Communiqué de presse

Les dirigeants de l’Union européenne doivent agir de toute urgence pour que le nombre de morts en Méditerranée cesse de croître

Bruxelles, 13 mai 2014. Amnesty International est profondément touchée par la mort récente de nombreux migrants et réfugiés, survenue au large de l’île de Lampedusa, en Italie. De nouveau, des êtres humains qui venaient chercher en Europe la sécurité et un refuge ont péri dans les flots de la Méditerranée. De nombreux morts sont recensés, des centaines d’hommes et de femmes n’ont pas été retrouvés. L’Union européenne et ses États membres doivent agir sans retard pour protéger la vie et les droits de tous les migrants et réfugiés.

Le dimanche 11 mai et le lundi 12 mai, plus de 50 personnes ont perdu la vie dans deux naufrages consécutifs entre les côtes libyennes et celles de l’Italie, et des centaines sont encore portées disparues. En octobre 2013, des naufrages survenus au large de Lampedusa ont coûté la vie à plus de 400 personnes et ont suscité des témoignages d’affliction et de solidarité au plus haut niveau de l’Union européenne.

Mais, à ce jour, les dirigeants de l’Union européenne ont constamment fait preuve de leur inaction collective, ne prenant aucune mesure concrète pour empêcher que de nouvelles morts ne surviennent aux frontières de l’Europe Les naufrages et les noyades se sont poursuivis dans la Méditerranée et la mer Égée, entre la Turquie et la Grèce. Entre août 2012 et mars 2014, au moins 188 personnes se sont noyées ou ont disparu dans la mer Égée, et 22 personnes ont péri le 5 mai 2014 en essayant d’atteindre l’île grecque de Samos depuis la Turquie.

Ce bilan de plus en plus lourd révèle l’inefficacité des politiques et des pratiques de l’Union européenne en matière de migration et d’asile, dont l’axe essentiel consiste aujourd’hui à empêcher à tout prix les migrants et réfugiés d’atteindre l’Europe. Ces politiques et pratiques toujours plus restrictives ont eu pour seul résultat de forcer des personnes désespérées à suivre des itinéraires de plus en plus dangereux. À l’heure où il n’existe pratiquement plus de voie d’accès sûre et légale vers l’Europe, les gens sont contraints de se tourner vers des passeurs ou des trafiquants d’êtres humains et de risquer leur vie sur des bateaux impropres à la navigation.

Mais d’autres solutions sont envisageables.

Les politiques de l’Union européenne en matière d’asile et de migration doivent évoluer sans délai, afin que des vies soient sauvées. Le mois de juin 2014, qui verra les représentants des États membres se rassembler lors du Conseil "Justice et affaires intérieures", les 5 et 6 juin, et du Conseil européen, les 26 et 27 juin, représentera une excellente occasion de redéfinir l’attitude de l’Europe envers la politique de migration et d’asile, avant de nouvelles pertes en vies humaines.

Amnesty International demande aux dirigeants de l’Union européenne de veiller à ce que les gens soient placés au cœur des politiques de migration et d’asile en développant les opérations de recherche et sauvetage, en ouvrant des voies d’accès sûres et légales vers l’Europe, et en cessant de confier le contrôle des migrations à des pays extérieurs à l’Union européenne dont les bilans en matière de droits humains sont déplorables.

Augmenter les opérations de recherche et sauvetage
Depuis les drames survenus en octobre 2013 à Lampedusa, l’Italie effectue de vastes opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée centrale, sous l’intitulé Mare Nostrum. L’opération Mare Nostrum menée par l’Italie montre qu’il est possible d’assurer une meilleure sécurité des migrants et réfugiés en renforçant la recherche et le sauvetage.

On doit saluer ces efforts. Cependant, tandis que les tragédies humaines se poursuivent au prix de nombreuses vies, le renforcement des activités de recherche et sauvetage en Méditerranée ne se réalisera que si tous les États membres de l’Union européenne contribuent à un effort concerté. Ces activités doivent également être menées en mer Égée.

Des voies d’accès sûres et légales vers l’Europe
À ce jour, les États membres de l’Union européenne refusent de débattre de modalités sûres et légales d’entrée dans l’Union européenne pour les réfugiés. Alors que la situation critique des réfugiés syriens s’aggrave à leur porte, les États membres ont réagi de façon honteuse. Des familles syriennes risquent leur vie en mer mais, pour les États membres de l’Union européenne, il n’est pas question d’ouvrir de véritables voies d’accès permettant aux réfugiés de venir en Europe de façon sûre et légale.

Les États membres pourraient le faire en pratiquant la réinstallation, en créant des programmes d’admission humanitaire et en facilitant le regroupement familial. À la fin de 2013, le Liban - moins de 4,5 millions d’habitants - avait accueilli 800 000 réfugiés syriens, tandis que seuls 81 000 autres réfugiés étaient parvenus à rejoindre l’Union européenne pour y obtenir une protection.

Comme l’a dit Cecilia Malmström, commissaire européenne aux affaires intérieures, en réagissant au naufrage survenu près de Lampedusa le 12 mai, il est possible de réduire le risque de voir de telles tragédies se reproduire, par exemple en réinstallant des réfugiés provenant de camps extérieurs à l’Union européenne et en instaurant de nouveaux moyens leur permettant de venir légalement.

Une conférence concernant toute l’Union européenne sur la réinstallation des réfugiés syriens dans les États membres de l’Union, comme l’a proposé le Parlement allemand le 8 mai, serait une étape dans la bonne direction, initiale mais déterminante.

La coopération avec des pays tiers sur le contrôle des migrations
L’Union européenne et les pays européens continuent à coopérer avec des pays non européens au sujet du contrôle des migrations, tout en fermant les yeux sur les atteintes aux droits humains que subissent dans ces pays les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés.

Bien que l’on dispose d’éléments clairs quant aux mauvais traitements infligés aux migrants, demandeurs d’asile et réfugiés en Libye, l’Union européenne et des pays européens comme l’Italie coopèrent avec la Libye pour juguler les migrations vers l’Europe.

La coopération avec des pays tiers limitrophes de l’Union européenne doit viser à les aider à défendre les droits humains des réfugiés et des migrants, plutôt que d’avoir comme but principal d’empêcher les gens d’entrer dans l’Union européenne. Tous les accords relatifs au contrôle des migrations doivent par ailleurs être transparents et comporter des normes et des mesures de protection appropriées.

Le coût humain des politiques et pratiques européennes en matière d’asile et de migration est trop élevé. Il est possible et nécessaire de déployer davantage d’efforts pour éviter que des êtres humains ne souffrent et ne meurent à proximité des côtes européennes.

Il s’agit d’une question de droits humains. Tous les États membres de l’Union européenne sont collectivement responsables : ils doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher ces morts.

Lors du Conseil européen des 26 et 27 juin, les dirigeants de l’Union européenne s’entendront sur une stratégie sur cinq ans en matière de migration et d’asile. Il y a là, pour les États membres de l’Union européenne, une occasion décisive de mettre enfin les droits humains des migrants et des réfugiés au cœur de la politique de l’Union européenne dans ce domaine, et de sauver des vies.

Sans une action concrète, des hommes, des femmes, des enfants continueront de mourir près des côtes européennes, et le bilan ne cessera de s’alourdir. Nous pouvons et devons mieux faire.

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