Le gouvernement fidjien présente à l’ONU une version inexacte de son bilan en matière de droits humains

Communiqué de presse

ÉFAI - 10 février 2010

Le gouvernement fidjien a donné une version mensongère de son bilan en termes de droits humains dans un rapport soumis aux Nations unies, a déclaré Amnesty International ce 10 février.
Le gouvernement a présenté ce rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en amont d’une évaluation officielle de la situation des droits fondamentaux dans ce pays, examen devant avoir lieu jeudi 11 février à Genève.
Amnesty International conteste un grand nombre des déclarations contenues dans le rapport du gouvernement fidjien, en particulier lorsqu’il y est affirmé que : les Fidjiens jouissent de la liberté de religion ; le droit à la liberté d’expression est respecté ; la censure des médias est une mesure de sécurité nécessaire.
« Le fait que le gouvernement affirme que les droits humains sont protégés à Fidji est une insulte aux citoyens de ce pays, qui endurent la surveillance, les actes d’intimidation et les menaces de l’armée », a déclaré Apolosi Bose, chercheur d’Amnesty International sur les îles du Pacifique.

Amnesty International rejette les assertions du gouvernement selon lesquelles l’abrogation de la Constitution fidjienne, en avril 2009, n’a eu aucun impact sur le respect et la réalisation des droits humains et l’indépendance du système judiciaire reste intacte.
« L’abrogation de la Constitution a porté un coup dévastateur à la réalisation des droits humains, à l’état de droit et à l’indépendance de la justice dans ce pays », a ajouté Apolosi Bose.

L’ensemble du corps judiciaire a été limogé en avril 2009 et, depuis juillet, plusieurs magistrats ont été sommairement démis de leurs fonctions, sans aucune explication officielle. Les médias continuent à connaître la censure au quotidien et la population craint d’exprimer toute opinion susceptible d’être contraire aux positions du gouvernement.
« Dans le cadre de leur offensive contre la liberté de religion, les autorités ont spécifiquement pris pour cible l’Église méthodiste de Fidji et lui ont interdit d’organiser sa conférence annuelle jusqu’en 2014. Depuis juillet 2009, plus de 25 pasteurs et administrateurs de haut niveau de l’Église ont été arrêtés, brièvement incarcérés et inculpés en vertu des Dispositions relatives aux situations d’urgence », a expliqué Apolosi Bose.

Les Dispositions relatives aux situations d’urgence, entrées en vigueur en avril 2009, ont permis au gouvernement d’enfreindre certains droits fondamentaux tout en garantissant l’impunité aux auteurs de ces violations. Amnesty International soutient que le gouvernement de transition applique ces dispositions afin de se prémunir contre toute critique ou opposition et d’étouffer tout commentaire ou reportage susceptible d’être négatif à l’égard du gouvernement ou des forces de sécurité.
« Plus d’un millier de personnes ont été agressées, menacées, intimidées ou soumises à des traitements cruels et inhumains, à des arrestations arbitraires et à des placements en détention par l’armée, soit pour avoir critiqué les autorités soit sur la foi d’accusations forgées de toutes pièces », a renchéri Apolosi Bose.
Tout récemment, en janvier 2010, de hauts gradés de l’armée fidjienne ont ouvertement menacé des détracteurs et des opposants. Le gouvernement a par ailleurs suspendu le versement d’allocations à des retraités qui avaient émis un jugement négatif à propos du régime, portant ainsi atteinte à la liberté d’expression et au principe de sécurité sociale.
« Cela en dit long sur le manque d’engagement du gouvernement fidjien en matière de respect des droits humains », a conclu Apolosi Bose.

Amnesty International exhorte le Conseil des droits de l’homme à mener un examen rigoureux de la mise en œuvre par Fidji des obligations qui sont les siennes en termes de droits humains, ainsi que de ses promesses sur ce plan, et à réclamer l’adoption de mesures pratiques visant à remédier à de graves manquements.
L’organisation demande également au gouvernement fidjien de se soumettre à l’examen en faisant preuve d’ouverture et de franchise, et d’appliquer toute recommandation visant à améliorer la situation des droits humains à Fidji.
Amnesty International a recueilli des informations sur une longue liste de violations des droits humains depuis que l’armée a renversé le gouvernement en place en décembre 2006. L’organisation a préparé, en vue de l’évaluation de Fidji par l’ONU, un dossier destiné au Conseil qui décrit en détail la situation des droits humains dans ce pays.

Note aux rédacteurs :

L’évaluation officielle, par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, du bilan de Fidji en matière de droits humains relève de l’Examen périodique universel, processus par lequel le Conseil examine le bilan sur ce plan de chacun des 192 États membres des Nations unies. Chaque État est évalué une fois tous les quatre ans, sur une base tournante.

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