Communiqué de presse

Cambodge. Les victimes de la répression des manifestations sont privées de justice

Les autorités cambodgiennes doivent rendre justice aux personnes tuées, disparues et blessées au cours de la répression des manifestations par les forces de sécurité, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 4 juin.

Intitulé Taking to the streets, ce document révèle qu’aucun fonctionnaire ou membre des forces de sécurité n’a été amené à rendre des comptes pour la répression souvent brutale des manifestations au Cambodge, notamment lors des élections contestées de 2013.

« Au Cambodge, des manifestants ont dû braver les matraques et parfois les balles pour exprimer leur opinion. Au cours des deux dernières années, les gens sont descendus dans la rue pour revendiquer leurs droits comme jamais auparavant, mais les autorités ont régulièrement répondu par une répression violente, a déclaré Rupert Abbott, directeur des recherches sur l’Asie du Sud-est et le Pacifique à Amnesty International.

« Notre rapport montre que les victimes de graves violations des droits humains commises par les forces de sécurité sont laissées sans justice ni recours utile, tandis que les responsables de ces agissements continuent d’échapper aux poursuites. »

Le rapport, qui s’appuie sur des recherches approfondies menées dans le pays, couvre une période tumultueuse au cours de laquelle ont probablement eu lieu les plus grandes manifestations de l’histoire du Cambodge. À la fin de l’année 2013, des personnes sont descendues dans la rue pour protester contre les élections nationales, sujettes à controverse, et des ouvriers de l’industrie textile pour réclamer une augmentation de leur salaire minimum.

Les forces de sécurité ont eu recours à des arrestations arbitraires, des passages à tabac et parfois des homicides pour étouffer les manifestations, en allant jusqu’à tirer sur des foules avec des Kalachnikov. Au moins six personnes ont été abattues lors de manifestations depuis septembre 2013.

Le 3 janvier 2014, les forces de sécurité ont ouvert le feu contre des ouvriers de l’industrie textile lors d’une manifestation qui a tourné à la violence en banlieue de la capitale, Phnom Penh. Au moins quatre jeunes hommes – Khim Phaleap, Sam Ravy, Yean Rithy et Pheng Kosal – âgés de 22 à 25 ans ont été tués et plusieurs dizaines d’autres personnes ont été blessées.

Au cours de la même manifestation, Khem Saphath, un ouvrier de 16 ans, a été vu pour la dernière fois avec une blessure par balle à la poitrine. Il est porté disparu, présumé mort et aucune information n’a été communiquée à sa famille quant aux mesures prises pour enquêter sur sa disparition forcée.

« L’usage d’une force excessive par les forces de sécurité lors de manifestations a ruiné la vie des victimes et de leurs proches. Dans certains cas, l’identité des responsables présumés est évidente et, dans beaucoup d’autres, elle devrait être assez facile à déterminer, mais personne n’a été amené à rendre des comptes », a déclaré Rupert Abbott.

Parmi les personnes impliquées dans l’usage excessif de la force contre des manifestants figurent des policiers, des gendarmes et des militaires, ainsi que des membres de la police auxiliaire, force qu’Amnesty International recommande de ne plus affecter au maintien de l’ordre lors de rassemblements.

Malgré les nombreuses plaintes déposées par les personnes qui ont subi des violences aux mains des forces de sécurité, une effrayante culture de l’impunité fait qu’aucun membre de celles-ci n’a été amené à rendre compte de ces graves violations des droits humains.

Il n’y a pas eu de justice pour Hoeurn Chann, étudiant âgé de 26 ou 27 ans qui a été blessé par balle alors qu’il assistait à une manifestation à Phnom Penh le 12 novembre 2013. Il est paralysé à partir de la taille depuis qu’un policier a tiré au hasard sur les manifestants et les passants et qu’une balle lui a sectionné la moelle épinière.

Le 2 mai 2014, des membres de la police auxiliaire ont cerné Lay Samean, journaliste de 27 ans, et l’ont roué de coups de poing, de pied et de matraque après qu’il a tenté de les filmer en train d’attaquer Loun Sovath, un moine militant, lors d’une manifestation à Phnom Penh. Lay Samean a perdu connaissance et a eu une fracture de la pommette nécessitant une intervention chirurgicale. Son employeur a porté plainte, mais les tribunaux ont abandonné le dossier à la fin de l’année 2014 sans fournir de motif.

Dans une autre affaire, la militante des droits au logement Bov Srey Sras a porté plainte après avoir fait une fausse couche à la suite de coups de pieds qui lui avaient été infligés par des policiers au cours d’une manifestation dans la capitale le 27 juin 2012. Un haut gradé de la police lui a alors répondu : « Si vous voulez récupérer votre gosse, je suis jeune aussi. » Elle a déposé une seconde plainte, mais n’a aucune nouvelle des tribunaux.

« Les autorités cambodgiennes doivent fixer des limites et rompre ce cycle de violations des droits humains et d’impunité en traduisant en justice les responsables présumés de ces décès et blessures. Si elles ne le font pas, les violations se reproduiront sans cesse, a déclaré Rupert Abbott.

« Amnesty International demande que des enquêtes approfondies et transparentes soient menées et, s’il existe suffisamment d’éléments de preuve, que les responsables présumés des recours excessifs à la force contre des manifestants fassent l’objet de poursuites. Les victimes de ces graves violations des droits humains doivent avoir accès à des recours utiles, notamment à des indemnités. »

Complément d’information

Outre le recours à une force excessive par les forces de sécurité et l’impunité dont elles bénéficient, le rapport Taking to the streets met en évidence d’autres violations systématiques des droits humains dans le contexte des rassemblements, notamment l’imposition de limitations arbitraires de la liberté de réunion pacifique par le biais d’un cadre juridique restrictif et le rôle joué par la justice dans le harcèlement des personnes qui organisent des manifestations pacifiques et y participent.

Ce document de 124 pages se conclut par un appel aux autorités cambodgiennes les engageant à respecter, protéger et faciliter l’exercice du droit à la liberté de réunion pacifique, accompagné d’une trentaine de recommandations détaillées visant à les aider pour changer la législation, la politique et la pratique.

En mai 2015, Amnesty International a rencontré de hauts responsables de la police nationale au ministère de l’Intérieur du Cambodge, ainsi qu’un représentant du ministère de la Justice, afin de discuter des conclusions de ses recherches, mais l’organisation n’a pas pu s’entretenir avec d’autres responsables gouvernementaux concernés, malgré plusieurs tentatives. Les informations données par la police nationale sont intégrées dans le rapport.
Amnesty International a présenté au gouvernement cambodgien une version préliminaire du rapport pour recueillir ses commentaires, mais n’avait reçu encore aucune réponse détaillée au moment de le publier.

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