Communiqué de presse

Libye. Crimes de guerre à Benghazi

Des sanctions ciblées imposées par les Nations unies, et l’établissement des responsabilités de chaque camp, notamment par l’intermédiaire de la Cour pénale internationale (CPI), sont requises de toute urgence afin de mettre un terme aux nombreux enlèvements, actes de torture, exécutions sommaires et autres violations attribués aux forces rivales en Libye et constituant dans certains cas des crimes de guerre, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse rendue publique mercredi 28 janvier.

Ce document, intitulé Benghazi’s descent into chaos : abductions, summary killings and other abuses, met en relief une série de graves violations perpétrées depuis mai 2014 par des combattants du Conseil consultatif des révolutionnaires de Benghazi - une coalition de milices islamistes et de groupes armés - et des forces loyales à l’opération Dignité du général Khalifa Haftar.

« Ces derniers mois, tandis que les attaques en représailles entre forces rivales n’ont cessé de s’intensifier, Benghazi a peu à peu sombré dans le chaos et l’anarchie. La ville a été déchirée par l’explosion des violences perpétrées par les groupes rivaux et leurs partisans en quête de vengeance », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Si la communauté internationale ne se décide pas à enquêter sur les crimes de guerre et à amener les responsables présumés à rendre des comptes, il est probable que les violations et les souffrances des victimes empireront. Il faut mettre fin à ce climat d’impunité, qui est aggravé par le non-respect de la loi. »

Amnesty International demande au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des sanctions ciblées, notamment l’interdiction de voyager et le gel d’avoirs, contre les personnes impliquées dans des atteintes aux droits humains ou au droit international humanitaire, conformément à la résolution 2174 adoptée en août 2014.

L’organisation exhorte par ailleurs la CPI, qui est compétente pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés en Libye, à élargir ses enquêtes afin qu’elles portent sur les crimes de guerre et crimes de droit international commis par l’ensemble des groupes armés et milices depuis février 2011. Pour l’instant, la CPI n’a enquêté que sur des crimes commis pendant le soulèvement et le conflit armé de 2011.

Ces dernières semaines, des négociations en cours aux Nations unies à Genève ont fait naître l’espoir que les Libyens puissent sauver le pays du précipice.

« Les efforts déployés afin de parvenir à un accord politique n’auront aucun sens si les problèmes en matière de droits humains ne sont pas abordés. Les violations des droits humains commises par les différentes parties alimentent les doléances et ne peuvent être passées sous silence », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« L’attachement des participants à l’état de droit et leur respect pour les droits humains sont des premières étapes indispensables, mais les paroles seules ne changeront rien sur le terrain. De véritables mesures de responsabilisation doivent être mises en place si l’on souhaite rompre avec le cycle des violations. »

« Cela fait des mois que les politiciens et les groupes armés libyens s’affrontent à propos de l’identité du représentant légitime du peuple libyen. Mais ce qui se passe à Benghazi nous montre que tous les camps se rendent coupables de graves violations des droits humains, et que des Libyens ordinaires sont pris entre deux feux. Tous les camps ont l’obligation d’y mettre fin. »

Près de quatre ans après que le peuple libyen s’est soulevé contre le colonel Mouammar Kadhafi, une grande partie de ses espoirs en faveur d’un futur stable se sont envolés en fumée.

La synthèse d’Amnesty International démêle le réseau complexe des groupes armés derrière la vague de violence qui s’est abattue sur Benghazi ces derniers mois.

« Les responsables des groupes armés de tous les camps doivent clairement faire passer le message que de tels actes ne seront pas tolérés, ou ils seront eux-mêmes poursuivis », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

Des détails macabres ont émergé, indiquant que les forces des deux camps ont enlevé et sommairement exécuté des dizaines de personnes ; des photos et des vidéos montrant des corps abandonnés, portant souvent des traces de torture, sont plus tard apparues dans les médias sociaux.

Dans d’autres cas, des militants, des responsables religieux et des journalistes ont été assassinés dans le cadre d’attaques motivées par des considérations politiques. Les auteurs de ces homicides restent inconnus mais beaucoup à Benghazi accusent des groupes affiliés au Conseil consultatif des révolutionnaires de Benghazi, en particulier Ansar al Charia.

Affichant l’objectif de lutter contre le terrorisme et de rétablir l’état de droit, les forces chargées de mener l’opération Dignité ont lancé une offensive visant à reprendre Benghazi au Conseil consultatif le 15 octobre 2014.

Trois mois de combats intenses et de pilonnages aveugles dans des zones résidentielles, auxquels se sont ajoutées des frappes aériennes lancées par les forces de l’opération Dignité, ont causé des dégâts importants dans certaines zones, en particulier aux alentours du port commercial et du centre-ville, comme à al Sabri. Des dizaines de logements de personnes soupçonnées d’être affiliées à des groupes islamistes ont été pillés, vandalisés, incendiés et dans certains cas rasés au bulldozer.

Les conséquences ont été terribles sur le plan humanitaire. Au moins 90 000 personnes ont été déplacées par les affrontements. Les civils ont du mal à faire face au manque d’eau, à la hausse du prix de la nourriture, aux importantes coupures d’électricité et à la pénurie d’essence et de gaz de cuisine. Les combats ont également conduit à une pénurie de fournitures médicales et de personnel dans les hôpitaux publics. Certains hôpitaux ont été évacués après avoir été pilonnés. Toutes les écoles restent fermées.

Enlèvements et exécutions sommaires

Plus de 260 personnes - civils et combattants - ont été portées disparues à Benghazi entre juin et novembre 2014, selon le Croissant-Rouge libyen.

De nombreux enlèvements sont attribués à des groupes affiliés au Conseil consultatif des révolutionnaires de Benghazi. Dans la plupart des cas, les victimes ont été saisies chez elles ou dans la rue par des hommes armés et masqués. Des professionnels de la santé ont également été visés ; on leur a alors souvent demandé de soigner les blessés des forces du Conseil consultatif des révolutionnaires de Benghazi dans des hôpitaux de campagne.

Les forces chargées de l’opération Dignité ont également capturé, torturé et sommairement exécuté des combattants et des civils. Certains d’entre eux ont été arrêtés après avoir été accusés par des sites de médias sociaux d’appartenir à des groupes armés islamistes.

De nombreuses familles n’ont appris qu’un des leurs avait été tué qu’en identifiant son corps sans vie sur des photos et des vidéos publiées sur Facebook.

Au moins 17 photos de corps non identifiés abandonnés à al Marj, une ville située à environ 90 kilomètres à l’est de Benghazi, ont été publiées sur des sites de réseaux sociaux. Amnesty International a recueilli des éléments attestant qu’au moins quatre de ces hommes ont été sommairement tués après avoir été arrêtés par les forces de l’opération Dignité, à al Bayda.

La sœur de l’une des victimes, Anas al Khitab, a expliqué à Amnesty International qu’un autre de ses frères avait vu des photos d’Anas sur Facebook à côté de quatre autres corps.

« Un rapport médicolégal indique qu’Anas a été tué d’une balle dans la tête, mais ne mentionne aucune trace de torture. Un témoin a vu sur son corps des hématomes donnant à penser qu’il avait été frappé », a-t-elle dit.

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