LIBAN : Une enquête doit être ouverte sur l’usage de la force excessive et de la torture par les forces de sécurité

Index AI : MDE 18/004/2003

Amnesty International est préoccupée par la persistance des mauvais traitements infligés à vingt-trois militants islamistes qui auraient été impliqués dans des heurts avec les forces de sécurité libanaises sur le plateau de Dhinnyah en février 2000. Ces hommes sont détenus depuis début 2000 et auraient été torturés lors de leur détention au secret.

« J’ai subi la torture du balanco, suspendu par les poignets attachés dans le dos ; ils me laissaient là une heure et demie. Pendant que j’étais dans cette position, ils m’assenaient des coups sur les pieds avec des bâtons et des câbles, cela sous la direction d’un colonel. Je suis resté sans manger pendant vingt-quatre heures, j’étais physiquement et mentalement épuisé. J’ai été privé de sommeil et coupé de tout lien avec le monde extérieur, enfermé les yeux bandés dans une pièce sombre. C’était comme une tombe. Les interrogatoires se sont poursuivis sept jours durant avec des pauses toutes les dix minutes pendant lesquelles ils me battaient, » a déclaré l’un des détenus interrogés par Amnesty International.

« Ces allégations justifient la tenue d’une enquête indépendante, exhaustive et impartiale. Nous sommes préoccupés par le rejet systématique des autorités libanaises de toute accusation de torture et mauvais traitements à l’égard des détenus politiques y compris ceux qui sont détenus en lien avec les évènements de Dhinnyah, » a déclaré Amnesty International.

Selon des témoignages obtenus par Amnesty International, les détenus de Dhinnyah auraient été soumis à diverses formes de torture et mauvais traitements lors de leur détention au secret pendant les semaines qui ont suivi leur arrestation. Ils ont été soumis à la torture par chocs électriques, aux insultes, leur croyance religieuse a été dénigrée, ils ont été empêchés de faire leurs prières, on a menacé de faire subir des abus sexuels aux femmes de leurs familles. Même après leur interrogatoire par le magistrat instructeur, les détenus déclarent être restés les yeux bandés et les mains menottées derrière le dos. Les séances de torture se sont déroulées principalement au centre de détention al-Yarze du ministère de la Défense.

Pour protester contre les mauvais traitements qu’ils subissaient et faire pression pour être libérés en attente du jugement, dix-sept détenus ont décidé de boycotter une audience de leur procès devant le Conseil de justice le 17 janvier 2003. Les forces de sécurité ont réagi avec ce qui paraît être un usage excessif de la force - matraques et gaz lacrymogènes dans des espaces clos - afin de mettre un terme au boycott de leur procès par les détenus. Selon une déclaration du Département de la sécurité intérieure, sept détenus et cinq membres des forces de sécurité ont été blessés à cette occasion. Selon cette déclaration, les détenus auraient fait usage d’instruments tranchants de leur fabrication à l’encontre des policiers, mais cette affirmation a été démentie par un avocat des détenus.

Suite à cet incident, les détenus de Dhinnyah auraient été battus et mis à l’isolement. Selon une déclaration faite par des proches des détenus, après avoir été mis à l’isolement, les prisonniers ont été privés de nourriture pendant deux jours et maintenus dans des cellules sans accès à la lumière du jour. La déclaration précise également que des membres des forces de sécurité ont rasé la barbe des détenus, ce qui est contraire à leur foi, et profané des écrits islamiques leur appartenant pour les punir.

Deux des détenus, Ihab al-Banna et Sa’id Minawi, ont été admis à l’hôpital Dhar al-Bashiq pour des blessures qui seraient graves. Ils sont détenus depuis sans que ni leurs familles ni leurs avocats n’aient pu les voir, aucune information sur leur état de santé n’a été transmise.

« Allégations de torture et de mauvais traitements ont dominé cette affaire depuis le début, » a déclaré Amnesty International ce jeudi 30 janvier. Dans une déclaration publiée par la presse libanaise le 31 décembre 2002, le procureur général Adnan Addoum a sommairement qualifié « d’allégations sans fondement fabriquées de toutes pièces » les cas de torture et mauvais traitements des victimes rapportés par Amnesty International et les préoccupations exprimées par l’organisation. À propos des détenus de Dhinnyah, il a affirmé que « les allégations de torture et mauvais traitements subis par les détenus lors de leurs interrogatoires par la police militaire ne sont basées sur aucun fait réel ».

Les autorités doivent également enquêter sur un certain nombre d’affaires dans lesquelles des détenus auraient été forcés de faire des déclarations compromettantes sous la torture ou la contrainte. En tant qu’État partie à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les autorités libanaises doivent, conformément à l’article 15, « veiller à ce que toute déclaration dont il est établi qu’elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne accusée de torture pour établir qu’une déclaration a été faite. »

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