Communiqué de presse

Malaisie. Le harcèlement d’une importante organisation de défense des droits humains doit cesser

Les autorités de Malaisie s’en prennent actuellement à une organisation de défense des droits humains bien connue, et ces manœuvres de harcèlement semblent être motivées par des considérations politiques, a déclaré Amnesty International.

Le 5 août, l’organisation La Voix du peuple malaisien (SUARAM) a annoncé qu’une information judiciaire a été ouverte pour sédition à l’encontre d’une de ses bénévoles, une défenseure des droits humains de premier plan, à la suite d’un dîner de collecte de fonds organisé le 19 juillet dernier.

« Le harcèlement et les mesures dont les autorités se rendent coupables pour tenter de faire taire des organisations telles que SUARAM sont contraires à leur obligation de protéger et de promouvoir les droits humains. Le message transmis aux défenseurs des droits humains du pays est glaçant et il faut que cela cesse », a déclaré Isabelle Arradon, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

« Il appartient aux autorités de préciser immédiatement pourquoi SUARAM fait l’objet d’une enquête. »

Les autorités ont refusé de commenter sur les détails de l’enquête, mais le dîner avait été organisé pour collecter des fonds en faveur d’une action en justice engagée par SUARAM en France à propos d’une affaire de corruption dans laquelle serait impliqué le gouvernement de Malaisie.

Le harcèlement de la société civile et d’opposants est monnaie courante en Malaisie, où le système juridique impose des restrictions sévères au droit à la liberté d’expression et de réunion.

SUARAM a déjà à plusieurs reprises fait l’objet, dans le passé, de ce qui apparaît comme une campagne concertée menée par plusieurs départements du gouvernement.

Le harcèlement a augmenté tout au long de l’année écoulée depuis que l’organisation a révélé de nouvelles informations selon lesquelles des fonctionnaires malaisiens seraient impliqués dans des affaires de corruption. Selon SUARAM, la DCNS, une société française d’armement naval, aurait versé des dessous-de-table à des fonctionnaires malaisiens afin d’obtenir un contrat portant sur l’achat de deux sous-marins.

La bénévole de SUARAM est mise en examen au titre de la Loi relative à la sédition, qui érige en infraction toute une série d’actes, notamment les actes ayant tendance à inciter au mécontentement envers ceux qui exercent le pouvoir ou envers le gouvernement, ou le fait de « remettre en cause un sujet » protégé par la Constitution.

En juillet 2012, le Premier ministre de Malaisie, Najib Razak, avait annoncé que son gouvernement allait abolir la Loi relative à la sédition, mais les récents événements montrent que le texte demeure en vigueur.

« La Loi relative à la sédition est dépassée et répressive, et le gouvernement doit cesser d’y recourir pour réprimer les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Il doit prendre des mesures concrètes afin que les actions des défenseurs des droits humains, qui sont des actions légitimes, soient encouragées et protégées », a ajouté Isabelle Arradon.

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