Les autorités iraniennes doivent enquêter sur le décès de manifestants membres de la minorité arabe ahwazie

19 avril 2011

Les autorités iraniennes doivent enquêter sur les affrontements entre les forces de sécurité et des manifestants issus de la minorité arabe ahwazie, qui auraient fait au moins trois morts et des dizaines de blessés dans la province du Khuzestan, dans le sud-ouest du pays, a déclaré Amnesty International mardi 19 avril.

Les forces de l’ordre auraient fait feu à balles réelles et lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants.

« Nous assistons une nouvelle fois à une attaque brutale contre le droit de manifester. Alors qu’elles dénoncent les gouvernements de la région pour leur répression des manifestations, les autorités iraniennes agissent de manière tout aussi répressive », a déploré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

Amnesty International demande une enquête indépendante et impartiale sur ces homicides.

Ces événements se sont déroulés le 15 avril lors de la « Journée de la colère » organisée pour marquer l’anniversaire des manifestations qui ont eu lieu dans la capitale régionale Ahvaz en 2005 ; des arabes ahwazis avaient organisé des rassemblements pour protester contre une lettre écrite d’après eux par un responsable du gouvernement qui traçait les grandes lignes d’une politique de « persianisation » de la région.

« Nous sommes vivement préoccupés par les informations selon lesquelles plus de 200 personnes ont été arrêtées à la veille de la manifestation. Toute personne détenue uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté de réunion pacifique ou avoir exprimé sans violence ses opinions doit être libérée immédiatement et sans condition », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

Parmi les personnes interpellées figurerait une trentaine de des femmes, dont cinq seraient enceintes.

Amnesty International demande que toutes les personnes détenues soient protégées contre tout acte de torture et toute forme de mauvais traitements et soient autorisées à recevoir la visite de leurs familles, à consulter leurs avocats et à bénéficier de soins médicaux.

Il est extrêmement difficile de confirmer précisément ce qui se passe dans la province du Khuzestan, car les forces de sécurité maintiennent un contrôle de plus en plus rigoureux sur le flux d’informations qui entrent et sortent de la région depuis 2005.

Selon des médias locaux, les manifestants morts sont Mohamed Murabi, 30 ans, tué à Ahvaz le 16 avril, et Abd al Rahman Ibn Qasem al Badawi, 37 ans, tué dans la ville d’Hamidieh le 14 avril. Un autre homme, Basem Abiat, aurait été tué à Hamidieh le 15 avril. Amnesty International n’est pas en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante.

Les manifestants relayaient les doléances exprimées depuis longtemps par la minorité arabe ahwazie concernant la discrimination institutionnalisée et la privation de leurs droits économiques et culturels.

Selon certaines informations, des manifestations ont eu lieu dans les quartiers de Siahi, Malashieh et Kut Abdullah de la ville d’Ahvaz, ainsi que dans la ville de Hamidieh, au nord-ouest d’Ahvaz.

Des manifestations auraient eu lieu dans d’autres villes, notamment à Khorramshahr et Abadan.

Selon les médias iraniens, ces manifestations au Khuzestan visaient à soutenir la majorité chiite au Bahreïn. Certaines sources parmi la communauté arabe ahwazie ont affirmé que les forces de sécurité avaient amené des personnes extérieures à la province pour manifester en solidarité avec le Bahreïn.

La commission parlementaire sur la politique étrangère s’est réunie dimanche 17 avril pour débattre des « récents événements » au Khuzestan, sans préciser aucun détail.

« Les autorités iraniennes doivent reconnaître les revendications de la minorité arabe ahwazie en Iran et y apporter des réponses, plutôt que de balayer d’un revers de main leurs manifestations en les qualifiant simplement de " pro-bahreïnites " », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui.

La minorité arabe ahwazie est l’une des nombreuses communautés minoritaires en Iran. Une grande partie de cette communauté habite dans la province du Khuzestan, dans le sud-ouest du pays, une région frontalière de l’Irak.

La plupart sont des musulmans chiites, mais certains se seraient convertis au sunnisme, exacerbant les suspicions qu’entretient le gouvernement vis-à-vis des Ahwazis, qui se plaignent d’être marginalisés et en butte à la discrimination en matière d’accès à l’éducation, à l’emploi, à un logement décent, à la participation politique et aux droits culturels.

En 2005, des dizaines de personnes avaient été tuées et un très grand nombre, peut-être des centaines, arrêtées pendant et après les manifestations. Ces événements avaient mis le feu aux poudres dans la province, déclenchant des attentats à la bombe meurtriers, suivis par de nouvelles arrestations, des procès iniques et au moins 15 exécutions.

Pour en savoir plus

L’Irak ne doit pas procéder à l’expulsion de réfugiés iraniens, membres de la communauté arabe ahwazie (nouvelle, 14 janvier 2011)

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