MAURITANIE : Un avenir sans esclavage ?

Index AI : AFR 38/005/02

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Il y a vingt ans, la Mauritanie abolissait légalement l’esclavage, mais le gouvernement de ce pays n’a toujours pas pris les mesures concrètes qui auraient permis de faire passer cette abolition dans les faits, rappelle ce jour (jeudi 7 novembre) Amnesty International dans un rapport intitulé Mauritanie. Un avenir sans esclavage ?

Publié à la veille du 21ème anniversaire de l’ordonnance qui a officiellement aboli l’esclavage, ce rapport montre que, malgré les dénégations du gouvernement, les atteintes aux droits humains liées à l’esclavage n’ont pas cessé en Mauritanie.

Selon Amnesty International, " le gouvernement mauritanien doit de toute urgence cesser de violer ses propres lois et mettre un terme à l’esclavage, qui constitue une atteinte abominable à la liberté et à la dignité de l’être humain ".

L’esclavage est interdit en vertu de la législation nationale et des engagements internationaux de la Mauritanie en matière de droits humains, mais ceux qui fuient leur condition d’esclave ne bénéficient d’aucune protection légale et les anciens esclaves continuent d’être victimes d’une importante discrimination. Au niveau gouvernemental, aucun responsable ne veut s’engager à prendre les mesures nécessaires afin d’éradiquer complètement l’esclavage et mettre un terme à l’impunité dont jouissent les personnes responsables de pratiques esclavagistes.

En 2001, M’Bareck Ould Bilal Ould Braïkat, âgé de dix-sept ans, s’est enfui pour échapper, selon les informations recueillies, à sa condition d’esclave, laissant derrière lui ses trois jeunes frères, sa jeune sœur et sa mère, tous apparemment tenus en esclavage par quatre frères, des éleveurs nomades. M’Bareck a expliqué qu’il avait passé sa vie à s’occuper du bétail et a affirmé qu’il s’était enfui essentiellement pour échapper aux injures permanentes et à un travail écrasant ; mais il était aussi, semble-t-il, fréquemment roué de coups de bâton. Il ne serait jamais allé à l’école. Il s’est adressé au gouverneur de la région pour lui demander de le protéger et obtenir l’affranchissement de sa famille, mais la gendarmerie se serait bornée à l’interroger et à interroger la personne chez qui il avait trouvé refuge sur leurs relations avec l’organisation non gouvernementale SOS Esclaves.

" Les autorités ne se contentent pas de nier l’existence de l’esclavage et des pratiques esclavagistes et de s’abstenir de toute action lorsqu’on leur soumet des cas. Elles entravent également l’action d’organisations travaillant sur cette question, notamment en refusant de les légaliser ", affirme aussi Amnesty International.

Les militants antiesclavagistes et les autres défenseurs des droits fondamentaux travaillent sous la menace constante d’une arrestation ou d’une incarcération. En 1998, cinq défenseurs des droits humains, dont Boubacar Messaoud, président de SOS Esclaves, et Fatimata M’Baye, vice-présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH), ont été condamnés à treize mois d’emprisonnement en raison de leurs activités à la tête d’organisations de défense des droits humains fonctionnant sans autorisation des autorités et faisant campagne contre l’esclavage.

" Il est plus que temps d’agir contre l’esclavage et contre les atteintes aux droits humains liées à l’esclavage en Mauritanie. Le gouvernement doit maintenant adopter une approche volontariste du problème plutôt que nier son existence en espérant que le développement de l’éducation et de l’alphabétisation et la mise en place de réformes agraires suffiront à éradiquer les séquelles de l’esclavage et à en traiter les conséquences ", souligne l’organisation.

Le rapport d’Amnesty International comprend une série de recommandations précises au gouvernement mauritanien et à la communauté internationale en vue de l’abolition réelle et effective de l’esclavage. Les autorités mauritaniennes doivent notamment reconnaître que l’esclavage reste un problème dans le pays ; cela implique, entre autres choses, d’autoriser une enquête indépendante et impartiale sur la situation des vingt dernières années et d’envisager les mesures à prendre pour éradiquer l’esclavage, les pratiques esclavagistes et les atteintes aux droits humains et actes discriminatoires connexes dans le pays. L’accent doit être mis en particulier sur la sensibilisation de l’opinion publique, le soutien aux ONG et aux membres de la société civile qui travaillent sur la question de l’esclavage, la modification de la législation et le développement de mesures de réparation.

Amnesty International demande également à la communauté internationale d’encourager le gouvernement mauritanien à s’attaquer de front au problème et de soutenir ouvertement l’action des organisations de défense des droits humains travaillant sur la question de l’esclavage et des pratiques esclavagistes en Mauritanie.

Contexte
L’esclavage est un sujet sensible dans la Mauritanie du XXIe siècle. Il a été légalement aboli en 1981, à la suite d’un mouvement de grande ampleur déclenché en signe de protestation contre la vente publique d’une femme. Une période d’optimisme a suivi, marquée par une certaine volonté des autorités de s’attaquer au problème. Mais les espoirs de ceux qui pensaient que cette attitude annonçait l’éradication rapide de l’esclavage ont été déçus, essentiellement en raison de l’inaction du gouvernement.

L’esclavage constitue de longue date un problème social qui touche toutes les communautés ethniques mauritaniennes. Ceux qui reconnaissent la persistance de l’esclavage en Mauritanie de nos jours ont des points de vue très variés. La plupart d’entre eux nient l’existence de l’esclavage dans leur propre communauté, mais pensent que ces pratiques existent au sein d’autres groupes. Mais certains intervenants, comme l’organisation antiesclavagiste SOS Esclaves, pensent que le problème de l’esclavage concerne l’ensemble de la société mauritanienne.

L’absence de réponse du gouvernement aux nombreuses lettres envoyées par Amnesty International en 1998 et 2001, pour demander l’ouverture d’un dialogue et l’autorisation de se rendre en Mauritanie, reflète bien le caractère éminemment sensible de la question de l’esclavage dans le pays. Ce silence va également de pair avec le refus persistant des autorités de légaliser les organisations non gouvernementales de défense des droits humains qui font campagne contre l’esclavage et les pratiques esclavagistes et qui réclament, entre autres choses, que soit mis un terme à l’impunité dont jouissent les auteurs des violations massives des droits humains commises contre la population mauritanienne noire en 1989-1990. Le gouvernement a en outre interdit les partis d’opposition et condamné leurs dirigeants à des peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables.

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