LIBÉRIA : Amnesty International craint que le journaliste Hassan Bility et deux autres personnes ne soient morts, dans la mesure où ils n’ont pas été présentés à la justice

Index AI : AFR 34/009/02

Amnesty International a exprimé la crainte qu’Hassan Bility, rédacteur en chef du journal The Analyst, et deux autres personnes ne soient morts des suites de torture en détention. Ces trois personnes sont détenues au secret depuis qu’elles ont été arrêtées le 24 juin 2002.

Bien que le gouvernement ait publiquement reconnu qu’ils avaient été placés en détention, tous les principaux services de sécurité ont affirmé que ces suspects ne se trouvaient pas entre leurs mains. Les efforts déployés par la communauté locale des défenseurs des droits humains et des juristes en vue de retrouver leur trace ont été vains. Lundi 1er juillet, ni Hassan Bility ni les deux autres personnes n’ont été présentés aux autorités judiciaires.

Le 26 juin, le ministre de l’Information Reginald Goodridge a admis publiquement au cours d’une conférence de presse qu’Hassan Bility et les deux autres personnes étaient en détention. Il a déclaré qu’ils étaient accusés d’avoir dirigé à Monrovia « une cellule terroriste du LURD », le mouvement rebelle des Liberians United for Reconciliation and Democracy (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie). Malgré ces graves allégations, les détenus n’ont toujours pas été inculpés d’une infraction prévue par la loi. Or, il est contraire à la Constitution libérienne et au droit international de maintenir des personnes en garde à vue plus de quarante-huit heures sans les présenter à un tribunal compétent.

Jeudi 27 juin, le National Human Rights Center (NHRC, Centre national des droits humains), une coalition libérienne d’organisations de défense des droits humains, a engagé contre le gouvernement une procédure d’habeas corpus (procédure permettant la comparution immédiate d’un détenu devant une autorité judiciaire, afin de contester la légalité de la détention, et de permettre ainsi une éventuelle remise en liberté). Le même jour, le juge Winston O. Henries a ordonné au gouvernement de présenter en vie Hassan Bility et les deux autres personnes lundi 1er juillet. Ce jour-là, les avocats du gouvernement ont demandé un délai supplémentaire jusqu’au mercredi 3 juillet pour présenter ces trois détenus à la justice.

Étant donné le nombre de cas de défenseurs des droits humains qui ont été victimes de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants en détention au Libéria, et les attaques répétées dont Hassan Bility a fait l’objet par le passé, Amnesty International est vivement préoccupé par le sort de ce journaliste et des deux autres personnes arrêtées. L’organisation craint fort que le fait qu’ils n’aient pas été présentés à la justice ne puisse signifier qu’ils ont été atrocement torturés, voire tués.

Complément d’information

Hassan Bility a été arrêté, interrogé et placé en détention à deux reprises au cours de l’année écoulée. Le journal The Analyst, dont il est le rédacteur en chef, a été fermé deux fois pour avoir écrit et publié des articles considérés comme critiques à l’égard du gouvernement.

Le 13 mai, Hassan Bility a été menacé de mort au téléphone par un colonel de la Police nationale du Libéria, qui lui a déclaré : « [Nous] vous connaissons tous, vous qui écrivez contre notre Papay [le surnom du président Charles Taylor], et le moment approche où nous nous occuperons de vous ; vos écrits et vos opinions incitent la communauté internationale à condamner le Papay ». Ces menaces lui ont été adressées à la suite d’un discours de Tiawan Gongloe dont The Analyst s’était fait l’écho. Le discours de cet avocat spécialisé dans la défense des droits humains avait été considéré comme une menace pour le gouvernement et sa sécurité nationale.

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