les droits humains ?

Le partenariat de Dow avec le CIO et le LOCOG démontre que des processus de sélection et de diligence requise beaucoup plus stricts doivent être mise en place par le CIO et les Comités nationaux olympiques, afin que les principes d’excellence que les Jeux olympiques et paralympiques en sont venus à symboliser soient véritablement appliqués.

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