Les réfugiés bloqués en Grèce ont besoin d’un plan efficace

La réaction consternante de l’Europe face à la crise mondiale des réfugiés et au nombre pourtant gérable de personnes qui arrivent à sa porte en quête de protection risque de laisser une tâche indélébile dans notre conscience collective.

Les gouvernements européens manquent à leurs obligations envers les réfugiés et l’Union européenne bafoue ses propres principes fondamentaux : la liberté, l’égalité, les droits humains et l’état de droit.

Au lieu de se servir des outils à sa disposition pour accueillir sa juste part de la population mondiale de réfugiés, l’Europe cherche à conclure des accords en vue de bloquer les réfugiés dans d’autres pays.

Par exemple, l’accord entre l’UE et la Turquie présente bien des défauts, et il est parfaitement évident qu’entasser les réfugiés sur les îles grecques n’est pas une solution.

Tandis que le Conseil européen s’apprête à se réunir cette semaine, nous avons besoin d’un plan efficace pour les réfugiés et pour l’Europe. Nous avons besoin d’un véritable accord.

L’accord UE-Turquie

Parmi les politiques migratoires infructueuses de l’Europe, l’accord que celle-ci a conclu avec la Turquie prend des airs de couteau planté en plein cœur du système de protection internationale des réfugiés.

Aux termes de cet accord, tous les demandeurs d’asile arrivant dans les îles grecques via la Turquie doivent être renvoyés dans ce pays, sur la base de l’hypothèse totalement erronée que les droits de ces personnes y seront respectés. En échange, du moins en théorie, l’Europe est censée accueillir un demandeur d’asile syrien venant de Turquie pour chaque personne syrienne renvoyée en Turquie.

Pour l’instant, plusieurs obstacles juridiques empêchent le renvoi des demandeurs d’asile vers la Turquie, mais personne ne sait combien de temps cela va durer. En attendant, des centaines de réfugiés et de migrants arrivent chaque semaine, bien que leur nombre ait fortement baissé depuis l’application de cet accord.

Ainsi, tous les nouveaux arrivants restent bloqués sur les îles grecques, ce qui entraîne une grave surpopulation et des conditions de vie déplorables.

Entasser les réfugiés

À peine neuf mois après l’adoption de l’accord entre l’UE et la Turquie, le coût humain de cette mesure est déjà clairement visible sur les îles grecques, où des dizaines de milliers de réfugiés sont pris au piège.

Les efforts et les ressources originellement destinés à accueillir les réfugiés sont désormais déployés pour placer ces personnes en détention, dissuader d’autres de venir et accélérer le rejet des demandes d’asile.

Ces îles où des bénévoles venus de toute l’Europe offraient un accueil chaleureux sont devenues des îles du désespoir, une prison pour celles et ceux
qui doivent souffrir afin de dissuader d’autres personnes de les rejoindre.

Une tendance préoccupante

L’inefficacité et le coût humain de l’accord UE-Turquie doivent servir d’avertissement quant aux autres accords de ce type que nos dirigeants pourraient conclure.

L’accord UE-Turquie ne peut pas servir de modèle pour gérer la crise mondiale des réfugiés. L’Europe a le devoir moral et juridique d’accueillir les personnes qui fuient les conflits et les persécutions. Cette responsabilité ne peut pas être sous-traitée ou renvoyée à d’autres pays. Le coût pour l’Europe, et pour les réfugiés, est trop élevé.

Mais cette situation n’est pas inéluctable. Nous pouvons faire mieux.

Il est temps de conclure un véritable accord

Il est temps que les dirigeants européens fassent le bon choix. Ils doivent de toute urgence mettre en place un plan efficace pour aider les réfugiés, et conclure un véritable accord fondé sur la protection, le partage des responsabilités et le droit international.

Cela permettra de remplacer des flux migratoires incontrôlés qui profitent aux passeurs par une gestion ordonnée des arrivées.

Cela permettra de protéger les droits humains au lieu de fermer les yeux sur la souffrance humaine.

Les dirigeants européens doivent se mettre d’accord sur un plan qui :

• apporte une solution à la situation catastrophique dans les îles grecques et permet rapidement aux réfugiés de quitter la Grèce ;

• répartit la responsabilité de l’accueil des réfugiés à travers l’Europe ;

• permet aux réfugiés de retrouver sans délai leurs familles déjà installées en Europe.

La forteresse Europe n’est pas une solution. Nous pouvons et nous devons faire mieux que ça, car si nous voulons être une société qui se vante d’être libre, équitable et juste, la protection des réfugiés n’est pas négociable.

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