Grand Prix de F1 : les droits humains dans le bas côté

La communauté internationale ne doit pas se laisser abuser par les efforts de surface visant à rendre plus lisse le bilan de l’Azerbaïdjan en matière de droits humains, qui reste très mauvais, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 16 juin, avant le Grand Prix d’Europe de Formule 1 à Bakou.

« L’arrivée à Bakou du plus grand championnat automobile du monde ne doit pas détourner l’attention des attaques menées par le gouvernement contre la société civile », a déclaré Denis Krivosheev, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

«  Derrière le faste se cache une réalité dans laquelle les autorités ferment des organisations non gouvernementales et arrêtent ou harcèlent les dirigeants de celles-ci. »

Depuis le début de l’année 2016, face à la chute des revenus pétroliers et aux pressions internationales croissantes, les autorités azerbaïdjanaises ont libéré plusieurs dizaines de prisonniers. Parmi les personnes remises en liberté figurent 12 prisonniers d’opinion, dont Khadija Ismayilova, une journaliste d’investigation récompensée.

Si elles ont été saluées dans le monde entier, ces grâces n’ont pas répondu aux préoccupations persistantes concernant les droits humains en Azerbaïdjan, ni mis fin aux arrestations d’opposants sur la base de charges fabriquées de toutes pièces.

«  La libération récente de dirigeants d’ONG et de militants ne doit pas porter à croire que le vent a tourné à Bakou. Les personnes libérées ne sont pas plus libres maintenant qu’elles ne l’étaient quand elles étaient incarcérées. Leurs anciennes cellules ont été remplies de nouvelles victimes », a déclaré Denis Krivosheev.

Un long chemin à parcourir

Amnesty International a recueilli des informations sur 14 personnes actuellement incarcérées en Azerbaïdjan pour des raisons d’opinion, mais il y en a certainement de nombreuses autres. Les recherches rendues publiques jeudi 16 juin révèlent une nouvelle série d’arrestations d’opposants et de proches de personnes s’exprimant depuis l’étranger, sur la base de charges inventées.

Le 10 mai, Bayram Mammadov et Giyas Ibrahimov, deux jeunes militants, visés par des accusations mensongères en relation avec la législation sur les stupéfiants, ont été arrêtés un jour après avoir publié une photo montrant une statue de l’ancien président Heydar Aliyev, sur laquelle ils avaient peint un message politique contestataire. Ils ont déclaré à leur avocat que les policiers avaient placé les drogues sur eux. S’ils sont reconnus coupables, ils risquent jusqu’à 12 ans d’emprisonnement.

Certains des détenus récemment libérés, notamment des responsables locaux et des membres du personnel d’ONG, risquent fort d’être de nouveau arrêtés. On les empêche par ailleurs de reprendre le travail.

Intigam Aliyev a dirigé une ONG qui défendait des victimes de persécutions et les représentait devant la Cour européenne des droits de l’homme, jusqu’à son arrestation en août 2014. Il a au bout du compte été condamné à sept ans et demi de prison après, avoir fait l’objet d’accusations mensongères d’évasion fiscale, d’entreprenariat illégal et d’abus de pouvoir.

Intigam Aliyev a été remis en liberté le 28 mars 2016, mais les charges n’ont pas été abandonnées, ce qui signifie qu’il ne peut pas exercer en tant qu’avocat, ni se rendre à l’étranger sans permission. Ses comptes bancaires ont été gelés et son ONG reste fermée.

« L’Azerbaïdjan a mené une véritable opération de séduction pour attirer sur son territoire des événements internationaux, écrans de fumée pour sa répression alimentée par le pétrole - et la Formule 1 n’est-elle pas tout indiquée pour cela ? Mais il ne faut pas laisser ses rugissements et émanations qui montent à la tête étouffer les cris des militants des droits humains pris pour cibles par l’Azerbaïdjan », a déclaré Denis Krivosheev.

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