Mettre un terme à de possibles crimes contre l’humanité

Alors que les preuves de l’implication des autorités dans les milliers d’exécutions extrajudiciaires perpétrées au nom de la « guerre contre la drogue » du président philippin Rodrigo Duterte s’accumulent, Amnesty International appelle les dirigeants des pays de la région à prendre position contre ces possibles crimes contre l’humanité lors du 30e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à Manille cette semaine.

« Au moment où ils se réunissent dans leur environnement confortable, les dirigeants de l’ANASE devraient avoir une pensée pour les milliers de personnes qui ont été tuées dans le cadre de la répression brutale de Rodrigo Duterte. L’immense majorité des victimes de cette guerre contre la drogue est issue de populations marginalisées et laissées pour compte, ce qui en fait une guerre contre les pauvres, a déclaré Champa Patel, directrice pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International.

« Au fur et à mesure que le bilan s’alourdit, les preuves du rôle des autorités philippines dans ce bain de sang s’accumulent. La présidence du sommet de l’ANASE par les Philippines dans ce contexte effarant est un scandale. Les États membres doivent inciter le gouvernement à diligenter de toute urgence des enquêtes indépendantes et efficaces sur les homicides illégaux, en faisant de celles-ci une priorité immédiate. Ils doivent lui faire clairement comprendre qu’il y aura des comptes à rendre pour ces violations choquantes et qu’elles doivent cesser. »

Amnesty International engage les dirigeants de l’ANASE à déterminer si les massacres aux Philippines peuvent être qualifiés de « manquement grave » à la Charte de l’ANASE, et en particulier s’ils constituent une violation de l’engagement de la Charte envers les droits humains. Aux termes de l’article 20-4 de la Charte, les États membres de l’ANASE peuvent dans ces conditions se réunir en sommet et prendre des mesures.

Dans une lettre ouverte au ministre de la Justice des Philippines, Amnesty International demande également aux autorités de ce pays de donner un degré de priorité élevé à l’ouverture d’enquêtes impartiales et efficaces menées dans les meilleurs délais sur tous les homicides liés aux stupéfiants et à engager des poursuites pénales contre toute personne raisonnablement soupçonnée d’implication, quel que soit son rang ou son statut au sein de la police ou de l’État. Cette lettre a été signée par une vingtaine de représentants de l’organisation à travers les régions Asie-Pacifique, Europe et Amériques.

Depuis juillet 2016, quelque 9 000 personnes ont été tuées par des policiers ou des individus armés non identifiés.

De hauts responsables du gouvernement, dont le président Duterte, ont appelé explicitement et à plusieurs reprises la police et les citoyens à tuer les personnes qu’ils soupçonnent de consommer ou de vendre des stupéfiants, au lieu d’agir dans le respect de la législation nationale et de respecter les obligations internationales du pays en matière de droits humains.

Amnesty International a déclaré que, si des mesures décisives n’étaient pas prises rapidement, la Cour pénale internationale devrait ouvrir une enquête préliminaire au titre du Statut de Rome sur les homicides illégaux et autres crimes commis dans le cadre de la violente campagne de lutte anti-drogue engagée par les Philippines, notamment sur le rôle joué par des agents de l’État, quel que soit leur rang et leur statut.

Complément d’information

Le sommet de l’ANASE est une réunion semestrielle des dirigeants des 10 États membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est destinée à discuter des questions d’intérêt commun.

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