LIBÉRIA : Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait donner la priorité absolue à la protection des droits humains

Index AI : AFR 34/030/02

Amnesty International profite de ce que le Conseil de sécurité des Nations unies est en train d’examiner le dernier rapport du Groupe d’experts sur le Libéria et passe en revue les sanctions prises contre ce pays pour faire savoir qu’elle appuie la recommandation des experts préconisant le maintien de l’embargo sur les armes, les munitions et l’assistance militaire en direction de ce pays.

" Au vu des nombreuses atteintes aux droits humains dont se rendent coupables les deux parties engagées dans le conflit qui perdure au Libéria, on peut raisonnablement estimer que le fait de fournir - directement ou indirectement - des armes, des munitions ou d’autres formes d’aide militaire peut contribuer à ce que des atteintes aux droits humains soient commises contre la population civile ", a déclaré Amnesty International.

Les forces gouvernementales et les milices qui combattent à leurs côtés continuent, en bénéficiant d’une impunité presque absolue, de se rendre coupables d’exécutions extrajudiciaires, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements - dont des viols et d’autres violences sexuelles - ainsi que d’arrestations et de détentions arbitraires.

Le groupe d’opposition armé Liberians United for Reconciliation and Democracy (LURD, Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) s’est également rendu coupable de graves exactions contre les civils telles que des homicides délibérés et arbitraires, des actes de torture, des viols, des enlèvements et le recrutement d’enfants soldats.

Le Groupe d’experts des Nations unies a recueilli des informations prouvant que - en violation des résolutions du Conseil de sécurité - des armes étaient toujours fournies aux forces gouvernementales et parvenaient aussi au LURD, en transitant par des pays voisins comme la Guinée.

Des mesures efficaces doivent être prises pour empêcher les transferts d’armes en direction du Libéria, d’autant plus que ces transferts menacent aussi la stabilité de la Guinée et de la Sierra Leone voisines.

" Si la situation n’est pas correctement prise en main elle risque d’avoir des conséquences désastreuses sur la protection des droits humains de la population civile des trois pays de l’Union du fleuve Mano ", a indiqué Amnesty International.

Les efforts qui ont été menés pour s’attaquer aux liens entre commerce illicite des diamants et vente d’armes ont porté leurs fruits mais le Groupe d’expert a également mis en évidence l’existence de liens entre le commerce des armes et l’industrie libérienne du bois.

" Nous sommes vivement préoccupés par les informations selon lesquelles les revenus de l’industrie du bois et les activités de certaines compagnies forestières privées facilitent l’acquisition d’armes, de munitions ou d’autres formes d’assistance militaire, par les forces gouvernementales et les milices qui sont leurs alliées ", a affirmé l’organisation de défense des droits humains.

Amnesty International appuie la recommandation du Groupe d’experts de confier à une équipe internationale la responsabilité de procéder à un audit financier prolongé de l’industrie libérienne du bois pour prendre le relais de l’audit mené par Deloitte and Touche sur une courte période. Cet audit prolongé devra être effectué de manière totalement indépendante et vérifiable, et ses résultats devront être rendus publics.

Par ailleurs, faisant suite à la récente nomination par le secrétaire général des Nations unies d’Abou Moussa au poste de représentant spécial au Libéria, ainsi qu’à la prorogation jusqu’à fin 2003 du mandat du Bureau d’appui des Nations unies pour la consolidation de la paix au Libéria (UNOL), Amnesty International sollicite un renforcement de l’UNOL.

" La nomination d’Abou Moussa offre l’occasion de donner une réelle place aux droits humains au sein de l’UNOL, a affirmé l’organisation. Il faudra prévoir un nombre suffisant de personnes chargées de surveiller la situation des droits humains, qui devront recueillir des renseignements sur les atteintes aux libertés fondamentales dans tout le pays et présenter régulièrement des rapports détaillés au Conseil de sécurité. "

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