Communiqué de presse

Les États-Unis doivent mettre fin aux 40 années d’isolement cellulaire de deux détenus

L’État de la Louisiane, aux États-Unis, doit immédiatement lever la mesure de maintien à l’isolement prise à l’encontre de deux détenus il y a bientôt 40 ans, a déclaré Amnesty International mardi 7 juin.

Albert Woodfox, 64 ans, et Herman Wallace, 69 ans, ont été placés à l’isolement cellulaire dans le pénitencier d’État de Louisiane, connu sous le nom de pénitencier d’Angola, depuis qu’ils ont été accusés du meurtre d’un gardien en 1972. À l’exception de courtes périodes, ils sont maintenus à l’isolement depuis cette date.

« Le traitement infligé à Albert Woodfox et Herman Wallace depuis 40 ans est cruel et inhumain et bafoue les obligations qui incombent aux États-Unis au titre du droit international, s’est indignée Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

« À notre connaissance, il n’y a pas d’autre exemple aux États-Unis de personnes soumises à une telle restriction en termes de contacts humains pendant une aussi longue période. »

Au fil des décennies, il n’a été procédé à aucune révision digne de ce nom de leur assignation au régime d’isolement. La seule raison invoquée pour continuer à leur infliger ces conditions de détention est « la nature de la raison initiale du placement à l’isolement ».

Les deux hommes ont au départ été arrêtés pour vol à main armée.

Ils sont confinés 23 heures sur 24 dans leurs cellules, qui mesurent 2 mètres sur 3. Lorsque le temps le permet, ils sont autorisés à sortir de leur cellule trois fois par semaine pour passer une heure, seuls, dans une petite enceinte grillagée située à l’extérieur.

Ils peuvent quitter leurs cellules quatre heures par semaine pour aller se doucher et marcher, toujours seuls, dans le couloir de leur unité cellulaire.

Ils n’ont accès aux livres, aux journaux et à la télévision que de manière restreinte. Pendant les 40 dernières années, ils n’ont jamais été autorisés à travailler ni à avoir accès à l’éducation. Leurs interactions sociales sont limitées à des visites occasionnelles d’amis et de proches, ainsi qu’à des appels téléphoniques restreints.

Par ailleurs, on leur a refusé toute véritable réexamen des motifs justifiant leur maintien à l’isolement.

Les avocats d’Albert Woodfox et d’Herman Wallace ont dit à Amnesty International qu’ils souffraient de graves problèmes de santé causés ou exacerbés par ces longues années d’isolement.

Amnesty International a également fait part de ses préoccupations quant à certains aspects juridiques de l’affaire concernant ces deux hommes.

En effet, aucune preuve physique n’a jamais permis d’établir leur implication dans le meurtre du gardien, des preuves ADN susceptibles de les disculper ont été égarées et leurs condamnations se sont fondées sur des témoignages douteux de codétenus.

Au fil des procédures contentieuses sur leurs affaires, des documents ont resurgi qui donnent à penser que le principal témoin oculaire avait été suborné par des agents de l’administration pénitentiaire afin de faire des déclarations accusant les deux hommes et que l’État avait dissimulé des preuves concernant le faux témoignage d’un autre détenu témoin des faits. Un autre témoin est par la suite revenu sur ses déclarations.

Outre les recours actuellement engagés quant à leurs condamnations pour meurtre, Herman Wallace et Albert Woodfox poursuivent en justice les autorités de la Louisiane, en invoquant le fait que leur maintien prolongé à l’isolement constitue un « châtiment cruel et exceptionnel » contraire à la Constitution des États-Unis.

« Le traitement infligé à ces hommes par l’État de Louisiane constitue une violation flagrante de l’engagement des États-Unis envers les droits fondamentaux, a indiqué Guadalupe Marengo.

« Les autorités doivent réviser leurs dossiers de toute urgence et, durant la procédure, veiller à ce qu’ils soient traités dans le respect des normes internationales, c’est-à-dire avec humanité. »

Vous pourrez consulter le rapport intitulé USA : 100 years in solitary : ‘The Angola 3’ and their fight for justice dès le 7 juin 2011, à 00h01 TU, à l’adresse suivante : http://www.amnesty.org/en/library/info/AMR51/041/2011/en.

Une courte vidéo sur l’histoire des « deux d’Angola », présentant notamment une interview de Robert King, qui a passé 29 ans à l’isolement cellulaire dans la même prison, sera disponible à partir du 7 juin à l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=Kotf68mrqCI.

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