Communiqué de presse

Maroc. Harcèlement d’un journaliste indépendant

Après 10 ans d’interdiction d’exercice, Ali Lmrabet se voit aujourd’hui empêché de lancer un hebdomadaire

Les autorités marocaines doivent lever les obstacles administratifs qui empêchent un journaliste et satiriste au franc parler, Ali Lmrabet, de lancer une nouvelle publication, ont déclaré Human Rights Watch et Amnesty International mardi 4 août 2015.

Le 24 juin, Ali Lmrabet a entamé une grève de la faim devant le siège des Nations unies, à Genève, après que la municipalité de Tétouan a refusé de lui remettre un certificat de résidence, document indispensable au renouvellement de ses papiers d’identité et à l’enregistrement de l’hebdomadaire qu’il prévoit de lancer. Le 28 juillet, le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad a expliqué la procédure que devait suivre le journaliste, actuellement en Europe, pour obtenir « légalement » un certificat de résidence au Maroc. Il a donc cessé sa grève de la faim.

Au regard du Code de la presse marocain, aucune autorisation n’est requise pour lancer une publication, mais certaines conditions sont à respecter, notamment être résident au Maroc et communiquer aux autorités des informations telles que l’adresse du directeur et des rédacteurs de la publication.

« Le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’Ali Lmrabet pouvait obtenir ses papiers en suivant la même procédure que n’importe quel autre citoyen, a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. Nous allons le prendre au mot – même si on a emprisonné cet homme en raison de ses écrits, qu’on lui a interdit d’exercer sa profession et, plus récemment, qu’on a refusé de lui remettre les documents officiels dont il avait besoin pour enregistrer son magazine. »

Ali Lmrabet partage son temps entre Tétouan et l’Espagne depuis qu’un tribunal marocain lui a interdit en 2005 d’exercer ses activités journalistiques pendant 10 ans pour le punir d’avoir écrit un article sur le conflit au Sahara occidental, territoire contrôlé par le Maroc depuis 1975, sans que cette situation soit reconnue par la communauté internationale. En 2003, un tribunal l’a envoyé en prison et a interdit deux hebdomadaires qu’il publiait pour « crime de lèse-majesté » et d’autres infractions liées à ses propos.

Le ministre de l’Intérieur a refusé d’admettre que les difficultés administratives rencontrées par Ali Lmrabet découlaient de ses activités journalistiques, soulignant que son site Internet n’avait jamais été censuré. Le 28 juillet, il a indiqué que le ressortissant franco-marocain pouvait obtenir un certificat de résidence en renouvelant son passeport au consulat marocain à Barcelone, « où il réside », puis en prouvant qu’il a bien effectué un séjour de trois mois au Maroc.

Ali Lmrabet a fait savoir qu’il accomplirait ces démarches et soumettrait une nouvelle demande, même s’il a assuré que les autorités lui avaient déjà délivré un certificat de résidence qu’elles lui avaient ensuite repris arbitrairement.

Depuis de nombreuses années, Ali Lmrabet écrit des articles et des points de vue très critiques à l’égard des dirigeants du Maroc. Il a publié deux hebdomadaires, Demain en français et Doumane en arabe, jusqu’en 2003, année où il a été condamné à trois années d’emprisonnement et à une amende pour crime de lèse-majesté, atteinte à la monarchie et mise en danger de l’intégrité du territoire national, à la suite d’articles, d’interviews et d’illustrations publiés dans deux journaux de Casablanca. Le tribunal qui l’a jugé a également interdit ses publications.

Le journaliste avait été libéré en janvier 2004, à la faveur d’une grâce royale, avant d’être reconnu coupable l’année suivante de diffamation pour avoir qualifié les Sahraouis vivant dans des camps algériens de « réfugiés » et non de « séquestrés » du Front Polisario, mouvement de libération du Sahara occidental. Le tribunal l’avait alors condamné à 10 ans d’interdiction d’exercice de sa profession, conformément à l’article 87 du Code pénal, qui prévoit cette sanction dès lors « qu’il y a de graves craintes qu’en continuant à [exercer sa profession], le condamné soit un danger pour la sécurité, la santé, la moralité ou l’épargne publiques ».

Dans la pratique, cette interdiction a empêché Ali Lmrabet d’obtenir une accréditation au Maroc, mais pas d’écrire des articles. Ses propres publications étant interdites, il a rédigé des points de vue et des rapports publiés pour la plupart dans la presse espagnole et a créé un magazine en ligne, www.demainonline.com.

En avril 2015, quand ont pris fin les 10 années d’interdiction d’exercice de sa profession, Ali Lmrabet a annoncé qu’il comptait publier un nouvel hebdomadaire satirique. Le 21 avril, il s’est vu délivrer par le poste de police du quartier où se trouve le logement de ses parents un certificat où figurait cette adresse comme son adresse de résidence. Le lendemain, a raconté Ali Lmrabet, le policier qui lui avait remis ce certificat l’a contacté pour le supplier de le lui rendre, expliquant qu’il était « censé en référer à ses supérieurs avant de lui remettre des documents » et que sa propre carrière était menacé.

Ali Lmrabet a affirmé avoir eu pitié du policier et lui avoir rapporté le certificat après l’avoir photocopié. Depuis lors, l’administration locale de Tétouan a refusé de lui en délivrer un nouveau, faisant valoir que ses investigations lui avaient permis de conclure qu’il ne résidait pas à cette adresse.

« Ali Lmrabet s’est dit prêt à mettre à l’épreuve la bonne volonté des autorités, annonçant qu’il comptait séjourner pendant trois mois à l’adresse qu’il a communiquée à Tétouan, a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International. C’est à l’aune de la décision de celles-ci de l’autoriser ou non à enregistrer sa publication et à publier librement des points de vue et des informations qu’on pourra évaluer la liberté d’expression au Maroc en 2015. »

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