Communiqué de presse

Malaisie. L’enquête pour « sédition » visant un leader de l’opposition obéit à des raisons politiques

L’enquête pour « sédition » lancée par les autorités malaisiennes à l’encontre d’un leader de l’opposition, Anwar Ibrahim, obéit manifestement à des raisons politiques, a déclaré Amnesty International. Cette enquête tend à confirmer une vague de répression contre la dissidence fondée sur une Loi relative à la sédition datant de l’époque coloniale.

La police du pays a annoncé mercredi 23 septembre dans la matinée qu’elle rouvrait une enquête pour « sédition » concernant Anwar Ibrahim, pour un discours critiquant le gouvernement prononcé lors d’un rassemblement politique en mars 2011. La police interrogera Anwar Ibrahim vendredi 26 septembre. Selon l’un de ses avocats, il est probable qu’il sera accusé d’avoir bafoué la Loi relative à la sédition.

« Cette affaire est clairement politique et tourne à la persécution - l’enquête doit être abandonnée immédiatement. Les autorités ciblent Anwar Ibrahim depuis plus d’une décennie. Il s’agit d’une nouvelle tentative pour réduire au silence et harceler une personne critique à l’égard des autorités », a déclaré Rupert Abbott, directeur adjoint du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

Au cours des derniers mois, pour viser des manifestants pacifiques les autorités malaisiennes ont intensifié leur recours à la Loi relative à la sédition, une loi datant de l’époque coloniale qui pénalise les critiques à l’égard du gouvernement.

Deux étudiants militants ont été condamnés aux termes de cette loi récemment. Le 19 septembre, Adam Adli a été condamné à un an d’emprisonnement. Le 5 septembre, Safwan Anang s’est vu condamné pour sa part à 10 mois d’emprisonnement. En février, l’avocat spécialiste des droits humains Karpal Singh avait également été reconnu coupable de « sédition ». Il est mort dans un accident de la route, alors qu’il attendait les résultats d’un appel contre sa condamnation.

Au moins 15 personnes - dont des militants, des opposants politiques, des journalistes, des étudiants et des universitaires - font actuellement l’objet d’accusations en lien avec la Loi relative à la sédition et pourraient être condamnées à des amendes ou des peines d’emprisonnement. L’avocat d’Anwar Ibrahim, N. Surendran, député de l’opposition de Padang Serai, fait partie des inculpés.

« La Loi relative à la sédition est désuète et répressive, mais les autorités l’utilisent pour cibler les personnes qui critiquent les autorités. Elle doit être abrogée immédiatement », a déclaré Rupert Abbott.

« Au cours des derniers mois, nous avons constaté une augmentation inquiétante du recours à cette loi contre des personnes qui n’ont fait qu’exprimer pacifiquement leurs opinions. Cette répression crée un climat de peur en Malaisie et doit prendre fin. »

En 2012, le Premier ministre, Najib Tun Razak, s’était publiquement engagé à abroger cette loi et avait déclaré qu’elle datait d’une « époque révolue ». Deux ans ont passé et sa promesse reste lettre morte.

Complément d’information

Amnesty International exprime depuis longtemps ses préoccupations au sujet de la Loi de 1948 relative à la sédition. Cette loi érige notamment en infraction les activités ayant tendance à inciter au mécontentement envers ceux qui exercent le pouvoir ou envers le gouvernement, ou le fait de « remettre en cause un sujet » protégé par la Constitution du pays. Les personnes reconnues coupables sont passibles de trois années d’emprisonnement et d’une amende de 5 000 ringgits (1 570 dollars des États-Unis environ). Cette loi n’est pas conforme au droit international relatif aux droits humains ni aux normes internationales en la matière. Elle viole le droit à liberté d’expression, reconnu dans l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et garanti également par la Constitution malaisienne (article 10).

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