Communiqué de presse

Libye. Un militant passible d’une peine de prison à la suite de propos qu’il a tenu sur des hommes politiques à la télévision

Écrivain et commentateur politique, Jamal al Hajji, qui a été prisonnier d’opinion sous le régime de Mouammar Kadhafi, s’est attiré les foudres des autorités de transition libyennes après avoir tenu des propos jugés insultants à l’égard de personnalités politiques lors d’une émission télévisée, a déclaré Amnesty International.

Le 31 décembre 2013, Jamal al Hajji a été déclaré coupable de diffamation et condamné à huit mois d’emprisonnement et à une amende de 400 000 dinars libyens (environ 318 650 USD). Lors d’une interview qui a eu lieu en février 2013 sur al Wataniya, une chaîne télévisée locale, il a accusé le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Abdulaziz, et cinq autres personnalités publiques et politiques d’avoir conspiré contre la Libye et la « révolution du 17 Février ». Quatre d’entre eux ont porté plainte contre Jamal al Hajji. L’audience d’appel est prévue jeudi 23 janvier.

« Personne ne devrait être emprisonné pour avoir exprimé son opinion. La liberté d’expression est l’un des droits que les Libyens ont revendiqués lorsqu’ils sont descendus dans la rue pendant le soulèvement de 2011 contre Mouammar Kadhafi, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Si cette affaire a pu avoir lieu, c’est parce que l’autorité de transition n’a pas abrogé les lois qui répriment la liberté d’expression et sont contraires au droit international. La condamnation de cet homme doit être annulée. Ce geste montrerait que les autorités ont véritablement rompu avec les tactiques répressives utilisées dans le passé. »

Jamal al Hajji a été reconnu coupable de diffamation au titre de l’article 439 du Code pénal libyen. Cette infraction est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans ainsi que d’une amende. D’autres articles de ce texte, par exemple les articles 178, 195, 206 et 207, prévoient des peines de détention pour des activités qui ne ressortent que du simple exercice pacifique des droits à la liberté d’expression et d’association. Ces peines sont particulièrement lourdes dans les affaires relatives à des critiques formulées à l’encontre de représentants de l’État ou d’institutions publiques, l’accusé pouvant encourir la peine de mort dans certains cas.

Amnesty International estime que la diffamation ne devrait pas être érigée en infraction pénale. Nul ne devrait être emprisonné pour avoir exprimé ses opinions, même si celles-ci peuvent paraître contestables. En outre, les personnalités publiques et politiques doivent être disposées à tolérer davantage la critique et à faire l’objet d’une surveillance accrue par rapport aux particuliers.

« Le recours aux lois réprimant la diffamation pour faire taire les critiques et empêcher tout débat public est une violation flagrante du droit à la liberté d’expression. La diffamation, qu’elle soit orale ou écrite, et les autres infractions liées à la liberté d’expression doivent être supprimées du Code pénal libyen, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui. Les personnes qui estiment avoir été victimes de diffamation devraient pouvoir engager une procédure civile (et non pénale). »

Amnesty International craint également que Jamal al Hajji n’ait pas été jugé équitablement. La défense a affirmé qu’elle n’avait pas été autorisée à procéder à un contre-interrogatoire des témoins. En outre, le tribunal n’a pas informé l’accusé du changement de date de sa dernière audience, bafouant ainsi son droit d’assister à son procès. Jamal al Hajji a été condamné par contumace.

Jamal al Hajji a été interpellé à plusieurs reprises sous le régime de Mouammar Kadhafi. En 2007, il a été arrêté pour avoir organisé une manifestation pacifique. Amnesty International l’a adopté comme prisonnier d’opinion après qu’il eut été condamné en 2008 à 12 années d’emprisonnement à l’issue d’un procès inéquitable. Relâché en mars 2009, il a de nouveau été arrêté un peu plus tard la même année pour outrage aux autorités judiciaires. En 2011, il a encore une fois fini en prison après avoir appelé à l’organisation de manifestations pacifiques.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.