Le Mexique doit enquêter sur la mort d’un journaliste américain

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI - 18 février 2010

Amnesty International a demandé ce jeudi 18 février qu’une enquête soit ouverte sur la mort du vidéojournaliste américain Brad Will, après la remise en liberté du militant politique accusé à tort de l’avoir assassiné.

L’organisation a salué la remise en liberté de Juan Manuel Martinez qui a eu gain de cause en appel. Amnesty International a par ailleurs réclamé l’ouverture d’une enquête sur les atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de sécurité au cours des violentes manifestations politiques de 2006 dans l’État mexicain d’Oaxaca, pendant lesquelles Brad Will et au moins 17 autres personnes, des militants politiques pour la plupart, ont été tués.

« Cette libération aurait dû intervenir il y a longtemps, a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International. Juan Manuel Martinez a été utilisé comme bouc émissaire par les autorités mexicaines qui voulaient montrer que l’enquête sur la mort de Brad Will avait progressé. »

Un tribunal fédéral mexicain a ordonné ce jeudi 18 février la remise en liberté de Juan Manuel Martinez en raison du manque de preuves. Il était détenu à tort depuis 2008. Des témoins de l’homicide de Brad Will ont également été impliqués à tort et risquent des poursuites pénales.

Amnesty International pense que son arrestation était le résultat d’une enquête entachée de graves irrégularités, menée par le Bureau du procureur général de la République (PGR). L’enquête a conclu que Brad Will avait été touché par des balles tirées à faible distance alors même que des expertises médico-légales indépendantes ont montré que le tireur se trouvait assez loin de lui.

La nécessité de présenter des avancées dans cette enquête est devenue primordiale depuis que le Congrès des États-Unis en a fait une condition du versement d’une partie des fonds américains prévus pour l’Initiative de Mérida, un vaste programme régional de coopération et d’assistance bilatérale en matière de sécurité.

« Le dossier de Juan Manuel, devenu bouc émissaire, témoigne d’un sérieux dysfonctionnement de la justice pénale qui, en faisant obstacle à la tenue d’une véritable enquête, a permis que le véritable auteur du meurtre de Brad Will soit toujours en liberté, a déclaré Kerrie Howard. La sécurité de Juan Manuel doit être garantie et il doit recevoir des réparations adéquates pour les souffrances inutiles qu’il a endurées du fait de son emprisonnement à tort par les autorités. »

Il n’y a eu aucune comparution en justice pour les homicides perpétrés au cours des manifestations de 2006 à Oaxaca. Le Bureau du procureur général a ouvert sept dossiers mais en février 2008 il a informé les familles des victimes que les enquêtes allaient être suspendues en raison du manque de preuves.

La famille de Brad Will, l’organisation non gouvernementale Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits humains) et la Commission nationale des droits humains (CNDH) ont toutes souligné les failles dans l’enquête menée par le Bureau du procureur général de la République, notamment le recours à des éléments de preuve médico-légaux inexacts et l’absence d’enquête approfondie et impartiale.

Complément d’information

Juan Manuel Martinez était un sympathisant de l’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca (APPO), coalition d’organisations à la tête des manifestations politiques de 2006 dans l’État d’Oaxaca, qui a soutenu un parti d’opposition lors des élections municipales à Santa Lucia del Camino, près de la ville d’Oaxaca, en 2007.

Le vidéojournaliste américain Brad Will filmait un affrontement opposant des manifestants à la police locale lorsqu’il a été tué par balle.

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