MEXIQUE. Le pays doit libérer des dirigeants associatifs qui ont entamé une grève de la faim

ÉFAI-21 mai 2010

Amnesty International demande aux autorités mexicaines de libérer trois dirigeants associatifs qui ont entamé une grève de la faim en signe de protestation contre leur détention. Ils sont incarcérés pour avoir pris part à une campagne contre les tarifs élevés de l’électricité.

Sara López, Joaquín Aguilar et Guadalupe Borja ont été arrêtés en juillet 2009 en raison de leur participation au Mouvement national contre les tarifs élevés de l’électricité dans l’État de Campeche, dans l’est du Mexique.

Vendredi 14 mai 2010, ils se sont tous trois engagés à refuser de s’alimenter jusqu’à ce que leur innocence soit reconnue et qu’ils soient libérés.

«  Sara, Joaquín et Guadalupe ont entamé une grève de la faim, ultime recours pour demander leur libération. Il s’agit d’un acte désespéré pour protester contre leur incarcération injuste », a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

Le Bureau du procureur général de la République du Mexique accuse ces trois personnes d’avoir pris en otage un employé de la Compagnie fédérale d’électricité mexicaine en 2008.

Selon Amnesty International, aucun élément de preuve ne vient corroborer les chefs d’inculpation pesant sur ces trois personnes et l’affaire a été forgée de toutes pièces afin de garantir leur détention et leur mise en accusation, en représailles de leur rôle moteur dans la protestation contre les tarifs élevés de l’électricité.

Les chefs d’inculpation étaient fondés sur une première plainte déposée par l’avocat de la compagnie d’électricité pour entrave à la fourniture d’un service public, ce qui constitue un délit mineur.

Cette plainte a été déposée après que les dirigeants du mouvement de protestation ont rencontré la compagnie d’électricité pour demander que le courant soit rétabli.

La compagnie avait coupé le courant à certains habitants pour défaut de payement, parce qu’ils n’étaient pas en mesure de payer leurs factures ou avaient refusé de le faire en guise de protestation contre les tarifs trop élevés.

En janvier 2010, une cour d’appel fédérale a jugé que les preuves contre ces trois personnes étaient dénuées de tout fondement et ne démontraient pas la commission des crimes. À ce moment-là, les trois dirigeants auraient dû être remis en liberté.

Toutefois, le Bureau du procureur général a interjeté appel de cette décision sans aucune justification, prolongeant ainsi leur détention jusqu’à ce qu’il soit statué sur cet appel.

Amnesty International a demandé au Bureau du procureur de retirer sa requête en révision afin de mettre un terme à cette détention inique et injustifiée, ce qu’il a jusqu’à présent refusé.

«  Les charges retenues contre Guadalupe Borja, Sara López et Joaquín Aguilar sont totalement infondées et ne font que servir l’objectif du Bureau du procureur de stopper la campagne contre les tarifs élevés de l’électricité », a expliqué Kerrie Howard.

Le 25 septembre 2008, une quarantaine de personnes à qui l’électricité venait d’être coupée dans la ville de Candelaria, dans l’État de Campeche, se sont présentées au bureau local de la Compagnie fédérale d’électricité afin de demander le rétablissement du courant.

Tandis que des habitants du quartier étaient rassemblés devant le bureau, Sara López et Joaquín Aguilar menaient les négociations avec un représentant de la compagnie afin d’obtenir le rétablissement du courant.

Ce représentant a ensuite accompagné la délégation afin de rétablir l’électricité dans les habitations concernées.

D’après le dossier, l’avocat de la compagnie d’électricité a déposé une plainte ce même jour auprès du Bureau du procureur pour « entrave à la fourniture d’un service public », ce qui constitue un délit mineur, contre les personnes figurant sur la liste de la compagnie en tant que débitrices car elles n’avaient pas réglé leurs factures – les noms de Sara López, Joaquín Aguilar et Guadalupe Borja n’apparaissaient d’ailleurs pas sur cette liste.

Neuf mois plus tard, le 25 juin 2009, le Bureau du procureur général de la République a inculpé Sara López, Joaquín Aguilar et Guadalupe Borja, ainsi que 11 autres personnes, d’entrave à la fourniture d’un service public, mais aussi du crime beaucoup plus grave de prise d’otage perpétrée durant la protestation.

Le 10 juillet 2009 à 5 heures du matin, cinq personnes ont été arrêtées. Deux ont ensuite été libérées en appel. Seuls Sara López, Joaquín Aguilar et Guadalupe Borja sont toujours sous les verrous.

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