Communiqué de presse

Mexique. Les autorités doivent enquêter sur la vague révoltante d’attaques et de meurtres visant des migrants

Les autorités mexicaines doivent enquêter de toute urgence sur la vague révoltante d’attaques violentes menées par des bandes criminelles contre des migrants sans papiers, et offrir un refuge en lieu sûr aux victimes qui en ont réchappé, a déclaré Amnesty International.

Plus de 200 migrants, dont des enfants, ont été violemment pris pour cible par des groupes armés lors de deux attaques séparées ces deux dernières semaines. Plusieurs ont été tués. Des craintes subsistent pour la vie et la sécurité de plus de 130 d’entre eux, dont on reste sans nouvelles.

« Le Mexique est devenu un piège mortel pour les migrants. Des bandes criminelles très dangereuses attendent à tous les coins de rue l’occasion de les attaquer pour quelques dollars, tandis que les autorités fédérales et celles des États se préoccupent davantage d’expulser les gens que de sauver des vies », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« De nombreux migrants sont morts ou ont disparu alors qu’ils tentaient de gagner les États-Unis ces dernières années. La seule question qui continue de se poser est combien de vies perdues faudra-t-il encore avant que les autorités ne se réveillent et se décident à agir ? »

Vendredi 12 juin 2015, dans le sud du pays, près de la ville de Las Choapas (État de Veracruz), plusieurs hommes armés de pistolets, de fusils et de machettes ont attaqué un groupe d’une centaine de migrants d’Amérique centrale qui se dirigeaient vers la frontière séparant le Mexique des États-Unis dans un train de marchandises.

Ils leur ont d’abord demandé leur argent, puis s’en sont pris violemment à eux.

Selon des informations recueillies par Amnesty International auprès des autorités locales, seuls 44 migrants, dont cinq enfants, sont parvenus à s’enfuir et à gagner la ville voisine. Les autorités les ont emmenés dans un centre de rétention géré par les autorités fédérales chargées de l’immigration, où ils ont pu entrer en contact avec leurs consulats respectifs afin d’examiner les différentes possibilités qui s’offraient à eux, telles que retourner chez eux, obtenir un visa humanitaire pour le Mexique ou, dans certains cas, déposer une demande d’asile.

Un homme souffrait d’une grave blessure par balle et au moins deux autres avaient été passés à tabac. Certains de ces migrants envisagent de porter plainte auprès des autorités, mais beaucoup ont trop peur pour le faire. De leur côté, les autorités n’ont pas donné d’informations claires sur les mesures prises pour rechercher le reste du groupe ou enquêter sur ce crime.

Lors d’un autre épisode, le 2 juin 2015, des hommes armés en tenue militaire ont attaqué un groupe d’environ 120 migrants d’Amérique centrale dans l’État de la Sonora, dans le nord du Mexique.

Des rescapés ont expliqué à Amnesty International qu’ils roulaient vers la frontière séparant le Mexique des États-Unis quand l’un de leurs véhicules était tombé en panne.

C’est alors qu’un groupe d’homme armés vêtus de tenues militaires s’est approché et a fait feu sans discernement. Au moins 13 migrants ont réussi à parvenir en lieu sûr après avoir fui à travers le désert.

Amnesty International a interrogé certains de ces rescapés. Ils ont été arrêtés et, traumatisés par cette attaque, ont demandé à retourner dans leurs pays respectifs. Les autorités ont engagé des démarches pour les y renvoyer.

Deux jours après ces violences, le bureau du procureur général de l’État de la Sonora a indiqué que trois corps et deux véhicules incendiés avaient été retrouvés sur les lieux de l’attaque.

Cependant, l’enquête officielle n’a pas permis d’en savoir plus sur les responsables de cette attaque ni sur ce qu’il était advenu des victimes, dont beaucoup sont toujours portées disparues dans le désert ou pourraient avoir été enlevées par les bandes criminelles.

Selon des informations parues ces derniers mois dans les médias nationaux, les autorités mexicaines en charge de l’immigration ont indiqué que le nombre de cas signalés d’enlèvements de migrants avait été multiplié par dix en un an, passant de 62 plaintes en 2013 à 682 en 2014.

« Les migrants sont contraints de vivre dans l’ombre et Amnesty International a déjà constaté par le passé une absence généralisée d’enquêtes sur les crimes dont ils sont victimes au Mexique. À l’heure où des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont peut-être perdus dans le désert, sans eau ni nourriture, ou détenus par des bandes criminelles, il n’y a pas de temps à perdre. »

« Les autorités mexicaines doivent de toute urgence entreprendre des recherches pour les retrouver et assurer la sécurité des rescapés. Elles doivent aussi diligenter une enquête sur cette vague d’attaques contre des migrants et veiller à ce que les responsables soient traduits en justice, faute de quoi d’autres migrants seront en danger », a déclaré Erika Guevara Rosas.

Amnesty International demande par ailleurs que les rescapés de ces attaques fassent l’objet d’une attention suffisante en tant que victimes de crimes graves, et bénéficient notamment d’un soutien psychologique et médical immédiat, ainsi que de la possibilité d’obtenir un visa à titre humanitaire leur permettant de rester au Mexique le temps de porter plainte et de suivre la procédure judiciaire.

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