Communiqué de presse

Mexique. Il faut abandonner les charges injustes retenues contre un prisonnier d’opinion torturé

Un migrant en situation irrégulière ayant été arrêté et torturé par la police et l’armée mexicaines fait actuellement l’objet de poursuites injustes en raison de son appartenance ethnique, et doit être libéré immédiatement et sans condition, a déclaré Amnesty International mercredi 23 juillet en l’adoptant comme prisonnier d’opinion.

En 2009, Ángel Amílcar Colón Quevedo, membre de la communauté garífuna - d’origine africaine -, a été appréhendé par la police à Tijuana, au Mexique, alors qu’il essayait de se rendre aux États-Unis après avoir quitté son pays, le Honduras. Accusé d’appartenir à une bande criminelle, il est incarcéré depuis lors.

« Le maintien en détention d’Ángel Colón et son procès en cours sont uniquement motivés par ses origines ethniques, et relèvent d’une parodie de justice. Cet homme a été torturé et gravement maltraité. Il doit être libéré immédiatement et sans condition  », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« Les traitements abjects et inhumains infligés à Ángel Colón par la police et l’armée mexicaines sont désormais aggravés par le fait que le parquet fédéral le poursuit en utilisant contre lui de fausses informations arrachées sous la torture. »

Ángel Colón était arrivé de manière illégale à Tijuana, dans l’État de Basse-Californie, alors qu’il essayait de se rendre aux États-Unis. Il espérait gagner de l’argent afin de payer à son fils de huit ans resté au Honduras un traitement contre le cancer. Six mois après l’arrestation d’Ángel Colón, son fils est mort.

Une fois à Tijuana, il a rencontré un passeur local (coyote) qui lui a promis de l’aider à franchir la frontière avec les États-Unis. Il a dû attendre dans une maison pendant plusieurs jours avec l’ordre de ne pas faire de bruit et de ne pas regarder dehors. Le 9 mars, des policiers armés ont pris la maison d’assaut. Effrayé, Ángel Colón a fui, mais la police préventive de l’État l’a arrêté non loin de là.

Ángel Colón a été frappé à la cage thoracique, forcé à avancer sur les genoux et roué de coups de poing dans le ventre par des policiers. On lui a ensuite bandé les yeux, avant de le conduire dans une base militaire où il pouvait entendre les hurlements d’autres détenus. Il a été frappé à de nombreuses reprises et on l’a menacé du même traitement que les autres. Ses tortionnaires lui ont mis un sac en plastique sur la tête, l’empêchant de respirer. Ils l’ont déshabillé et forcé à lécher les chaussures d’autres détenus et à se livrer à des actes humiliants. Il a été traité de « putain de nègre » à de multiples reprises.

Au bout de 16 heures d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, il a été contraint à faire des « aveux » au procureur fédéral. Bien qu’il ait par la suite décrit ce qu’il avait subi à un juge, et expliqué que sa déclaration précédente était fausse et lui avait été arrachée sous la torture, celle-ci n’a pas été retirée des éléments à charge.

Ses allégations ont plus tard été confirmées par des experts légistes indépendants, mais aucune enquête officielle n’a été ouverte sur les traitements qui lui ont été infligés, ce qui est contraire aux obligations du Mexique en vertu du droit international relatif aux droits humains. Les charges retenues contre Ángel Colón - sa prétendue appartenance à une bande criminelle - s’appuient sur des informations obtenues sous la torture.

« La police et l’armée mexicaines utilisent régulièrement la torture pour extorquer des "aveux", et Ángel Colón a particulièrement souffert en raison de ses origines ethniques et nationales. Le fait que le recours généralisé à la torture continue à être toléré par les autorités et que quasiment personne n’est amené à rendre des comptes est une réalité choquante au Mexique. On ne peut qualifier cela de justice », a déclaré Erika Guevara.

Amnesty International a découvert que des personnes appartenant à des groupes sociaux marginalisés sont souvent visées par des poursuites sans fondement en raison de la discrimination structurelle prévalant au sein du système mexicain de justice. Certaines languissent en prison au seul motif de leur identité raciale ou culturelle.

« Ángel Colón est le dernier prisonnier d’opinion en date que nous ayons adopté, et nous le soutiendrons et nous mobiliserons en sa faveur. Nous demandons au parquet fédéral d’abandonner ces poursuites et de le libérer immédiatement et sans condition. »

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