Les autorités iraniennes doivent lever le secret qui entoure les exécutions de ressortissants afghans


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI -
Index AI : PRE01/150/2010 -
7 mai 2010

Amnesty International exhorte les autorités iraniennes à révéler le nombre de ressortissants afghans qui se trouvent dans l’antichambre de la mort, alors que selon certaines informations 45 Afghans auraient été exécutés en Iran ces dernières semaines.

Plus de 4 000 Afghans se trouveraient dans les geôles iraniennes. Pas moins de 3 000 d’entre eux seraient condamnés à mort, la plupart pour des infractions à la législation sur les stupéfiants.

Selon des articles de la presse afghane, le député afghan Gul Ahmad Amini a déclaré le 12 avril que 45 personnes avaient été exécutées les jours précédents et que leurs dépouilles avaient été rapatriées en Afghanistan.

Les responsables iraniens nient ces chiffres et refusent de confirmer combien d’Afghans sont menacés d’exécution.

« Ces chiffres sont vraiment inquiétants,
a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. L’Iran doit mettre immédiatement un terme à ces exécutions et divulguer le nombre d’Afghans mis à mort.

« En outre, nous engageons les autorités à dire la vérité sur le nombre de ressortissants afghans détenus dans les prisons iraniennes. Actuellement, personne ne sait exactement combien ont été arrêtés, de quels crimes ils sont accusés ni quel sort va leur être réservé. Ce secret ne peut qu’augmenter le risque d’erreur judiciaire.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que bon nombre d’Afghans incarcérés en Iran ont été reconnus coupables d’infractions à la législation sur les stupéfiants et risquent par conséquent d’être condamnés à mort. »

On estime qu’un million de réfugiés afghans vivent en Iran, après avoir fui un conflit qui dure depuis plus de 30 ans en Afghanistan. Ces dernières années, des centaines de milliers d’autres Afghans sont entrés clandestinement en Iran.

En mars, la visite d’un groupe de parlementaires afghans en Iran, qui détient l’un des plus forts taux d’exécution au monde, a exacerbé les inquiétudes vis-à-vis des prisonniers afghans.

Au lendemain de cette visite, l’un des parlementaires, Taj Mohammed Mojahed, a assuré que des magistrats de la Cour suprême iranienne leur avait révélé que 5 630 Afghans se trouvaient derrière les barreaux, dont plus de 3 000 condamnés à mort.

Un représentant de l’administration pénitentiaire iranienne a plus tard confirmé que plus de 4 000 ressortissants afghans se trouvaient dans les geôles iraniennes. Il a admis que le chiffre de 3 000 Afghans condamnés à mort pouvait être exact, la majorité des prisonniers ayant été reconnus coupables d’infractions à la législation sur les stupéfiants.

En Iran, le trafic de diverses drogues illégales dans des quantités excédant celle fixée par la loi est sanctionné d’une peine impérativement prévue par la loi. Amnesty International reconnaît que l’Iran doit faire face à de graves problèmes sociaux, économiques et de sécurité en lien avec le trafic de stupéfiants. Toutefois, elle estime que le fait de recourir fréquemment à la peine de mort pour lutter contre ce trafic est une erreur, s’avère inefficace et constitue un affront pour les droits humains.

« Malheureusement, ces chiffres ne font qu’illustrer l’erreur que commettent les autorités iraniennes en recourant si fréquemment à la peine de mort. Nos préoccupations sont exacerbées par les graves lacunes de la justice pénale iranienne et la discrimination dont sont victimes les Afghans en Iran », a conclu Hassiba Hadj Sahraoui.

Complément d’information

Selon les experts des Nations unies en matière de droits humains, l’imposition de la peine de mort pour des infractions à la législation sur les stupéfiants ne correspond pas à la définition des « crimes les plus graves » pour lesquels ce châtiment peut être prononcé. En outre, les Nations unies ont à maintes reprises exhorté les États membres à faire preuve de transparence quant à l’application de la peine capitale.

Depuis des décennies, Amnesty International rend compte des lacunes dans l’administration de la justice en Iran, où les garanties d’équité sont régulièrement bafouées. Les détenus sont fréquemment maintenus en détention au secret pendant de longues périodes – accentuant le risque qu’ils soient soumis à des actes de torture ou à d’autres formes de mauvais traitements –, ont rarement la possibilité de consulter un avocat et doivent souvent « avouer » sous la contrainte.

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