Mexique. Deux femmes indigènes désignées comme coupables dans une affaire d’enlèvement sont des prisonnières d’opinion

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI -
EMBARGO : 12 février 2010, 17h00 TU

Amnesty International a accusé, vendredi 12 février, le gouvernement mexicain d’avoir injustement emprisonné deux femmes indigènes inculpées de l’enlèvement de six agents fédéraux en 2006 et a demandé qu’elles soient immédiatement libérées.

Condamnées chacune à 21 ans de prison, ces deux femmes attendent la décision du juge qui a présidé leur procès en appel. Amnesty International les a adoptées comme prisonnières d’opinion.


Alberta Alcántara
et Teresa González Cornelio sont incarcérées au Centre de réinsertion de San José El Alto depuis août 2006. En janvier 2009, elles ont été déclarées coupables d’enlèvement sur six membres de l’Agence fédérale d’investigation (AFI) du Mexique.

Ces agents affirment avoir été pris en otages par les deux femmes et d’autres commerçants alors qu’ils effectuaient un raid sur le marché de la place de Santiago Mexquititlán, en mars 2006, pour débusquer des vendeurs de DVD piratés. Le seul élément présenté contre elles est une photographie parue dans un journal sur laquelle Alberta Alcántara et Teresa González Cornelio se tiennent près des agents de l’AFI.

« Il n’existe absolument aucune preuve solide contre Alberta Alcántara et Teresa González Cornelio, a déclaré Rupert Knox, responsable des recherches sur le Mexique au sein d’Amnesty International. Nous pensons qu’elles ont été désignées comme coupables parce qu’elles étaient des cibles faciles en raison de leur statut marginal au sein de la société, en tant que femmes indigènes pauvres. »

Alberta Alcántara et Teresa González Cornelio avaient été arrêtées et inculpées en même temps que Jacinta Francisco Marcial, une commerçante travaillant sur les marchés, qui a été libérée en septembre 2009. Dans son cas, le bureau du procureur fédéral a décidé d’abandonner les charges au cours du procès en appel pour manque de preuves.

Toutefois, malgré un manque de preuves identique contre Alberta Alcántara et Teresa González Cornelio, ce même bureau du procureur a choisi de maintenir les poursuites contre elles et de demander la confirmation de la condamnation. L’audience finale du procès en appel des deux femmes a eu lieu le 3 février 2010. Le juge a désormais 30 jours pour prononcer un nouveau verdict.

« Cette affaire est emblématique de la discrimination et des procès iniques dont sont victimes de nombreuses personnes indigènes lorsqu’ils sont confrontés au système pénal mexicain. Le gouvernement doit les libérer toutes les deux immédiatement et sans condition. Ces deux femmes doivent également obtenir des réparations. »

Âgée de 31 ans, Alberta Alcántara vient de Santiago Mexquititlán, dans la municipalité d’Amealco de Bonfil (État de Querétaro). Avant son arrestation, elle travaillait dans une usine de vêtements et sur un petit lopin de terre qui appartient à sa famille. Elle confectionnait aussi des poupées de chiffon pour compléter les revenus familiaux. Elle a quitté l’école à 13 ans pour commencer à travailler.


Teresa González Cornelio
, 25 ans, est née à San Francisco Shaxni, dans la municipalité d’Acambay (État de Mexico). Avant d’être arrêtée, elle travaillait sur les terres de sa famille et fabriquait des poupées de chiffon. Elle est mariée au frère d’Alberta Alcántara, Gabriel. Elle a donné naissance à Jasmin, qui a maintenant 11 mois, durant sa détention.

Complément d’information

Le 26 mars 2006, six agents fédéraux ont porté plainte auprès du procureur fédéral, déclarant qu’ils avaient été retenus contre leur gré par des commerçants au cours d’une descente sur le marché à Santiago Mexquititlán plus tôt dans la journée.
Quatre mois plus tard, le procureur fédéral a ordonné l’arrestation de trois femmes indigènes qui apparaissaient près des policiers sur une photo publiée par un journal local. À aucun moment de la procédure judiciaire ces femmes n’ont bénéficié de la présence d’un interprète, et l’avocat commis d’office ne leur a jamais expliqué leurs droits ni comment il allait les défendre.

Au cours du contre-interrogatoire, les agents fédéraux se sont contredits, et leur principal témoin ne s’est jamais présenté devant la cour.

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