Malaisie. La répression du gouvenement s’intensifie

Les autorités malaisiennes doivent renoncer à inculper l’une des organisatrices d’un rassemblement pacifique organisé pour protester contre l’action du gouvernement au mois d’août. Cette mesure est motivée par des considérations politiques et témoigne de la volonté de faire taire tous ceux qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur opposition, a déclaré Amnesty International.

Mardi 3 novembre, la police devrait inculper Maria Chin Abdullah, présidente de la coalition d’ONG Bersih 2.0, au titre de la Loi relative aux rassemblements pacifiques, parce qu’elle n’a pas averti les autorités au moins 10 jours au préalable de la tenue d’une manifestation.

Fin août, Bersih 2.0 a organisé le rassemblement Bersih 4, et des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues à travers la Malaisie pour exprimer leur frustration face à la corruption du gouvernement et aux problèmes relatifs aux droits humains.

« Il est évident que les charges retenues contre Maria Chin Abdullah sont motivées par des considérations politiques et elles doivent être abandonnées. Les autorités malaisiennes tentent de sanctionner ceux qui expriment pacifiquement leur opposition et d’instaurer un climat de peur pour dissuader d’autres militants d’emprunter le même chemin, a déclaré Josef Benedict, directeur des campagnes pour l’Asie du Sud-Est à Amnesty International.

« Au lieu d’écouter les manifestants de Bersih 4, le gouvernement malaisien fait tout ce qui est en son pouvoir pour durcir la répression. »

Le 21 octobre, l’organisatrice de Bersih 2.0 dans l’État de Sabah, Jannie Lasimbang, défenseure des droits humains bien connue, a elle aussi été inculpée au titre de la Loi relative aux rassemblements pacifiques. Elle a été libérée sous caution depuis et doit être jugée en novembre.

Si elles sont déclarées coupables, Maria Chin Abdullah et Jannie Lasimbang encourent une amende maximum de 10 000 rinnits (environ 2 100 euros).

Ces inculpations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large que mène le gouvernement contre la liberté d’expression en Malaisie depuis deux ans.

Ce dernier s’appuie notamment sur la Loi relative à la sédition, texte draconien hérité de l’époque coloniale qui lui confère des pouvoirs étendus pour réduire au silence la dissidence.

Le Premier ministre Najib Razak s’était engagé à l’abroger en 2012, mais cette loi est en fait de plus en plus utilisée. Depuis deux ans, de nombreuses personnes ont été arrêtées et accusées de sédition.

Depuis le début de l’année, une centaine de personnes ont fait l’objet d’enquêtes, ont été arrêtées ou ont été inculpées au titre de la Loi relative à la sédition – une forte augmentation par rapport à un total de 29 en 2014.

Le 20 octobre, Sivarasa Rasiah, législateur du Parti de la justice du peuple (PKR), un parti d’opposition, a été inculpé de sédition pour avoir critiqué la justice lors du rassemblement #KitaLawan, organisé cette année pour réclamer la libération du dirigeant de l’opposition et prisonnier d’opinion Anwar Ibrahim, incarcéré pour « sodomie » en 2015.

« La détermination du gouvernement à faire taire tous ceux qui expriment des opinions critiques vis-à-vis de l’État est alarmante et ne montre aucun signe de faiblissement. Il faut y mettre un terme. L’espace dédié au débat public en Malaisie est menacé  », a déclaré Josef Benedict.

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