Liberté de la presse : mobilisation devant l’ambassade de Turquie

Á l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Amnesty International a lancé une grande mobilisation internationale dans le cadre de sa campagne #FreeTurkeyMedia. Amnesty a demandé la libération de plus de 120 journalistes incarcérés à la suite de la tentative de coup d’État de l’an dernier, et qu’il soit mis fin à la répression de la liberté d’expression en Turquie, qui est devenue le pays qui emprisonne le plus les journalistes.

En Belgique, des militants se sont rassemblés devant l’ambassade de Turquie, à Bruxelles, et ont remis les quelque 18 000 signatures récoltées en Belgique.

« La journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de mettre en avant la terrible situation vécue par les journalistes et professionnels des médias turcs. Un grand nombre d’entre eux sont détenus depuis plusieurs mois sans jugement, ou font l’objet de poursuites basées sur des lois antiterroristes rédigées en termes vagues », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. « Amnesty International se mobilise aujourd’hui pour demander aux autorités turques de relâcher immédiatement et sans condition tous les journalistes détenus uniquement parce qu’ils ont fait leur travail. »

Afin de donner un maximum d’écho à la campagne #FreeTurkeyMedia, Amnesty International appelle les journalistes du monde entier à faire entendre leur voix. La campagne a déjà obtenu le soutien de personnalités de premier plan, dont l’artiste Ai Weiwei et Peter Greste, Mohamed Fahmy et Baher Mohamed, les trois journalistes d’Al Jazira détenus en 2013 en Égypte.

Amnesty International publie également ce 3 mai un rapport intitulé Journalism is not a crime : Crackdown on media freedom, lequel se penche sur la situation des médias en Turquie depuis le coup d’État manqué de juillet 2016. Victimes d’une vaste et féroce répression exercée contre les personnes considérées comme opposées au gouvernement, au moins 156 médias ont été fermés et on estime que 2 500 journalistes et autres professionnels des médias ont perdu leur travail. Des journalistes ont été arrêtés et inculpés d’infractions liées au terrorisme en raison de billets partagés sur Twitter, de dessins qu’ils ont publiés ou d’opinions qu’ils ont exprimées.

Le journaliste Mahir Kanaat a été arrêté avec six de ses collègues le jour de Noël. « On m’a attaché les mains dans le dos et « une équipe spéciale » [un policier] se tenait sur moi. J’ai crié "Ma femme est enceinte de neuf mois, pourquoi la faites-vous s’allonger par terre", et j’ai essayé de me relever. Il y a eu une bagarre et j’ai reçu un coup de pied au visage. » L’épouse de Mahir Kanaat a accouché pendant qu’il était derrière les barreaux. Il est toujours en détention, dans l’attente d’un procès.

Les périodes prolongées de détention provisoire sont devenues fréquentes. Les accusations retenues contre les professionnels des médias sont souvent forgées de toutes pièces, parfois totalement absurdes, et dans certains cas il n’existe aucune preuve d’une quelconque infraction pénale.

L’ancien rédacteur en chef d’un journal Ahmet Altan a été arrêté en septembre 2016 en même temps que son frère, Mehmet Altan, qui est un universitaire. Ils ont été accusés d’avoir « envoyé des messages subliminaux » aux auteurs du complot lors d’un débat télévisé la veille de la tentative de coup d’État. Le présentateur de l’émission, Nazlı Ilıcak, a lui aussi été arrêté et il se trouve toujours en détention provisoire.

Le journaliste d’investigation Ahmet Şik est incarcéré depuis le mois de décembre. L’acte d’accusation mentionne huit tweets, deux interviews et un article retenus à titre de preuves de son soutien à trois organisations interdites, qui portent tous sur des sujets totalement différents, et souvent antagonistes. Son épouse, Yonca, a dit à Amnesty International : « L’incarcération d’Ahmet est un message adressé aux autres : "Parlez si vous l’osez". »

Au niveau mondial, plus de 250 000 personnes ont signé la pétition en ligne réclamant la libération des journalistes en Turquie, et au cours du mois dernier, des milliers de personnes ont soutenu la campagne #FreeTurkeyMedia, qui encourage les internautes à publier un « selfie de solidarité » sur Twitter.

« Pendant plus de 400 jours, en Égypte, on a su que des gens du monde entier menaient campagne pour obtenir notre libération, et cela nous a donné de la force », expliquent Peter Greste et Mohamed Fahmy dans un article publié aujourd’hui dans des journaux du monde entier.

« Si c’était juste d’intervenir en notre faveur et de demander notre libération avec #FreeAJStaff, il est juste d’intervenir en faveur de tous les journalistes incarcérés uniquement parce qu’ils ont fait leur travail. C’est pour cette raison que nous participons à la campagne #FreeTurkeyMedia. ».

Dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Amnesty International participe par ailleurs à la journée Difference Day, qui aura lieu à Bozar, à Bruxelles. À cette occasion, l’organisation de défense des droits humains invite les participants à exprimer leur solidarité en se prenant en photo devant un banner géant rappelant que le journalisme n’est pas un crime et en la tweetant avec le hashtag #FreeTurkeyMedia.

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