Les militants des droits humains pris pour cible par les autorités

Le jour du premier anniversaire de l’arrestation de l’avocat spécialiste des droits humains Nguyễn Văn Đài, qui est en détention au secret dans l’attente de son procès depuis le 16 décembre 2015, les autorités du Viêt-Nam ont condamné deux militants en faveur de la démocratie – Trần Anh Kim et Lê Thanh Tùng – à respectivement 13 et 12 ans d’emprisonnement.

Les autorités vietnamiennes continuent de réserver un traitement particulièrement sévère aux militants pacifiques, qui font notamment l’objet d’une surveillance intense, de manœuvres de harcèlement, de restrictions de leur liberté de mouvement, d’agressions physiques, d’arrestations et d’emprisonnements, et d’actes de torture et d’autres mauvais traitements. Ces agissements doivent cesser immédiatement. En tant que pays signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Convention contre la torture, le Viêt-Nam a l’obligation de respecter un large éventail de droits humains, ce qu’il ne fait manifestement pas.

Le 16 décembre, cela a fait un an que Nguyễn Văn Đài a été arrêté alors qu’il allait rencontrer des représentants de l’Union européenne (UE) qui avaient participé à un dialogue entre l’UE et le Viêt-Nam au sujet des droits humains la veille à Hanoï. Il est détenu au secret pour des accusations de « propagande » contre l’État, au titre de l’article 88 du Code pénal de 1999. Il n’a pas été autorisé à s’entretenir avec un avocat ni avec sa famille. En 2006, il a fondé la Commission des droits humains au Viêt-Nam, désormais appelée Centre des droits humains du Viêt-Nam. Il était également l’un des premiers signataires du Bloc 8406, une pétition en ligne en faveur de la démocratie. Il est le cofondateur de la Fraternité pour la démocratie (Hội Anh Em Dân Chủ), un groupe de discussion en ligne en faveur de la démocratie.

Il avait dans un premier temps été placé en détention à la prison B14 de Hanoï, mais il est possible qu’il ait été déplacé vers un autre centre de détention sans que personne en ait été informé. Nguyễn Văn Đài est un ancien prisonnier d’opinion qui avait été détenu de mars 2007 à 2011 après avoir organisé des ateliers et des séminaires pour des étudiants à l’université à propos du droit relatif aux droits humains. S’il est jugé et déclaré coupable, il risque une peine de trois à vingt ans d’emprisonnement.

Trần Anh Kim et Lê Thanh Tùng ont été jugés par un tribunal dans la province de Thai Binh, dans le nord du pays. Ils ont tous deux été déclarés coupables d’activités visant à « renverser » l’État, au titre de l’article 79 du Code pénal de 1999. Ces deux hommes sont d’anciens prisonniers d’opinion qui avaient été libérés en 2015 et à nouveau arrêtés plus tard dans l’année alors qu’ils envisageaient de créer un nouveau groupe en faveur de la démocratie nommé « Hissons le drapeau de la démocratie » (Lực Lượng Quốc Dân Dựng Cờ). Des policiers auraient empêché d’autres militants d’assister au procès en garant leur véhicule devant le domicile des militants pour les empêcher d’en sortir.

Amnesty International demande la libération immédiate et sans condition de ces trois militants, détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression et d’association, ainsi que la libération de tous les autres prisonniers d’opinion au Viêt-Nam. Ils risquent d’être victimes de torture et d’autres formes de mauvais traitements.

Complément d’information

Le Viêt-Nam a souvent recours à des articles du Code pénal vietnamien de 1999 portant sur la sécurité nationale, comme les articles 88 et 79, pour emprisonner des militants pacifiques.

En juillet 2016, Amnesty International a publié un rapport intitulé Des prisons à l’intérieur des prisons : la torture et les mauvais traitements des prisonniers d’opinion au Viêt-Nam. Ce rapport rend compte du traitement des prisonniers d’opinion, qui bafoue les obligations internationales du Viêt-Nam en matière de droits humains, notamment l’interdiction de la torture.

Comme d’autres prisonniers d’opinion, Nguyễn Văn Đài, Trần Anh Kim et Lê Thanh Tùng risquent d’être victimes d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, notamment des disparitions forcées, des périodes de détention au secret et de détention à l’isolement prolongées, des traitements se traduisant par une douleur et une souffrance physiques intenses, des privations de soins médicaux, et des transferts punitifs d’une prison à l’autre.

Amnesty International continue de recevoir des informations faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements infligés à des prisonniers d’opinion, comme Nguyễn Công Chính, un pasteur mennonite, qui purge une peine de prison de 11 ans et qui a récemment été transféré vers une autre prison, loin de chez lui, sans que sa famille en ait été informée ; ou encore de Nguyễn Đình Ngọc, également connu comme le blogueur Nguyễn Ngọc Già, qui a été sévèrement sanctionné pour s’être plaint des conditions de vie en prison et du comportement du personnel pénitentiaire.

Environ 88 prisonniers d’opinion sont détenus dans les prisons vietnamiennes. Ce nombre pourrait cependant être encore plus élevé.

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