Le gouvernement syrien cible les partisans des dissidents

Tandis que la communauté internationale continue à s’interroger sur les mesures efficaces à prendre pour mettre fin à la crise en Syrie et rendre justice aux victimes de violations des droits humains, de nouvelles informations émergent sur les méthodes employées par les autorités pour étouffer toute forme de dissidence.

Les manifestants se font tirer dessus, des villages sont attaqués et les maisons des militants se font incendier, mais les autorités utilisent également d’autres outils de répression moins visibles pour dissuader quiconque d’exprimer son opposition au gouvernement.

Plus d’une vingtaine de fidèles d’un imam de Damas, Saria al Refai – qui a publiquement critiqué les violations commises par le gouvernement dans ses sermons du vendredi – auraient été arrêtés, et certains seraient en détention depuis plus de 10 mois.

Parmi eux, Mohamed Hamzeh, un médecin de Damas spécialiste en chirurgie maxillo-faciale, a été interpellé le 21 août dernier devant la mosquée Zaid bin Thabit al Ansari, où Saria al Refai avait prononcé des sermons critiquant les dirigeants du pays.

Quelques jours auparavant, Saria al Refai avait averti les autorités syriennes qu’« à défaut du retrait de l’armée, de la libération de tous les prisonniers et de la cessation des hostilités, c’est la Syrie entière qui se soulèverait ».

Il avait ajouté : « Nous ne voulons pas entendre parler de bandes armées » et « les autorités sont responsables de chaque goutte de sang versée ».

Mohamed Hamzeh était détenu par le Renseignement de l’armée de l’air à Harasta, une banlieue du nord-est de Damas, sans inculpation, et l’est peut-être toujours ; selon certaines rumeurs, il aurait été transféré à la prison militaire voisine de Saydnaya.

Amnesty International a été informée par une personne proche du médecin que ce dernier avait été soumis à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements en détention, et qu’il avait notamment eu la mâchoire brisée.

La même personne a décrit le médecin comme « un homme bon, un pacifiste, qui traitait les patients pauvres sans rien leur demander ou contre une somme modique ».

Selon la même personne, pour intimider davantage Saria al Refai et ses fidèles, une « bombe assourdissante » aurait été posée près de la mosquée et Saria al Refai aurait été menacé d’attaques ciblant sa famille.

Il est difficile d’évaluer l’efficacité de cette tactique visant à faire taire les dissidents en ciblant les membres de leur famille ou leurs partisans.

Selon les médias, Saria al Refai aurait changé de discours, en qualifiant notamment les protestations de « haram » (interdites en vertu de la loi islamique). Cependant, dans un sermon du vendredi filmé un peu plus tard au cours du mois, l’imam a nié avoir tenu de tels propos, et rectifié en disant que les « protestations armées étaient interdites ».

Quoi qu’il en soit, Saria al Refai semble critiquer moins vivement les autorités syriennes en public depuis que ces dernières s’en prennent à ses fidèles.

Les autorités ont aussi ciblé les familles de personnes considérées comme des opposants au gouvernement.

Une famille, dont une femme enceinte et deux enfants en bas âge, est détenue au secret depuis plus d’un mois par la section d’Al Mezzeh du Renseignement de l’armée de l’air, à Damas.

Mahmoud et Osama Hamada, respectivement âgés de 10 et huit ans, ont été arrêtés le 15 mai 2012 à leur domicile d’Aqraba, dans la banlieue de Damas, aux côtés de Malika al Khateeb, leur mère enceinte de six mois.

D’après les informations reçues par Amnesty International, ils seraient détenus dans le but de faire pression sur Said Mahmoud Hamada, le père des deux enfants et mari de Malika al Khateeb, qui est recherché par les autorités, afin de le forcer à se rendre. Dans ce contexte, ces personnes sont des prisonniers d’opinion et doivent par conséquent être libérées immédiatement et sans condition.

Amnesty International s’est entretenue récemment avec un Syrien au Liban, qui a déclaré que les forces de sécurité ont capturé sa mère et l’ont amené au centre de détention dans lequel il était maintenu, après quoi il aurait « admis » ce qu’elles voulaient lui faire admettre par crainte que sa mère ne soit blessée s’il n’y consentait pas.

Amnesty a par ailleurs reçu de nombreuses informations selon lesquelles les familles de membres des forces de sécurité qui désertent pour se joindre au mouvement d’opposition auraient été attaquées, voire tuées dans le cadre d’exécutions extrajudiciaires, apparemment.

Les familles de militants syriens vivant à l’étranger ont aussi été ciblées. Après que Malek Jandali, un musicien vivant aux États-Unis, se soit produit lors d’une manifestation en faveur de réformes devant la Maison-Blanche, en juillet, sa mère et son père, âgés de 66 et 73 ans respectivement, ont été agressés à leur domicile, à Homs.

Malek Jandali a déclaré à Amnesty International que ses parents ont été frappés et enfermés dans leur salle de bains tandis que leur appartement était mis sens dessus dessous. Les hommes, qui n’ont pas donné leur identité, mais qui étaient de l’avis de ses parents des agents en civil des services de sécurité ou de renseignement ou des membres d’une milice progouvernementale (« chabiha »), ont dit à ses parents : « Voilà ce qui arrive lorsque votre fils se moque du gouvernement. » Le couple a quitté le pays depuis lors.

« Ces agressions systématiques – visant les militants, mais également leurs sympathisants et les membres de leur famille – montrent encore une fois que le gouvernement syrien ne tolère pas la contestation et qu’il est prêt à aller très loin pour museler ceux qui le défient publiquement », a déclaré Ann Harrison, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Toute personne détenue par les autorités dans le seul but de forcer des membres de sa famille à faire ou à ne pas faire quelque chose sert en pratique d’otage. Elle doit être libérée immédiatement, sans conditions, et les autorités syriennes devraient autoriser les contestations pacifiques au lieu d’exercer des représailles, qui constituent bien souvent des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre. »

Amnesty International enquête également sur des informations qui seraient profondément troublantes si elles se révèlent exactes, à savoir que des membres de groupes armés de l’opposition auraient tué ou enlevé des parents de membres des forces de sécurité syriennes. L’organisation condamne sans réserve les graves atteintes aux droits humains commises par des groupes armés, y compris les agressions ciblant des civils, les attaques menées sans discrimination, de façon disproportionnée, la torture et les autres mauvais traitements, l’enlèvement de civils et l’homicide de personnes capturées.

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