Communiqué de presse

Libye. L’assassinat de 21 coptes constitue un crime de guerre

Le terrible meurtre de 21 chrétiens coptes en Libye par le groupe qui se fait appeler « État islamique, province de Tripoli » constitue un crime de guerre et une attaque contre les principes fondamentaux de l’humanité, a déclaré Amnesty International lundi 16 février 2015.

Une vidéo publiée sur Internet par la branche médias du groupe armé prétend montrer la décapitation de 21 coptes, pour la plupart des Égyptiens, dans un lieu inconnu, sur une plage de la province de Tripoli. Ce crime atroce a été perpétré en représailles de l’enlèvement présumé de Camilia Shehata, une femme égyptienne, auparavant chrétienne, dont la conversion à l’islam a suscité une vague de protestations en 2010.

Rien ne saurait justifier le meurtre de sang-froid d’hommes qui semblent avoir été pris pour cibles uniquement en raison de leur foi, a déclaré Amnesty International.

La vidéo intitulée « Un message signé avec le sang à la nation de la Croix » montre un groupe d’hommes vêtus de combinaisons orange, que des bourreaux masqués font défiler sur la plage, avant de les forcer à s’agenouiller et de les décapiter.

Selon l’archidiocèse de Samalut, 20 victimes ont été identifiées par leurs familles comme étant des Égyptiens coptes originaires du district de Samalut, dans le gouvernorat d’El Minya. L’identité de la 21e victime, qui serait un copte originaire d’Afrique subsaharienne, doit encore être établie.

Ce crime atroce et cette vidéo mise en scène avec soin témoignent d’une cruauté qui vise à terroriser les populations en Libye, en Égypte et dans le monde. Cet acte est particulièrement dévastateur pour les familles des victimes, qui sont en état de choc. Amnesty International invite les autorités égyptiennes à veiller à ce qu’elles reçoivent l’aide psychologique et sociale dont elles ont besoin, dès à présent, mais aussi sur le long terme, en fonction des besoins. Les autorités doivent tenir leur promesse, à savoir verser des indemnisations financières aux familles des victimes, qui sont issues de milieux pauvres de Haute-Égypte et ont peut-être perdu leur soutien de famille. Les chrétiens coptes en Égypte subissent des discriminations depuis des dizaines d’années, notamment en ce qui concerne la construction et la préservation de leurs lieux de culte, et les autorités ne protègent pas cette communauté contre les nombreuses attaques motivées par l’intolérance religieuse.

D’après les familles des 20 migrants coptes égyptiens, ceux-ci ont été enlevés lors de deux épisodes distincts dans la région de Syrte, dans le nord-ouest de la Libye, où ils habitaient et travaillaient. Le 29 décembre 2014, un groupe de sept Égyptiens coptes ont été arrêtés à un poste de contrôle, alors qu’ils roulaient en direction de la frontière égyptienne, et ont été kidnappés par des hommes armés. Le 3 janvier 2015, à Syrte, un groupe d’hommes armés a fait irruption dans une maison où séjournaient des travailleurs égyptiens, dont les sept hommes kidnappés ; les assaillants ont enlevé 13 autres Égyptiens coptes en se référant à une liste de noms sur laquelle ne figuraient que des chrétiens.

On ignorait où se trouvaient ces hommes jusqu’au 12 janvier, date à laquelle le groupe qui se fait appeler « État islamique, province de Tripoli » a publié une série de photos des hommes affirmant être derrière cet enlèvement. Le 13 février, un magazine en ligne diffusé par le groupe armé affirmait qu’il visait à venger la persécution par l’Église copte de femmes musulmanes, dont Camilia Shehata, en Égypte. En 2010, Camilia Shehata a disparu et des rumeurs ont circulé sur son kidnapping. La police égyptienne l’a plus tard retrouvée et remise à l’Église.

Amnesty International est gravement préoccupée par la sécurité de sept autres Égyptiens, dont six coptes, qui ont « disparu » dans la région de Syrte et de Misratah ces derniers mois. Le 25 août 2014, trois frères – Jamal Matta Hakim, Raif Matta Hakim et Rumana Matta Hakim – et leur cousin, Adel Siddiq Hakim, ont été enlevés à un poste de contrôle à Syrte. Selon un de leurs frères, avec qui Amnesty International s’est entretenue, ces hommes travaillaient à Tripoli, mais ont décidé de rentrer en Égypte lorsque le conflit s’est intensifié en Libye. Ils roulaient vers l’Égypte lorsqu’un groupe d’hommes masqués, armés, a stoppé leur véhicule à un poste de contrôle. Après avoir examiné leurs passeports, ils ont obligé les quatre coptes à sortir du véhicule et les ont conduits dans un lieu inconnu, tout en laissant repartir les passagers musulmans. Depuis, on ignore quel sort leur a été réservé.

Le lendemain, le 26 août 2014, Mina Shahat Awad, Égyptien copte, a été enlevé à un poste de contrôle à Syrte alors qu’il rentrait lui aussi en Égypte. On ignore également ce qu’il est advenu de lui. Le 15 septembre 2014, deux autres Égyptiens, un musulman et un copte, ont disparu dans la région de Misratah après avoir quitté leur travail, à bord d’une voiture, vers 16 heures.

Amnesty International demande à tous les groupes armés et aux autorités compétentes d’intensifier leurs efforts en vue de déterminer ce qu’il est advenu des sept Égyptiens enlevés. Tout civil détenu en raison de son identité religieuse, politique ou ethnique doit être libéré immédiatement et sans condition.

Complément d’information

Les atteintes aux droits humains se multiplient à l’encontre des minorités religieuses dans la Libye post-Kadhafi – enlèvements, actes de torture et mauvais traitements, et homicides illégaux, particulièrement à Benghazi et à Syrte.

Depuis le début du conflit entre des coalitions fluctuantes de groupes armés affiliés aux deux gouvernements et parlements rivaux, basés respectivement à Tobrouk et à Tripoli, les enlèvements de civils en raison de leur origine, de leur identité ou de leurs activités, sont devenus monnaie courante en Libye. Amnesty International a recensé plusieurs exécutions sommaires et autres homicides illégaux commis par des groupes armés à Benghazi, Darnah et Zawiyah, dont au moins une décapitation. D’après les informations dont Amnesty dispose, d’autres combattants capturés et civils enlevés ont été décapités à Benghazi.

Depuis la fin du conflit armé en 2011, Syrte est devenue un bastion des groupes armés islamistes, notamment d’Ansar al Charia, qui cherche à faire appliquer sa propre interprétation de la Loi islamique et est accusé de graves exactions.

En novembre 2014, un groupe armé libyen a prêté allégeance au groupe armé autoproclamé État islamique (EI) et annoncé la création de la province de Tripoli, qui englobe plusieurs villes dans l’ouest du pays, notamment Syrte, Tripoli, Misratah et Zawiyah.

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