Mexique - L’acquittement et la libération du prisonnier d’opinion Felipe Arreaga constituent une première avancée vers la justice

Index AI : AMR 41/038/2005

Amnesty International se félicite de l’acquittement de Felipe Arreaga Sánchez, prisonnier d’opinion et militant écologiste fondateur de l’Organisation des paysans écologistes de la Sierra de Petatlán (OCESP). Cette décision de justice va permettre au défenseur des droits humains de retrouver enfin sa liberté et les siens, après avoir été détenu injustement pendant dix mois. L’organisation rappelle cependant aux autorités que justice n’a toujours pas été rendue dans cette affaire.

« L’État doit maintenant assurer la sécurité de cet homme, de son épouse Celsa Valdovinos et de sa famille, ainsi que celle des autres défenseurs de l’environnement et des droits humains dans l’État de Guerrero », a déclaré Amnesty International.

L’organisation de défense des droits humains considère que cet acquittement a été obtenu grâce à la détermination de Felipe Arreaga et de sa famille, des avocats du Centre des droits humains de la montagne Tlachinollan et de tous ceux qui se sont mobilisés à l’échelle nationale et internationale pour obtenir justice. Tous ces efforts ont permis que le pouvoir judiciaire prenne une décision conforme à la loi et à la justice.

Amnesty International est néanmoins préoccupée par le fait que le Bureau du procureur général du Guerrero n’est pas revenu sur ses accusations à l’encontre de Felipe Arreaga en dépit de la présence d’éléments témoignant de l’implication d’agents de l’État dans la création de preuves de toutes pièces. L’organisation considère que les autorités devraient profiter de cette décision judiciaire pour mener une enquête de fond sur la fabrication de preuves et la tolérance dont semblent faire preuve des hauts fonctionnaires face à ces infractions.

« Voici une occasion de réformer en profondeur l’exercice de la justice dans cet État et de s’assurer que le ministère public agit en toute impartialité », a déclaré l’organisation, avant d’ajouter : « Il ne faut pas oublier que les autorités n’ont pas abandonné les poursuites engagées contre 13 autres agriculteurs écologistes ayant fait l’objet des mêmes accusations que Felipe Arreaga. »

Voici une série d’actions qu’Amnesty International souhaiterait que les autorités engagent maintenant que Felipe Arreaga a été acquitté :

 assurer la sécurité de Felipe Arreaga, de ses proches et des autres défenseurs de l’environnement et des droits humains dans le Guerrero ;

 veiller à ce Felipe Arreaga soit indemnisé pour les dommages provoqués indûment par sa détention et les poursuites engagées contre lui ;

 annuler les poursuites contre les 13 autres militants écologistes et mener une enquête exhaustive et impartiale sur les premières investigations du ministère public sur l’assassinat d’Abel Bautista Guillen en 1998 ;

 enquêter sur l’attaque dont ont été victimes en mai 2005 Albertano Peñaloza, défenseur de la région forestière de Petatlán, et sa famille, au cours de laquelle deux de ses fils ont été tués ; déférer à la justice les personnes soupçonnées d’être responsables de ces agissements ;

 s’attaquer de toute urgence aux problèmes de fond que connaît la municipalité de Petatlán en ce qui concerne l’environnement et la tolérance des abus de pouvoir des « caciques » qui perdure.

Complément d’information

Felipe Arreaga a été l’un des fondateurs de l’Organización de Campesinos Ecologistas de la Sierra de Petatlán (OCESP, Organisation des paysans écologistes de la Sierra de Petatlán) et a continué à militer pour la défense de la forêt dans la Sierra au cours des sept dernières années. Il a été arrêté en novembre 2004 après avoir été accusé d’un meurtre commis en 1998. Le nom de treize autres militants, parmi lesquels Albertano Peñalosa, figurait sur le même mandat d’arrêt.

Après avoir étudié l’affaire, Amnesty International a conclu que Felipe Arreaga avait été arrêté et était poursuivi en représailles de sa lutte pacifique pour empêcher l’exploitation excessive des forêts de la région. L’organisation l’a adopté comme prisonnier d’opinion et a demandé sa libération immédiate et inconditionnelle.

En 1998, Amnesty International avait déjà pris en charge le cas de deux membres de l’OCESP, Rodolfo Montiel et Teodoro Cabrera, arrêtés et torturés par des militaires voulant les contraindre à avouer des infractions à la législation sur les armes et les stupéfiants. Reconnus coupables sur la base de preuves forgées de toutes pièces, les deux hommes avaient été adoptés comme prisonniers d’opinion par Amnesty International, jusqu’à ce que les pressions exercées à l’échelle nationale et internationale au sujet de cette affaire contraignent le président Vicente Fox à ordonner leur libération en 2001.

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