Témoignages

Liban. Les femmes réfugiées victimes de harcèlement et menaces

Les réfugiées au Liban font souvent l’objet de harcèlement et de menaces pour leur sécurité. Bon nombre des femmes avec lesquelles Amnesty International s’est entretenue ont indiqué avoir reçu à plusieurs reprises des avances sexuelles inappropriées de la part de certains hommes. En raison des restrictions juridiques que le gouvernement libanais impose aux réfugiés, ces femmes se sentent incapables de signaler à la police les menaces ou le harcèlement dont elles sont victimes. Si l’on ajoute à cela le manque de soutien international envers les réfugiés, la situation au Liban expose les femmes réfugiées, en particulier celles qui ne sont pas accompagnées d’un homme adulte, à des atteintes aux droits humains.

Amnesty International s’est rendue au Liban pour récolter les témoignages de femmes réfugiées syriennes et palestiniennes. Harcèlement de rue, mariages précoces, discriminations... Nour, Hanan et Fatima expliquent les violences qu’elles ont subies et qu’elles subissent toujours au quotidien.

Nour** (prénom modifié) a 40 ans et est originaire du sud de la Syrie. Elle vit actuellement dans la région de la plaine de la Békaa au Liban.

Un jour, mon mari est parti faire les courses. Il n’est jamais revenu. C’était en mai 2013. Je ne sais pas s’il a été enlevé par des bandits ou s’il a été arrêté [par le gouvernement]. Des gens m’ont appelée depuis son portable et m’ont dit qu’il se trouvait avec eux, puis ils ont réclamé de l’argent. C’était très stressant. Ils m’appelaient de temps en temps, très tôt le matin ou tard le soir. J’ai accepté de leur donner l’argent mais à chaque fois, ils m’indiquaient une date puis éteignaient le portable de mon mari, si bien que je ne pouvais rien faire. Après plusieurs mois, je n’ai plus eu de nouvelles.

Je vis au Liban depuis 2013. Je n’ai aucune qualification professionnelle, donc ça a été dur de trouver un travail. Même louer une tente s’est révélé difficile.

Au début, ma fille, mon fils et moi vivions chez mon frère et sa famille. Ma fille a dû se marier, même si je n’approuvais pas, car nous faisions l’objet de pressions, financières et psychologiques.

Lorsque nous sommes arrivés au Liban, mes enfants n’ont pas pu poursuivre leurs études. Mon frère ne voulait pas laisser ma fille travailler. Étant donné que c’était une jeune fille étrangère, les garçons la harcelaient verbalement, même lorsqu’elle était avec moi ou son oncle. Nous ne pouvions pas la protéger de cette situation. Elle voulait chercher un travail mais mon frère a refusé et l’a frappée. Après cela, lorsque ma belle-sœur a dit qu’elle connaissait un homme plus âgé qui souhaitait se marier, ma fille a accepté. Elle avait 16 ans lorsqu’elle a épousé un homme de 20 ans de plus qu’elle. Aujourd’hui, elle souffre beaucoup de cette situation.

Depuis que j’ai quitté ma maison en Syrie, j’ai perdu toute liberté, y compris ma liberté d’opinion. Je n’ai pas pu empêcher ce mariage car je n’étais pas libre financièrement ou émotionnellement parlant, puisque je dépendais d’autres personnes.

Aujourd’hui, je loue un petit logement pour mon fils, qui a 14 ans, et moi. On peut difficilement qualifier cet endroit de logement, vu qu’il n’y a qu’une seule source d’éclairage et une seule arrivée d’eau. Une ONG m’a aidée à obtenir un travail, où j’enseigne la couture. On me paye 100 dollars par mois mais ça me coûte 40 dollars tous les mois pour aller travailler et le loyer mensuel s’élève à 150 dollars.

Ma fille vit à Beyrouth avec son mari, qui a des enfants d’une précédente union. Sa mère âgée vit aussi avec eux. Ma fille a maintenant 19 ans et elle a un bébé. C’est une enfant élevant un enfant. Elle n’a pas pu venir me voir depuis son mariage. Elle a essayé de venir une fois mais elle a été bloquée à un poste de contrôle et menacée d’arrestation car son permis de séjour n’était pas valable. Un Libanais s’est porté garant pour elle afin qu’elle soit relâchée. Maintenant, elle a trop peur de voyager. Je ne peux pas me rendre à Beyrouth pour les mêmes raisons. J’ai quand même pu voir des photos de son bébé. Nous communiquons principalement grâce à Whatsapp.

Hanan** (prénom modifié) est arrivée au Liban début 2013 et vit à Beyrouth avec ses trois filles. Âgée de 38 ans, cette réfugiée palestinienne a quitté le camp de Yarmouk à Damas, en Syrie. Le gouvernement libanais a adopté des mesures de plus en plus restrictives à l’égard des réfugiés, en particulier à l’égard des réfugiés palestiniens. Selon les Nations unies, 85 % des réfugiés palestiniens ayant fui la Syrie ne répondent pas aux conditions strictes de renouvellement du permis de séjour, et les autorités libanaises estiment que la présence de ces personnes sur leur territoire n’a aucun fondement juridique.

Mon mari est en Allemagne. Depuis qu’il est parti, les gens me regardent bizarrement, y compris ceux qui distribuent de l’aide. Ils posent des conditions pour que j’obtienne de l’aide, en disant qu’ils me donneront ce dont j’ai besoin si j’accepte de les voir plus tard. Les chauffeurs de taxi aussi me harcèlent et me disent qu’ils m’emmèneront dans des endroits où je n’ai pas demandé à aller.

J’ai eu des ennuis une fois avec un conducteur de bus alors que je rentrais de la Békaa à Beyrouth avec mes filles. Il n’y avait pas d’autres passagers à part un homme seul. Le conducteur s’est mis à avoir une attitude étrange dans le but de m’intimider. Il a commencé par prendre son revolver et l’a posé à côté de lui, histoire que je sache qu’il était armé. Ma fille aînée de 16 ans était terrifiée. Je lui ai dit de ne pas avoir peur et que je gérerais la situation.

Comment pensez-vous que j’ai pu descendre du bus ? J’ai dû promettre au conducteur de revenir le voir. Je lui ai dit : « D’accord, mais je ramène d’abord mes filles à la maison. » J’ai pris son nom et son numéro de téléphone, c’était le seul moyen pour qu’on puisse sortir. Je lui ai donné mon numéro de téléphone et je me suis montrée très souriante pour qu’il croie vraiment que je le rappellerais. Il a dit qu’il me surnommerait Princesse et je lui ai répondu qu’il pouvait m’appeler comme il voulait. Je me suis même dit que si les choses allaient trop loin et que je ne pouvais pas descendre, je lui donnerais ce qu’il voulait, du moment qu’il ne faisait pas de mal à mes filles.

Je suis allée au poste de police de Shatila, à Beyrouth, pour porter plainte. J’étais furieuse mais les policiers m’ont dit : « Vous savez que vous ne pouvez pas déposer une plainte ? Vous n’avez pas de statut au regard la loi. » Ils ont ajouté d’un ton sarcastique : « Et d’abord, pourquoi est-il venu vers vous pour vous harceler ? »

Beaucoup de femmes [réfugiées] sont victimes d’agressions, de harcèlement, de vols, voire de viol, mais elles ne peuvent pas porter plainte parce qu’elles sont en situation irrégulière au Liban et qu’elles se voient menacées d’arrestation.

Mon mari est malade et doit se faire opérer. J’aimerais aller en Allemagne pour être avec lui. Cette situation me stresse beaucoup. Si nous étions en Allemagne, je pourrais travailler et mes filles iraient à l’école.

Fatima** (prénom modifié) a 38 ans. Elle est arrivée de Syrie en 2014 et vit avec ses quatre enfants dans le sud du Liban.

Je suis arrivée au Liban avec mon frère et mes quatre enfants début 2014. Lorsque j’ai quitté la Syrie, la situation était très difficile. Ma ville était assiégée et bombardée avec des armes chimiques. J’ai souffert des conséquences des bombardements et ma fille a été blessée par des éclats d’obus. Mon mari avait été enlevé dans l’usine où il travaillait, peut-être par les forces de sécurité.

La situation au Liban n’est vraiment pas facile et je ne me sens pas en sécurité ici. Lorsque je suis arrivée, j’ai voulu inscrire mes enfants à l’école. Quelqu’un à l’école m’a dit qu’il m’aiderait. Je lui ai donné mon numéro de téléphone pour qu’il me tienne au courant. Il m’appelait deux à trois fois par jour pour me dire qu’il m’offrirait tout ce que je voulais et pour me demander si je voulais sortir avec lui. J’ai fini par lui dire que je n’avais plus besoin de son aide. J’ai arrêté de donner mon numéro [à ceux qui me proposent de l’aide] parce que j’ai peur.

Je me sens exploitée au Liban, surtout par les hommes. Lorsque j’entends parler de gens bien susceptibles de m’aider, je vais les voir. Mais je me rends alors compte qu’ils ne sont pas si bien que ça, qu’ils veulent quelque chose en échange. Ils commencent par me complimenter et je finis par comprendre qu’ils veulent autre chose. Bien souvent, lorsque je suis dehors dans le quartier où je vis, des hommes qui me connaissent me proposent de m’emmener quelque part. Ils savent que mon mari n’est pas là. Ils viennent me dire : « Si tu as besoin d’aller à tel endroit, je peux t’y emmener. » Si j’accepte, je peux être sûre qu’ils reviendront dans les jours qui suivent pour me demander quelque chose. Parfois, les hommes me posent des questions sur mon mariage. Quand je réponds que je continue de chercher mon mari et que mes enfants attendent leur père, ils me disent de cesser mes recherches et que mon mari est probablement mort.

Ils se lancent aussi des défis entre eux, par exemple : « Si elle t’ignore, moi je la ferai parler. » Je suis tout le temps harcelée. Je vis ce genre de situations presque tous les jours. Mais je dois rester polie.

J’ai essayé de trouver un travail, en vain. Il n’y a pas de travail et mon corps entier me fait souffrir. J’ai reçu quelques bons alimentaires de la part du HCR mais j’ai des dettes envers des personnes syriennes et libanaises que je n’arrive pas à rembourser. Mon fils de 17 ans a quitté l’école pour travailler mais il était exploité et n’était pas payé. L’année dernière, ma fille est tombée malade mais puisque nous n’avions ni chauffage, ni médicaments, je l’ai simplement gardée au chaud sous des couvertures, je ne pouvais rien faire d’autre.

Je n’ai aucun soutien dans ce pays. Mes frères ont pris un bateau et sont maintenant en sécurité en Europe. Ne pas avoir de famille au Liban me donne l’impression d’être vulnérable. C’est pourquoi je voudrais être réinstallée et rejoindre mes frères.

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