MALAISIE : La libération d’Anwar Ibrahim rétablit la confiance dans l’indépendance de la justice

Index AI : ASA 28/013/2004

ÉFAI

Jeudi 2 septembre 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International accueille avec la plus grande satisfaction la décision
prise aujourd’hui, jeudi 2 septembre 2004, par la Cour fédérale de Malaisie,
plus haute juridiction du pays, de casser en appel la condamnation pour
sodomie de l’ancien vice-Premier ministre, Anwar Ibrahim, et de son frère
adoptif, Sukma Darmawan.

« La décision de la Cour fédérale de libérer Anwar Ibrahim constitue un
événement d’importance historique pour le rétablissement de la confiance
dans le respect de la loi et des droits humains en Malaisie », a déclaré
Catherine Barber, directrice adjointe pour l’Asie à Amnesty International.

La signification de l’arrestation et des poursuites contre Anwar Ibrahim a
largement dépassé son cas personnel.

« Cela a mis en évidence un système de manipulation politique des
principales institutions de l’État, notamment la police et la justice, qui
ont un rôle déterminant dans la protection des droits humains en Malaisie »,
a ajouté Catherine Baber.

Amnesty International espère que cette décision va rappeler durablement le
rôle que la magistrature doit jouer pour contrôler le pouvoir exécutif et
veiller au respect des principes fondamentaux, dont la liberté d’expression
et d’opinion politique, qui figurent tant dans la Constitution de la
Malaisie que dans les normes internationales relatives aux droits humains.

Constatant que la Cour fédérale a relevé que la police a eu recours à de
mauvais traitements pour obtenir les aveux de Sukma Darmawan, Amnesty
International a exhorté le gouvernement à persévérer dans ses efforts pour
reformer la police et la justice. L’organisation a accueilli favorablement
la création il y a quelques mois à l’initiative du Premier ministre,
Abdullah Badawi, d’une Commission d’enquête royale qui doit remettre un
rapport sur le fonctionnement de la police début 2005. Amnesty International
appelle la Commission à recommander une réforme de grande ampleur.

Rappel des faits

Anwar Ibrahim est en prison depuis 1998, suite à des accusations d’« abus de
pouvoir » et de « sodomie » portées contre lui pour l’exclure de la vie
publique. Il avait été révoqué de son poste de vice-Premier ministre après
un désaccord politique avec le Premier ministre de l’époque, Mahathir
Mohamad. Cette révocation avait provoqué des manifestations de grande
ampleur pour réclamer des réformes politiques.

Anwar Ibrahim avait achevé en 2003 une peine de prison pour « abus de
pouvoir » prononcée lors d’un premier procès. Mais Anwar Ibrahim a été
poursuivi avec Sukma Darmawan pour « sodomie » lors d’un second procès en
2000. Ils ont été condamnés respectivement à neuf ans et six ans de prison.

Leur procès n’a pas été équitable pour plusieurs raisons : la police a
exercé de graves pressions physiques et psychologiques sur les témoins, les
avocats de la défense ont été intimidés et des membres du gouvernement ont
critiqué publiquement Anwar Ibrahim, portant ainsi atteinte à la présomption
d’innocence.

Sukma Darmawan, un homme d’affaires âgé de quarante-deux ans, n’avait jamais
eu de problème avec la police et ne jouait aucun rôle politique. Amnesty
International estime qu’il a été poursuivi dans le seul but d’obtenir la
condamnation d’Anwar Ibrahim.

Sukma Darmawan et Anwar Ibrahim ont été maltraités par la police. En 1998,
lorsqu’il a été conduit devant le tribunal, Anwar Ibrahim présentait un
hématome à l’œil et des contusions au bras en conséquence des coups qui lui
avaient été infligés par l’ex-chef de la police nationale. Sukma Darmawan a
déclaré qu’en 1999, ses premiers aveux de sodomie lui avaient été soutirés
après douze jours d’interrogatoire agressif et humiliant au cours desquels
les policiers l’ont obligé à se tenir debout, entièrement nu, se saisissant
de ses organes génitaux et se moquant de lui.

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